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jeudi 6 mai 2010

Quand le MEDEF fait la loi

Vous vous souvenez tous de cet article que j’avais écris il y a deux ans, presque jour pour jour, relatif à ce que j’appelais Le salaire de l’exil ?
Mais si ! Souvenez-vous ! Il s’agissait de cette proposition carrément indécente qu’une entreprise d’informatique, via les services de l’ex-ANPE, s’était permise de faire auprès de ses salariés : Un poste d’informaticien débutant à 159 € par mois ?

Ça-y-est, vous vous rappelez ? Parfait...

Bon, depuis cette époque, ce genre d’insanité n’étonne plus personne. On ne compte plus le nombre d’entreprises qui délocalisent et se voient « obligées » de proposer un reclassement dans un pays étranger à ses futurs-ex-employés. C’est la loi, qu’ils disent pour se justifier.
Oui, effectivement c’est la loi. Ou plutôt, si on veut être plus précis, un effet pervers de la loi qui, s’il part d’un bon sentiment, met surtout en lumière le cynisme des patrons.

Au final donc, on se retrouve avec une obligation légale qui a deux effets indésirables : Insulter les salariés et faire de la mauvaise presse au patronat.

Il fallait donc changer dare-dare cette loi débile aux effets si pervers.

Aussi, un député, en l’occurrence François SAUVADET du Nouveau-Centre (Arf !), a déposé en mai 2009 un projet d’amendement à la loi, histoire de supprimer du code du travail cette obligation ubuesque. Amendement qui fut voté en juin de la même année par les députés et hier par les sénateurs.
C’est bon ? Jusque-là vous suivez ?
Bien...

Que dit cet amendement ? 

Le code du travail est ainsi modifié :
1° La première phrase du deuxième alinéa de l'article L. 1233-4 est complétée par les mots : « assorti d'une rémunération équivalente » ;

2° Après l'article L. 1233-4, il est inséré un article L. 1233 4-1 ainsi rédigé :

« Art. L. 1233-4-1. – Lorsque l'entreprise ou le groupe auquel elle appartient est implanté hors du territoire national, l'employeur demande au salarié, préalablement au licenciement, s'il accepte de recevoir des offres de reclassement hors de ce territoire, dans chacune des implantations en cause, et sous quelles restrictions éventuelles quant aux caractéristiques des emplois offerts, notamment en matière de rémunération et de localisation.

« Le salarié manifeste son accord, assorti le cas échéant des restrictions susmentionnées, pour recevoir de telles offres dans un délai de six jours ouvrables à compter de la réception de la proposition de l'employeur. L'absence de réponse vaut refus.

« Les offres de reclassement hors du territoire national, qui sont écrites et précises, ne sont adressées qu'au salarié ayant accepté d'en recevoir et compte tenu des restrictions qu'il a pu exprimer. Le salarié reste libre de refuser ces offres. Le salarié auquel aucune offre n'est adressée est informé de l'absence d'offres correspondant à celles qu'il a accepté de recevoir. »

Bon, le 1° s’ajoute donc à l’article préexistant qui disait : « Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent. »
A première vue, l’ajout me semble explicite et va dans le sens des salariés. Il indique donc que l’offre de reclassement doit être équivalente à ce que le salarié faisait avant, aussi bien en termes de qualification que de rémunération.

Vous me direz qu’on aurait pu s’arrêter là... Et bien non ! Il a fallu qu’un petit malin, sans doute appointé par le MEDEF, se croit obligé de rajouter un alinéa qui pour le coup vide complètement de son sens l’ensemble de l’article.
En effet, si on lit bien cet alinéa si joliment intitulé L. 1233 4-1, on remarque que le cas de l’entreprise qui délocalise y est pris en considération. Ok, mais ensuite que lit-on ?

« L'employeur demande au salarié, préalablement au licenciement, s'il accepte de recevoir des offres de reclassement hors de ce territoire, dans chacune des implantations en cause, et sous quelles restrictions éventuelles quant aux caractéristiques des emplois offerts, notamment en matière de rémunération et de localisation. »

En clair et pour traduire ce langage juridique, cette phrase ne dit rien de moins que dans le cas ou l’entreprise possède des succursales à l’étranger, l’employé a le choix d’accepter, ou pas, de se voir proposer des postes dans ces pays... Mais que s’il accepte ces offres de postes, il accepte aussi les salaires locaux qui vont avec...

