Je voulais vous dire…


Un blog qui parle de politique, de social, d'environnement... De la vie quoi!


lundi 30 mars 2009

Cent-unième !

Une question se pose à moi en ce lundi pluvieux. Une question qui peut paraitre politiquement peu correcte, mais qui me semble malgré tout essentielle.

Hier, l’ile de Mayotte a choisi par la voix du référendum de rejoindre la république en devenant le 101ème département français.
Bon, à priori quand on est poli, on dit bonjour et on souhaite la bienvenue aux nouveaux arrivants. Surtout quand lesdits arrivants ont souhaité devenir de « vrais » français avec un tel enthousiasme ! Pensez-donc : 95,2% des mahorais on souhaités que Mayotte devienne un département d’outre-mer ! 95,2% ! C’est énorme ! A ce niveau là, ce n’est plus un oui franc et massif, c’est un plébiscite. Même si la participation n’a pas été des plus fameuse (61,02%), on ne peut donc nier ce désir populaire, et donc comme on est poli, on dit bonjour donc à ce nouveau département ultramarin…
Sauf que, et c’est là que réside mon questionnement, je me demande si les mahorais ont bien conscience de ce qui les attend.

Pour parler vrai, je me demande si ces iliens ont bien pris la mesure de ce que cela impliquait que de faire réellement, complètement, partie de la république française.
Pour ma part, je suis persuadé qu’ils n’y ont vu que les avantages mais pas les inconvénients, ou si vous préférez, les droits et pas trop les devoirs.

Je m’explique : Après une période restant à définir les mahorais vont donc pouvoir prétendre aux mêmes minima sociaux que les autres français et donc pouvoir ainsi augmenter leur niveau de vie. Pour exemple, le SMIC qui est pour l’instant de 5 euros et des poussières s’alignera sur celui de la métropole. De même, le RMI, pardon le RSA, assurera la subsistance des familles les plus pauvres… Qui sont, ne nous cachons pas les yeux, pléthore sur cette petite île. Je soupçonne donc que la motivation première du oui à ce référendum est donc d’ordre économique…
Personnellement, je n’ai rien à redire à cela. C’est vrai quoi, franchement, je trouve tout à fait normal qu’une population est le désir de bénéficier des avantages sociaux qu’offre notre pas-si-moche pays.
Mais, là où il y a quand même un truc qui me dérange, c’est que l’île de Mayotte recèle des us et des coutumes qui, à mon sens, ne vont pas très bien avec la conception que je me fais de la république.
Et c’est là que je vais sans doute vous paraitre un brin politiquement incorrect : Je me demande comment une population à 98% musulmane, qui pratique la polygamie et l’excision, qui voit sa vie publique administrée par des cadis, des juges islamiques, qui comprend un tiers d’immigrants illégaux, dont les enfants vont dès leur plus jeune âge dans des écoles coraniques… Je me demande vraiment comment cette population va pouvoir envisager sereinement de se voir appliqué les règles de la république.

Entendons-nous bien. Je ne veux en aucun cas tenir un discours xénophobe et puant. Ce n’est vraiment pas mon genre, et il ne s’agit pas de cela. Je me pose simplement la question de la façon dont on va bien pouvoir instaurer les règles de laïcité et d’égalité qui sont les nôtres, à une population si profondément religieuse.

D’ailleurs, on pourrait également se poser la question de savoir si le gouvernement a bien l’intention d’appliquer la constitution à ce tout nouveau petit bout de France ? Peut-être que, et c’est sans doute ce qu’ont pensés les partisans du oui, peut-être-que la république a l’intention d’accorder un statut particulier aux mahorais ?
Auquel cas, je tiens à vous le dire franchement, je ne suis plus trop d’accord pour être poli et dire bonjour…

Pour moi, la France est une et indivisible. Point barre. Ca ne se discute pas, ça ne s’envisage même pas. Je verrais d’un assez mauvais œil que l’on accorde un statut religieux particulier à Mayotte sous des prétextes culturels aussi anciens soient-ils.