En encore plus clair, ce n’est plus le patron qui encule le salarié, c’est le salarié qui décide si oui ou non, il accepte de se faire enculé.

C’est beau la liberté, hein ?

Il ne reste plus qu’un petit vote à l’Assemblé Nationale et cette loi scélérate sera définitivement adoptée. Ce qui devrait être fait avant l’été.

Bon, l’avantage, c’est que dorénavant on ne devrait plus voir le grouillot s’offusquer dans les médias devant une offre de reclassement à pétaouchnoque payée avec un lance-pierre. Il ne pourra plus râler car dans les faits, c’est lui qui aura demandé ces propositions...

Sont futés au MEDEF quand-même...

mardi 20 avril 2010

La précaution pour principe

Au départ, le principe de précaution, c’est quand-même du bon sens... Ou du moins le sens de la collectivité et le désir de lui faire courir le moins de risque possible.
Il y a quelque-chose qui cloche, on ne sait pas bien pourquoi, mais dans le doute on va quand-même arrêter...
Voilà, c’est ça le principe de précaution. La mise en application de l’adage le plus populaire qui soit et qui dit que dans le doute il vaut mieux s’abstenir.

Mais, tout le monde n’est pas de cet avis... Dans le lot vous remarquerez toujours une voix ou deux, et plus particulièrement dans les médias main-stream, prêt à remettre en cause ce sacro-saint principe. Oh, pas de façon ouvertement dénonciatrice, non... Cela ressemble le plus souvent à une question. Du genre : Je me demande si parfois... on n’en fait pas un peu trop... ? Vous vous rendez compte tous ces gens bloqués, toutes ces entreprises embêtées... C’est pas bon pour le pays ça...
Bref, le principe de précaution est un principe qui à chaque fois qu’il est appliqué soulève la polémique. Un peu comme s’il n’était pas légitime. Comme si (horreur !), il était même par principe quelque peu abusif, voire dictatorial.

Et ces derniers mois, le moins que l’on puisse dire est que nous avons été confrontés à l’application (et à la contestation) de ce principe. La grippe A, les zones noires de Xinthia, le volcan qui toussote... Mais en même temps que nous l’appliquons, nous entendons encore et toujours ces mêmes voix nous susurrer à l’oreille que nous en faisons trop...

Tenez par exemple, cette insistance à nous rabattre les oreilles que chaque jour que dieu fait sans avions dans le ciel coûte des centaines de millions... J’ai même lu qu’il s’agissait « d’une crise plus importante que le 11 septembre » ! (Au passage vous remarquerez le cynisme de la référence historique...)

Bref, moi j’en étais à observer que ce foutu principe se trouvait systématiquement remis en question lorsqu’il s’agissait d’argent, quand j’ai vu il y a peu la délicieuse Sophie de Menthon s’exprimer sur le sujet...
A la question désormais basique, êtes vous pour ou contre le principe de précaution, la couguar botoxée sortie tout droit d’un soap américain a éludé la question en déclarant : « Les patrons prennent des risques ».

Waouh... Quelle déclaration ! Quel aveu ! En clair, la future (peut-être) patronne MEDEF, la reine des libéraux, l’égérie du CAC 40, déclarait en des mots à peines déguisés que le principe de précaution c’était pas pour elle et ses congénères. Les patrons sont au-dessus de ce genre de chose, mais quand-même si vous pouviez arrêter avec votre principe à la con, ça nous arrangerait bien...

Alors... Bon, vous m’arrêtez si je dis une connerie, mais je me demande si cette insistance à vouloir remettre en cause ce qui fait le b-a-ba de la conscience collective et de la responsabilité qu’incombe cette conscience. Je me demande si cela n’entrerait pas dans cette propagande incessante dont nous abreuvent les libéraux... Loin de moi l’idée de crier au complot (vous savez comme je suis réfractaire à ce genre de chose) mais quand même... Je trouve intriguant qu’à chaque fois que l’on applique ce fameux principe, on entende ces petites voix (particulièrement déplacées en ce qui me concerne) qui nous suggère avec insistance d’y voir une privation de nos libertés. Alors qu’en fait, il ne s’agit que d’empêcher la baisse des profits de certains.