Alors bien sûr j’entends déjà certains me dire que la laïcité c’est le respecte des religions, de toutes les religions. Je ne suis pas d’accord, et je me suis déjà exprimé sur ce sujet pas mal de fois… (Peut-être pas encore sur ce blog, mais rassurez-vous ça viendra !). La vie dans notre république Française ne peut en aucun cas souffrir de se voir mêlée à une quelconque religion. Jamais. Si nos anciens ont eu la présence d’esprit d’instaurer la séparation de l’église et de l’état, ce n’est pas pour rien ! C’est parce que, dès que des croyances imbéciles se piquent de vouloir se mêler de la vie du citoyen, on coure à la catastrophe ! Non mais !

Donc, pour finir, je vais quand même être poli avec nos nouveaux amis et leur souhaiter la bienvenue… Mais, ils ont intérêt à changer radicalement leurs pratiques s’ils veulent que je continu à l’être… Poli, je veux dire. De même, j’espère vraiment que nos édiles ne vont pas renoncer à faire respecter les règles qui régissent notre vivre-ensemble sur ce petit bout de France… Vraiment, ça me ferait mal à ma République !

mercredi 25 mars 2009

L’harangue du capitaine

Note de service n°240309-1784-28B.
Objet : Clarification sur la tenue du cap à suivre.
Diffusion : A tous les services.


Mesdames et Messieurs. Membres d’équipage. Chers passagers.

Voilà maintenant bientôt deux ans, vous m’avez fait l’insigne honneur de me nommer capitaine de ce fier navire. Vous m’avez fait confiance pour remettre vos vies entre mes mains, et il ne se passe pas une journée sans que je ne prenne l’exacte conscience des responsabilités qui sont les miennes.
En ces temps troublés, dans cette tempête mondiale que notre navire traverse, je tenais à vous réaffirmer aujourd’hui que je compte bien tenir la barre et maintenir le cap qui est celui que vous avez choisis…
Certes, la situation sur notre bord est difficile. Sachez, mes chers amis, que j’en ai, là encore, douloureusement conscience. Les vivres commencent à manquer, des voies d’eau se sont déclarées dans les entreponts, les passagers de la troisième classe souffrent du scorbut… Mais, il en est de même pour l’ensemble de l’équipage, je tiens à le rappeler ! Tous, nous souffrons de cette tempête, et tous, je tiens à le crier haut et fort, si nous restons unis, nous nous en sortirons !

Je demande aux passagers de la patience. Je demande à l’équipage de la rigueur. Je demande à tous de vous comporter de façon exemplaire, aussi bien dans le cadre du service que dans vos temps libres. Les manifestations de mécontentement que le bord à connu, ne doivent en aucun cas altérer la bonne marche du navire, et encore moins, j’ose le dire, le moral de l’équipage et des passagers ! En ces temps troublés, il est inacceptable que certains se permettent de défiler dans les coursives, alors même que tant de travail reste à faire. Il s’agit là d’un comportement irresponsable qui entrave notre navigation, et qui démontre un manque de respect flagrant envers ceux dont c’est le travail de faire avancer ce navire !

Par ailleurs, il a été porté à mon intention que certains membres d’équipage affectés à la cambuse, continuaient malgré mes injonctions à percevoir des rations d’eau supplémentaires. Je tiens à le dire : Ceci est inacceptable ! C’est faire preuve d’un manque total de solidarité que de boire autant d’eau, alors que la plupart des passagers en sont réduis à lécher la rosée sur le pont ! Je demande donc à ces personnes de cesser leurs pratiques, et de ne pas boire l’eau qui leur est donnée. Pour bien faire, il faudrait même qu’ils rendent dans les plus brefs délais l’eau qu’ils ont déjà bue !
Et je tiens à être extrêmement ferme sur ce point. Si d’ici six mois je n’ai pas noté de changement dans l’attitude de ces cuisiniers, je prendrais alors les mesures nécessaires ! Ces mesures, mes chers amis, seront extrêmement sévères, et pourraient, le cas échéant aller jusqu’à la mutation dans un autre service…

J’entends également ici ou là, que certains passagers seraient tenter de remettre en question le fonctionnement même de ce navire… Je voudrais dire à ces passagers qu’ils sont totalement dans l’erreur. La tempête que nous traversons est, de mémoire de marin, probablement la plus forte que nous ayons connue… C’est une tempête qui nous vient d’ailleurs, et en aucun cas une turbulence crée par notre propre sillage comme ces individus se plaisent à le dire. Remettre en question l’organisation hiérarchique, les choix de route, ou même la clairvoyance des passagers qui m’ont choisi, ne sont ni plus ni moins, j’ose le dire, que de vaines tentatives de sabotage !
La route qui est la notre aujourd’hui, ainsi que les personnes qui barrent ce navire, sont les seuls, je dis bien les seuls, outils valables. Vouloir en changer serait dangereux, voir, j’ose encore le dire, criminel ! Il est illusoire de croire en un cap autre que celui-ci, susceptible de mener vers d’hypothétiques rivages ensoleillés ! Seul le pragmatisme qui caractérise ma gouvernance, nous permettra de rester à flot !

Aussi, mes chers coéquipiers, mes chers amis, sachez que je resterais à mon poste quoi qu’il arrive ! Vous m’avez choisi pour mener ce navire à bon port, et c’est ce que j’ai l’intention de faire ! Je n’ai pas été choisi pour augmenter le prix des hamacs, sachez-le ! Avec moi, vous arriverez sains et saufs de l’autre côté de l’océan, et si les dieux nous sont favorables, notre navire ressortira de cette tempête encore plus beau et plus puissant qu’il ne l’était auparavant.

Vive la marine ! Vive notre navire ! Vive votre capitaine ! Vive moi !

Recommandations :
Ceci est le discours que le capitaine Sarkozy a tenu hier au soir depuis la salle de radio et devant les représentants de l’équipage et des passagers. A faire suivre et diffuser le plus largement possible dans l’intérêt du service.

mardi 24 mars 2009

Le cul entre deux chaises

Vous voyez le monsieur sur la photo à droite ? Vous le voyez bien ? Vous savez qui c’est ?
Et bien, cette belle tête de vainqueur est en fait celle d’un looser… Un looser, un perdant, un gros nul.
Comment qualifier autrement cet individu ? Thierry Morin, puisqu’il s’agit de lui, va quitter la Présidence de la société VALEO après que celle-ci est perdue plus de 200 millions d’euros l’année dernière… Vous vous doutez bien qu’une telle perte se doit bien évidemment d’être rattrapée. Ben oui ! Les bénéfices de l’entreprise sont à la baisse, il faut donc maintenant réduire les coûts de façon à ne pas spolier les actionnaires. Logique. Donc, le conseil d’administration de Valeo prévoit de mettre à la porte 1600 employés afin d’équilibrer un peu les comptes…
Logiquement, et d’après les critères de tout un chacun, avec un tel bilan on devrait se taper la honte de sa vie ! C’est même sacrément nul. Mais bon ! C’est la faute à la crise qu’ils nous disent, et il faut bien faire ce qu’il faut pour survivre ! Aussi, c’est avec bonheur que la société Valeo accepta les subsides de l’état dans le cadre du plan de relance. Elle reçue 19 millions d’euros pour surmonter ladite crise…
Mais apparemment, cela ne devait pas suffire au monsieur à la triste figure… Lui, en tant que PDG, il avait une façon bien précise de voir l’évolution de son entreprise. Il a accepté les sous de l’état, il a même accepté de baisser son salaire à 1.1 million d’euros par an pour la bonne cause, mais il était hors de question de remettre en cause son mode de gestion, et en l’occurrence le plan de restructuration concernant 1600 collaborateurs…

A ce propos, permettez-moi d’ouvrir une parenthèse. Vous avez remarqué l’emploi plus qu’abusif que l’on fait en ce moment du parler « politiquement correct » ?
On ne dit plus licenciements, mais plan de restructuration. Comme si l’important c’était la forme en devenir de l’entreprise et non plus les conséquences humaines.
D’ailleurs, les ressources humaines n’ont-elles pas replacées les bonnes vielles directions du personnel ? C’est la même chose.
Dans le même genre, on ne dit plus employés ou ouvriers, mais des collaborateurs… Comme si la dénomination changeait quelque-chose à la façon de considérer une ressource ? C’est vrai quoi ! Ce n’est pas comme si on lui demandait son avis, comme à une personne !
Mais bon je m’éloigne du sujet… Ah si, un dernier pour la route : On ne dit plus pauvreté, mais baisse du pouvoir d’achat. C’est plus classe !