Donc en clair voilà ce que je pense. Le principe de précaution est une notion antilibérale, dans le sens où le risque étant inhérent à la vie du libéral moyen, éviter de le courir reviendrait à nier son existence.
Les gens trouvent un emploi et le perdent. Les gens vivent, les gens meurent et c’est comme ça que tourne le monde. Et dans ce monde-là ne s’en sortent que ceux qui prennent des risques. Instituer un principe de précaution (dans la constitution pourquoi pas) c’est aller contre la bonne marche naturelle du monde et c’est aller contre la liberté individuelle de chacun de prendre ces risques.

Le principe de précaution est liberticide, donc antilibéral. CQFD.

Alors j’ai bien conscience qu’avec mon petit texte je ressemble peut-être à une poule qui aurait découvert un couteau... Mais que voulez-vous, il m’arrive d’être parfois un peu lent à la comprenette !
Cela-dit si vous n’êtes pas d’accord avec moi ne vous gênez pas pour me contredire ! Les discussions, il n’y a rien de tel !
Et puis si vous êtes d’accord... Et bien activez quand même vos neurones vous n’êtes pas dispensés pour autant !

lundi 15 février 2010

Réforme des retraites, enfin le déclic ?

La question que je me pose en ce début de semaine, c’est de savoir si enfin nos syndicats vont arriver à retrouver leurs couilles.
D’accord, c’est peut-être un peu présenté crument, mais avouez que la question est d’importance puisque c’est aujourd’hui que commence ce qu’ils appellent un « sommet social » consacré à la réforme des retraites.

D’après la presse quotidienne de ce matin, il semblerait que la retraite après 60 ans soit considérée comme un casus belli… Bon, moi je veux bien, mais l’expérience nous montre que les Mailly, Chérèque et autres Thibault n’en sont pas à une compromission près, et qu’ils se sont plus souvent couchés devant le patronat ces derniers temps, que la décence ne le permet.

Aussi, lorsque je lis une telle radicalité dans le propos (casus belli), je me dis que c’est un peu trop beau pour y croire…
D’autant plus que la gauche « gouvernementale » (comme les tiédeux aiment à se nommer eux-mêmes) ont déjà montré qu’ils étaient près à faire moult concessions en la matière. D’abord le lapsus de Titine, vite démenti mais trop tard quand même. Puis encore hier la langue de bois de Moscovici, du genre ça restera la règle mais elle ne sera plus obligatoire… Même Méluche s’y est mis en bottant en touche de belle manière ! Bref, il semblerait bien que les dés en soient jetés et que la retraite à 60 ans soit belle et bien enterrée, comme le reste d’ailleurs.

Le seul qui ait osé se déclarer en faveur du maintien de la retraite à 60 ans, c’est Olivier Besancenot. Il a appelé hier à un front unit regroupant tous les partis de gauche… Mais bon, personne ne lui a répondu pour l’instant, et je doute qu’ils le fassent.

Mais bon, même si apparemment les acteurs de ce sommet social sont déjà presque d’accord sur les résultats, il n’empêche que cela risque de ne pas être la même sauce pour le peuple… C’est qu’ils y tiennent à leur retraite les bougres !

D’ailleurs c’est bien pour ça que depuis quelques jours on nous abreuve de chiffres en tous genres. On nous montre avec de beaux tableaux ce que font nos voisins européens. On nous dit que nous sommes une « particularité » par rapport à eux… Mais si l’on écoute bien le ton avec lequel ce mot de « particularité » est prononcé, on entend clairement d’autres termes comme « bizarrerie », « anachronisme » voir « imbécilité ».
En clair, il s’agit là d’une offensive médiatique destinée à nous préparer au pire et à nous le présenter comme quelque chose d’acceptable.

Et c’est bien pour ça que je suis plus que sceptique sur le résultat de ce sommet. La crise est là, et comme levier pour avaler d’énormes couleuvres il n’y a pas mieux ! Demandez aux grecs et aux espagnoles !

Non, ce que j’espère vraiment c’est que cette déclaration préliminaire des syndicats ne soit pas une posture de plus. J’espère vraiment qu’ils écouteront leur base pour une fois, et qu’ils feront ce qu’il faut pour empêcher qu’un de nos acquis sociaux le plus cher ne soit sacrifié sur l’autel du pragmatisme économique.

En fin de journée doit avoir lieu une réunion intersyndicale pour faire un premier bilan et décider, ou pas, s’il y a lieu de mobiliser les travailleurs…

Je croise les doigts, mais je vous avoue que c’est sans conviction… Pourtant, se serait tellement bien si cette réforme de plus était la réforme de trop, et qu’elle serve de déclic à la populace vengeresse ! Hein ?

Oh oui, ça serait bien… Un déclic ! Enfin !

jeudi 7 janvier 2010

Sarkoshow à Cholet, satisfécit démago et propagande libérale

Bon, difficile de vous parler des vœux de Nicolas Sarkozy aux Forces Économiques de la Nation après ce que je viens d’écrire juste avant… Mais bon, on va essayer quand-même. Surtout que si vous regardez bien le reportage cela peut très bien jeter un éclairage sur ce qui va suivre.
Souvenez-vous l’année dernière j’avais entrepris la tâche éreintante de me taper tous les discours de vœux de Sarkozy prononcés en ce début d’année 2009 (voir archives), et de vous en faire un commentaire. Et j’avais plus ou moins réussi mon truc, même si ma santé mentale s’en était trouvée grandement mise en danger

Cette année, j’ai décidé de recommencer. Mais, pour m’éviter une overdose, je ne vous garantis pas que j’irais jusqu’au bout, ni même que j’y mettrais l’application nécessaire. Ma santé étant, vous me l’accorderez, grandement prioritaire par rapport aux annonces de notre Président Glorieusement Élu.

Donc hier le Président s’est rendu à Cholet pour y dispenser sa propagande habituelle…
Comment ça je commence mal ? Vous trouvez que je suis partial ? De mauvaise foi ?
Et alors ? Oui, je dis « et alors » ? J’ai le droit non ?

Donc, disais-je le Nain est allé à Cholet. L’année dernière c’était Vesoul, on peut donc dire qu’il y a déjà un mieux… Ben oui, je m’excuse, mais Cholet c’est mieux que Vesoul. C’est plus… C’est plus mieux voilà tout.

Bon, je vous ferais grâce des redites… Car tout le début de son discours constate surtout à reprendre son argumentaire comme quoi c’est grâce à lui qu’on n’est pas en dépression… Que la croissance est revenue (youppie !) et cætera.
Mais attention ! Malgré tout ça, le chômage va quand même continuer d’augmenter ! Pour palier à cette augmentation, une seule solution : Des principes forts : « Volontarisme, ténacité et audace ! » Le tout « sans tabous » afin de « rompre avec les conservatismes et les immobilismes ! »
Ensuite il nous dit qu’il va continuer dans le dialogue et la conciliation, mais sans faiblesse et sans renoncement. Bref, « le statuquo n’est pas une option ».

Bon, maintenant je peux vous dire que tout ça c’est du réchauffé, parce qu’il avait dit exactement la même chose l’année dernière à Vesoul… Si c’est vrai ! Il nous a même ressorti le couplet sur les 35 heures qui sont un non-sens et patati-patata… Vision malthusienne de l’économie… Blabla… Le partage du travail est une illusion… Blabla… La croissance est de retour et il n’y a que ça qui est bien…

Moi ce qui m’a fait marrer (enfin, c’est une expression) c’est qu’il a répété deux ou trois fois que ce qu’il disait n’était pas une question d’idéologie… Alors que tout son discours n’était qu’un auto-satisfecit à la gloire de l’idéologie libérale ! Rien que ça ! Vous auriez pu tout aussi bien mettre ses mots dans la bouche de Parisot, cela aurait été la même chose !
Mais non, l’idéologie, ne l’oublions pas, est un gros mot juste bon pour les utopistes de gauche qui ne comprennent rien.
A droite, on n’a pas d’idéologie, on est juste d’un pragmatisme plein de bon sens…
Et puis, griotte sur le clafoutis, il est parti sur un truc dingue : Il nous sort que s’il a supprimé les droits de succession (il y a deux ans tout de même) c’est parce qu’il croit au travail et à la famille !