Reprenons. Donc, ce monsieur Morin pas d’accord avec la façon de dépenser l’argent des contribuables décide de quitter Valeo… Ou bien il est remercié par le conseil d’administration, pour sa gestion désastreuse, on ne sait pas. Secret des délibérations ! Il n’empêche que le monsieur s’en va.
Le problème est que, dans le contrat de ce monsieur, il est stipulé que si celui-ci s’en va, il doit partir avec un golden-parachute de, tenez-vous bien, 3,2 millions d’euros… C'est-à-dire en gros, un sixième de la somme prêtée le mois dernier par le gouvernement !

Alors, à partir de ce petit événement (je dis petit parce qu’il est somme toute assez banal dans le monde de l’entreprise), on peut avoir deux attitudes.
La première serait de s’offusquer de cet état de fait. De crier à l’injustice sociale, à l’indécence, ou plus simplement au foutage de gueule. On se mettrait donc à hurler avec les loups et à dénoncer l’immoralité d’une telle action générée par un libéralisme détaché des réalités sociales… Ce qui est assez dans l’air du temps, vous l’aurez remarqué.
Et oui ! La crise est là, et les bonnes consciences se réveillent un peu pour rappeler que les règles qui régissent le commerce sont tout sauf humaines et morales. Alors que ces bonnes consciences ont été plutôt silencieuses auparavant… Ou du moins celles qui osaient élever la voix passaient pour de viles empêcheuse de tourner en rond, voir des saloperies de communistes !

Ensuite, il y a l’attitude de celui qui considère que ce ne sont là que des choses normales. Un contrat est un contrat, et personne n’a le droit d’y mettre son nez, même pas (et surtout pas) l’état. Les goldens-hellos, les goldens-parachutes, les stock-options, tout ça fait partie des règles du jeu, et garantissent les performances des dirigeants… Il y a certainement d’autres arguments pour justifier de telles pratiques. Des arguments tous aussi logiques les uns que les autres, mais franchement je n’arrive pas à les trouver…

Et puis il y a une troisième attitude qui est celle de notre gouvernement.
Depuis quelques temps, Notre Président Glorieusement Elu se démène pour faire passer le message comme quoi il est intolérable que de telles pratiques perdurent. Il clame à la face du monde qu’il faut non pas réviser le capitalisme, mais le moraliser ! Il enjoint les patrons, et les syndicats de patrons, à faire le ménage chez eux, à faire preuve de solidarité avec le peuple ! Bref, il dit tout haut ce que tout le monde pense… Bravo monsieur Sarkozy ! C’est bien ! Vous êtes un Président Glorieusement Proche de vos électeurs !
Sauf que, toutes ces choses il les dit… mais il ne fait pas grand-chose pour que cela change. Bref, il tient le discours que tout le monde veut entendre, mais il n’en pense pas un mot !
Et ça mes amis ça porte un nom, ça s’appelle faire de la démagogie (du grec dêmagôgia : Attitude consistant à flatter les aspirations ou les préjugés du plus grand nombre pour obtenir ou conserver le pouvoir. Larousse 2009).

D’ailleurs, s’il n’était besoin de vous convaincre plus encore, on pourrait se demander pourquoi c’est toujours la presse de gauche qui révèle ce genre d’indécence ? Ou bien on pourrait poser la question aux porte-paroles qui s’expriment sur le sujet depuis hier, pourquoi selon eux il s’agit avant tout d’un problème de communication… C’est vrai quoi ! A les entendre, ces messieurs aux tristes figures doivent faire preuve de solidarité, ils doivent « faire face à leur responsabilités » et ne pas donner une image déplorable du monde de l’entreprise…
Ah bon ! Il s’agit donc d’un problème d’image ? Moi qui croyais bêtement que c’était un problème de fond plutôt que de forme, je me serais honteusement gouré ?