Blurp… Excusez-moi j’ai eu comme un renvoi… Deux secondes que je prenne un verre d’eau… Voilà, ça va mieux !

Travail, famille… Plus qu’un et on est bon ! Manquerait plus qu’il nous fasse une belle annonce bien poujadiste et ce gouvernement ne ressemblerait plus à sa caricature pétainiste, mais il serait sa caricature…
Et ça n’a pas trainé. La seule annonce qui est ressorti de ce discours a été pour les artisans… Qu’il souhaite dispenser de poursuites sur leurs biens personnels en cas de faillite. On est là en plein corporatisme électoraliste… Ça tombe bien, il y des régionales dans pas longtemps.

Ensuite il est parti dans un raisonnement basique mais qui fait toujours mouche dans les esprits étroits. A savoir que comme il n’a pas été élu pour augmenter les impôts, et qu’on est fauché, il n’y a pas à tortiller, il va falloir baisser les dépenses publiques… De la belle et bonne… Comme ça s’appelle ça déjà ? Ah oui, de la belle et bonne IDÉOLOGIE de droite !

Pour finir, j’ai noté une phrase pas piquée des vers.
« Je préfère donner de l’argent public à préserver des emplois et une capacité industrielle plutôt qu’à payer des gens à rester chez eux à ne rien faire ! »
C’est tellement caricatural que je ne voulais pas vous en priver.

Bon, au final ce furent des vœux plutôt décevants du point de vue de l’information. On n’a rien appris de vraiment nouveau, à part pour les artisans, et on a eut droit à de la propagande libérale pur jus.

Quid des problèmes sociaux qu’engendre cette idéologie libérale ? Quid du chômage ? Quid de la précarité grandissante ? Quid de la pauvreté qu’engendre ce système ?

Ça, on ne sait pas… Et lui non plus d’ailleurs. Parce qu’il s’en tape.

PS: Le dessin est de Riss

samedi 12 décembre 2009

Réélection de Bernard Thibault, la CGT baisse son froc (encore une fois)

Il y a des fois où la tournure des événements fait qu’on se lève le matin et on se demande si tout ce qu’on fait, tout ce qu’on dit, tout ces mots de révolte alignés au fil du temps, toutes ces petites pierres que l’on pose jour après jour, on se demande si tout cela sert à quelques chose.

Et c’est un peu la question que je me suis posé lorsque j’ai appris la réélection de Bernard Thibault à la tête de la CGT.

Je ne pensais pas qu’il allait être réélu… Non, c’est vrai, j’étais persuadé que la grogne générale que j’avais cru discerner au sein du monde syndical allait pousser dehors ce monsieur un peu trop tiède. Durant cette année 2009 de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l’inactivité du principal syndicat français, de même que ses postures plutôt paradoxales comme l’expulsion manu militari des sans papiers de la bourse du travail… On a même accusé son dirigeant, Bernard Thibault, d’être « atteint de sarkozysme aigu », comme si celui qui était sensé représenter l’opposition au patronat fricotait avec l’ennemi ! Avec tout ça, je me disais que le Thibault allait être remercié et que les masses laborieuses allaient se reprendre en main… mais non.

Certes, des voix se sont fait entendre lors de ce 49ème congrès pour dénoncer cette dérive libérale, mais lorsqu’il a s’agit de procéder au vote et d’élire le nouveau boss, ces voix se sont vite tu. D’ailleurs, chose bizarre, le Thibault était bien le seul candidat à sa propre réélection, ce qui me plonge dans un abyme de perplexité, et me fait me poser moult questions sur la façon dont ce syndicat fonctionne…

Or donc, Bernard Thibault, ce quinquagénaire à la coupe de cheveux aussi hasardeuse que sa conception de la lutte des classes rempile pour un quatrième mandat. Mandat qui devrait s’achever en 2012, c'est-à-dire en fait que ce tiédeux accompagnera la présidence de Sarkozy jusqu’à son terme, se faisant l’allié objectif de la sape systématique commencée il y a maintenant deux ans et demi.