Vous voulez que je vous dise ? Je suis persuadé au fond de moi que le gouvernement, contrairement à ce qu’il annonce, ne veut pas légiférer sur l’éthique patronale… Il compte sur un assagissement passager de ces pourris de patrons, mais ne veut en aucun cas les obliger à se moraliser. Sa plus grande crainte serait que la crise dure suffisamment longtemps pour être obligé d’agir dans le sens des aspirations du peuple…
En attendant que les choses se tassent et que les cours de la bourse remontent, notre président et ses vassaux sont donc dans une fâcheuse posture… Le cul entre deux chaises, une fesse posée sur les idéaux libéraux et l’autre vautrée sur les aspirations des électeurs !

C’est dur la vie parfois…

vendredi 20 mars 2009

Lendemain de manif

Bon… C’est vraiment pas de bol, mais je n’ai guère d’inspiration aujourd’hui. Désolé !
Je reviendrais certainement sur cette journée dans un avenir proche, mais j’ai beau essayer, ce matin rien de sort….
Alors on va la faire courte, très courte. Contrairement à ce qui s’est passé dans le reste du pays, chez moi à Nice, la manifestation a été moins suivie que le 29 janvier. Entre 10 000 et 15 000 participants disent les médias…
Grosse différence cependant avec la précédente journée de mobilisation, le secteur privé était beaucoup plus présent. Ce qui correspond à ce que lis ici ou là, le mouvement gagne la base citoyenne en se démarquant des institutions habituelles…

Je vous ai trouvé ce mini-reportage que je partage avec vous, et je me mets derechef à la confection d’un petit clip avec les photos que j’ai pris hier.





video

mercredi 18 mars 2009

Pauvre France…

Et bien ça y est… C’est officiel, la France va revenir complètement dans le giron de l’OTAN. Hier, 329 abrutis (contre 238), ont entérinés le choix de notre atlantiste de Président.
C’en est donc fini de notre indépendance militaire. Enfin, c’est moi qui dis ça… Parce que, à les entendre tous, il s’agit encore une fois d’être pragmatique.

Pragmatique… (Grrrrr !!) Mon Dieu que je n’aime pas ce mot ! Ça commence à me gonfler sérieux cette notion de pragmatisme utilisée à toutes les sauces !
Surtout que, dans ce cas précis, la position qui a été la notre pendant plus de quarante ans était on ne peut plus pratique ! On avait un pied dans l’OTAN, et un pied dehors. C'est-à-dire qu’on profitait des bons trucs, et qu’on se réservait le droit de dire non aux autres trucs qui ne nous plaisaient pas…
Bon d’accord, pour un regard extérieur, ce genre de positionnement pouvait passer pour opportuniste, voir limite arrogant. C’est vrai. Mais, d’un autre côté, cela permettait à la France d’être crédible dans bien des conflits comme médiateur… Et Dieu (encore lui) sait qu’en quarante ans nous avons eu de nombreuses possibilités de faire montre de nos capacités diplomatiques !
Et bien tout ça, c’est fini. Sarko voulait se rapprocher des USA, c’est fait ! Nous voilà réintégré !
Quand je pense au Général, il doit se retourner dans sa tombe le pauvre vieux !
D’autant que l’OTAN (c’est rigolo !), franchement, ça sert à quoi de nos jours ? Hein ? Non mais je pose la question ! A quoi sert le Traité de l’Atlantique Nord ?

Cherchez pas, je connais déjà la réponse. A rien ! L’OTAN en 2009, ne sert à rien !

Enfin… Si l’on tient compte de ses objectifs premiers, bien entendu. Pour mémoire, je vous rappelle qu’historiquement, l’OTAN a été crée dans un contexte de guerre froide pour empêcher la propagation du communisme en Europe. Bien. Le bloc de l’Est s’étant effondré comme l’on sait depuis maintenant vingt ans, on ne risque plus d’avoir besoin d’un coup de main au cas où les chars russes décidaient de déferler sur la France.
Par contre, les objectifs secondaires de l’OTAN sont (malheureusement) toujours valables, eux. Et quels sont-ils ?
A l’époque, il s’agissait de propager coûte que coûte le model économique américain à partir des têtes de ponts que représentaient les bases américaines en Europe. Le processus a assez bien fonctionné, vous le savez. Même si en 1966, De Gaulle vira les ricains de notre sol, s’était trop tard, la contamination (ou la modernisation comme on veut) avait déjà eu lieu. Autre perspective, qui est toujours d’actualité, était d’assujettir notre défense au complexe militaro-industriel US. Les pays européens concernés se voyaient fortement incité à utiliser du matériel US, faisant ainsi fonctionner les entreprises américaines…