Si maintenant la CGT se rallie à la conception nord-européenne du syndicalisme, à savoir que la lutte syndicale ne doit plus être dans la confrontation mais dans la concertation, il ne va plus rester que SUD pour réellement défendre les intérêts des travailleurs. Car il faut quand même savoir que cette fameuse concertation dont je viens de parler n’est en fait qu’une vaste fumisterie dont les seuls bénéficiaires sont les patrons et leurs actionnaires ! Vous le savez ça quand même ?
La seule chose que ces gens-là comprennent, c’est l’argent qu’ils gagnent. Et le seul moyen connu, et efficace, pour leur faire arriver à cracher quelques modestes avancées sociales ou pécuniaires, c’est la menace de leur faire perdre cet argent. Preuve en est encore hier, avec les augmentations de salaires obtenues par les chauffeurs routiers.

Le syndicalisme gagne lorsqu’il est dans la rue et qu’il agite un gros gun, pas lorsqu’il est assis en permanence à la droite de son patron !

Alors, traitez-moi de naïf si vous voulez. Pensez de moi que je suis un indécrottable utopiste rétrograde qui ne comprend rien à rien. Imaginez ce que vous voulez…
Mais le fait est que lorsque je vois, ce qui fut jadis le fer de lance de la lutte sociale et syndicale, la terreur du MEDEF et des bourgeois, rentrer dans le rang et baisser son froc. Et bien ça n’a pas vraiment de quoi égayer mes pensées…

Allez camarades ! Bonne journée à vous quand même !

vendredi 16 janvier 2009

Economie, démagogie et syndicalisme

Coucou ! C’est encore moi ! Et oui, je ne vous lâche pas, je continu dans mes petits commentaires sur les vœux présidentiels 2009… J’ai bien conscience qu’à la longue, mes diatribes sont susceptibles de vous gaver un poil, mais que voulez-vous, je me suis engagé à vous commenter les dires Sarkoziens, et je compte bien tenir mes engagements… Au moins jusqu’à demain. Après, le marathon des vœux sera fini et on pourra, vous et moi, faire une pause afin de digérer un peu tout ça…

Mais l’heure n’est pas encore à la digestion et aujourd’hui on va parler des vœux aux forces économiques qui ont eu lieu à Vesoul… (‘Tain Vesoul… Il doit être désespéré notre PGE pour aller là-bas.)

La première chose qui saute aux yeux, c’est qu’à la différence des interventions précédentes, notre Président Glorieusement Elu, n’officie plus seul à son pupitre comme un curé en prêche… Non, cette fois-ci, il a pour le soutenir, ou du moins appuyer son propos, une brochette de personnalités rangées en rang d’oignons derrière lui. Les enfants de chœur
Woerth, Lagarde, Devedjian, et Joyandet.
Voilà pour le côté visuel… Pour ce qui est de l’allocution proprement dite, je vous préviens tout de suite… Ca m’a gavé. Je ne sais pas, peut-être est-ce la lassitude de me taper le Nain suprême en live depuis une semaine, mais là… Là, franchement, il m’a gonflé.

C’est la crise… Blablabla… Relance…. Blablabla… Exceptionnelle… Blablabla… Sauver les banques… Blablabla… Vive le RSA… Blablabla… La faute aux 35 heures… Blablabla… Continuer les réformes… Blablablas…
Bouuuuuh… ! Tous ces blablablas, je peux vous dire que c’est fatigant à la longue. Surtout si c’est pour entendre les mêmes exemples d’autosatisfactions que j’entends depuis le début de la semaine. Non, j’imagine que le Sarko, lui aussi doit arriver à saturation. C’est vrai quoi ! Il commence à se répéter grave !

Pour être tout à fait juste avec vous, j’ai noté quand même deux passages qui ont, à mes yeux une certaine importance.
Le premier concerne son rôle de Zorro des places financière, défenseur de la morale, protecteur de l’éthique, pourfendeur des abus qui font mal aux yeux des ménagères…
Mardi dernier, le site du Monde.fr publiait un article révélant que 80% des entreprises du CAC40 étaient plus ou moins en délicatesse avec les nouvelles consignes ordonnées par la patronne du MEDEF, Laurence Parisot, concernant « la moralisation du capitalisme ». Comme c’est quelque-chose d’important pour l’image de notre PGE, celui-ci a donc tiré les quelques oreilles qui trainaient…
On vous a aidé, d’accord, mais en échange vous devez faire des efforts en ce qui concerne les dividendes versés aux actionnaires, la rémunération des dirigeants et les bonus (Golden-parachute et golden-hello). J’imagine assez bien tous ces Grands-Patrons, inconfortablement installés sur leurs chaises, sourirent dans leurs barbes et se dirent en leurs fors intérieurs que les français allaient surement avoir du mal à gobé pareille sornette ! Peut-être même qu’ils se demandaient si la grand-mère de notre nano-président faisait du vélo ? Qui sait ?
Mais enfin, le PGE, il a bien insisté quand même. Il leur a dit que si d’ici la fin du trimestre, ils ne se calmaient pas sur les brouzoufs, il allait devoir sévir et légiférer !

Ensuite, la deuxième chose importante qui est malgré tout ressortie de ce discours, c’est que Sarkozy s’en est pris au syndicat SUD.
La chose a été amenée par une habile transition : « Il faut continuer les réformes, certes, mais dans un souci de dialogue avec les syndicats »… Et il embraille direct sur le syndicat SUD-rail qui selon lui est « une organisation syndicale irresponsable, qui casse le service public et bafoue l’intérêt des usagers en fermant la deuxième gare de France… ».
Sauf que ce n’est pas SUD qui a fermé, la gare St Lazare, c’est la direction de la SNCF… Mais bon, personne dans l’assistance n’ira le contredire. Ni même lui rappeler qu’il a obtenu rapido les excuses du PDG de la SNCF, ainsi que des compensations pour les clients… Ou les usagers, on ne sait plus.

SUD (Solidaires, Unitaires et Démocratiques), c’est la petite bête qui monte en ce moment. Bien plus radical que ces confrères embourbés dans des connexions incestueuses avec le patronat (cf l’affaire Gautier-Sauvagnac et les caisses de l’UIMM), SUD gagne des membres au fur et à mesure des élections professionnelles. Plus proche de la LCR que du PC, ces bambins ont repris le flambeau de la lutte des classes abandonnés par leurs ainés et font parler d’eux à grands coups d’actions spectaculaires. Depuis des semaines SUD fait tourner en bourrique la SNCF en organisant des grèves tournantes de 59 minutes afin de revendiquer des augmentations de salaires et d’effectifs, et pour ce faire utilise toutes les failles possibles de la loi sur le service minimum dans les transports. Aussi, notre Bien Aimé Président envisage fortement de légiférer, là encore, pour cadenasser encore plus la loi… A suivre donc.
Entre parenthèse, je me demande s’il existe un SUD-rmistes… Faudrait que je me renseigne…
Bon, bref, le président, il aime pas les petits syndicats non-alignés qui n’en font qu’à leur tête. Honte sur eux ! Si le plan de relance ne marche pas, se sera de leur faute !

Voilà ! J’ai fini !
Ah ! J’oubliais ! A la fin, le président il a dit un truc qui m’a fait hurler :
Il a dit qu’il continuerait les réformes parce que « c’est l’idée que je me fais de l’intérêt de notre pays, et la responsabilité éminente qui est la mienne. ».
Là, je me suis dit qu’on touchait le fond, et que la démagogie n’avait pas de limite…

Allez ! Je vous dis à demain, pour les vœux aux corps diplomatiques, et après, si vous me le permettez, je m’accorderais une pause… Passeque là, j’en peux plus…