Et c’est là que l’alibi du pragmatisme peut à la rigueur se comprendre… Depuis des années les pays européens essayes de produire leur propre armement. La France, jusqu’a il y peu, était même plutôt bien placée dans ce domaine. Mais voilà, ça coute cher, et ça ne marche pas toujours… Le Rafale est un échec, notre seul porte-avion, ironiquement nommé le Charles de Gaulle, est plus souvent en cale sèche que sur les mers… Le char Leclerc est un gouffre financier… Le A-400 a eut du mal à décoller de la planche à dessin…Bref, on a peut-être plus les moyens de se payer notre propre armée. Avec cette vision des choses, on peut concevoir donc qu’il faille se rallier au plus grand fabriquant d’armes du monde…

Alors allons-y ! Mettons-nous aux ordres des Etats-Unis, profitons de la manne économique que cela va nous rapporter ! Et si, pour ce faire, il faut mettre quelques idéaux dans notre poche avec notre mouchoir par dessus, et bien faisons-le ! Qu’est-ce donc que quelques postures idéologiques face aux réalités financières de ce monde ? Soyons réalistes, soyons pragmatiques ! Les idéaux ne nourrissent pas le peuple, c’est bien connu !

Ha lala… Des fois, je vous jure que je désespère vraiment d’être un de ces foutus idéalistes qui considèrent que certains principes priment sur tout… Ma vie serait quand même vachement plus simple si ce n’était pas le cas, non ?
Et si cela devait arriver un jour, si je perdais cette sale manie de réfléchir, peut-être que je me mettrais à gueuler avec les autres lorsque des jeunes défileront dans la rue pour demander le retrait de nos troupes d’Iran ou bien de Syrie… Allez savoir ! Peut-être qu’en vieillissant, je vais devenir con ?

mardi 17 mars 2009

C'est le printemps, au Salvador aussi.

Le Salvador, vous connaissez ? Vous y êtes déjà allé ? Moi pas. Pourtant je connais un peu… En fait pour être franc, je connais surtout le film d’Oliver Stone sorti en 1986… Ben oui, que voulez-vous, on a les références culturelles qu’on peut ! N’empêche que ce film participa largement, avec d’autres, à l’éveil de ma conscience politique, et c’est déjà ça. Non ?
Parce que dans le quotidien du salvadorien moyen, on ne peut pas dire que les choses changèrent après la sortie du film… Oh que non !
La rébellion d’inspiration marxiste fut ratiboisée par les troupes du gouvernement, largement aidées en cela par l’armée américaine. Le dollar devint la monnaie officielle du pays et pendant une vingtaine d’années le Salvador devint un petit satellite bien sage et bien obéissant. Et puis, il s’est passé un truc vachement ironique…



La démocratie, vous savez ? Ce beau concept qui sert de prétexte aux Etats-Unis pour se permettre de faire un peu tout et n’importe quoi, là où ils le veulent et quand ils le veulent. Cet alibi maintes fois asséné à grands coups de bombardements et de corruption, qui ne sert en fait qu’à imposer une hégémonie commerciale et politique … Et bien la démocratie (c’est bête quand même), elle a marché ! Si ! Puisque je vous le dis !
C’est-y pas de l’ironie ça quand même ?
En fait, ce qu’il s’est passé c’est que, ce que la guérilla n’a jamais réussi à faire pendant des années par les armes, et bien c’est par les urnes qu’ils y sont arrivés.
Ce dimanche, Mauricio Funes, ex-journaliste et représentant de la guérilla, a été élu président de la république du Salvador avec 51,2% des voix !

Alors, bien sûr, le grand-frère a salué le résultat des urnes, et promis qu’il entendait bien travailler avec le nouveau président… Sauf que, dans les couloirs des officines obscures qui gravitent autour de la Maison Blanche, on balise quand même un peu… Et c’est normal.
Pensez-donc, déjà que la quasi-totalité de l’Amérique du Sud est passée à gauche, voilà donc que les pays d’Amérique Centrale s’y mettent aussi ! Y aurait-il comme un virus ? Une contagion ? Le mal rouge ne serait-il pas, lentement mais surement, en train de progresser vers le nord ?

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais l’année dernière, à peu près à cette période, j’avais écris un article sur la victoire de Fernando Lugo au Paraguay (je vous remets le lien ICI). Et bien dans les commentaires nous avions évoqué avec zébu (qu’est-ce tu deviens ?) la possibilité que les mouvements de « libération » se propagent et pourquoi pas arrivent aux portes des Etats-Unis, avec le Mexique comme dernière bataille… Et bien, ça a l’air d’en prendre le chemin, non ?

Hasta la victoria siempre !

lundi 16 mars 2009

Putain 20 ans !

Aujourd’hui c’est service public. Je dirais même plus, c’est service d’utilité publique ! De santé publique dirais-je même, si je voulais en rajouter… Mais bon, j’ai pas trop envie d’écrire ce matin, alors je vais arrêter là les qualificatifs. Ce sera donc également service minimum.
Je voulais juste vous écrire quelques mots pour vous rappeler que Canal + fête aujourd’hui les vingt ans des Guignols. Et oui ! Vingt ans déjà !
Alors je ne vais pas sombrer dans la nostalgie, ni même tenter de vous expliquer pourquoi ces marionnettes de latex ont une telle importance pour moi, non… Ça serait beaucoup trop long, et comme je vous l’ai dis, je n’ai pas envie d’écrire aujourd’hui…

Je vais juste vous faire part de quelques souvenirs…

L’élection présidentielle de 1995, l’annonce des résultats du premier tour quand Chirac à les yeux qui lui sortent de la tête et qu’il s’écrie « Putain, j’ai niqué couille molle ! ». Un autre, plus triste… les élections de 2002 lorsque Le Pen se retrouve au deuxième tour et que l’émission s’arrête… Le fantôme de Mitterrand qui avance sur ses roulettes en traitant tout le monde d’imbécile… Les « ispices di counasses » de Ben Laden… La World Compagny…
Ou encore… Non celui-là je l’ai trouvé en vidéo et je vous le mets carrément. C’est quand Alain De Greef essaye d’expliquer ce qu’est l’humour aux gens du CSA… Anthologique !



On a tous des souvenirs avec Les Guignols… Et vous, Je suis sûr que vous en avez aussi ! Racontez-moi donc tout ça… ! Pendant ce temps-là, je vais essayer de ne pas penser à la fin de la trêve hivernale…
Et comme dit l’autre « A tchao bonsoir ! »


jeudi 12 mars 2009

HADOPI, t’es pas mon amie !

Depuis quelques semaines, à l’image de certains d’entre vous j’imagine, je reçois des tas de mails pour me sensibiliser au projet de loi HADOPI…

HADOPI, n’étant pas comme on pourrait le supposer au prime abord le nom d’une revue littéraire pour enfant, mais bien l’acronyme pour la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet. Donc, il s’agit d’un projet de loi destiné à contrecarrer les téléchargements illégaux d’œuvres musicales, cinématographiques et autres (Dans « autres » vous mettez un peu tout ce que vous voulez !).

Malgré le harcèlement informatif de mes amis (biens intentionnés), je ne suis pas arrivé à m’emparer du sujet… Et oui ! Que voulez-vous, j’ai beau avoir une grande capacité à l’indignation, je ne peux pas forcément me sentir concerné part tout. Et en l’occurrence, la répression contre les téléchargements illégaux, comment vous dire…. Je m’en tape le coquillard avec un os de mammouth trempé dans la moutarde !
Pour la bonne et simple raison que je ne télécharge pas illégalement. Que ce soit de la musique ou des films, je ne le fais pas, un point c’est tout… Ce n’est pas inscrit dans ma web-culture, je suis peut-être trop vieux mais quand je veux un disque ou un film, je me l’achète. A bas prix si possible, mais je fais l’effort de dépenser quelques sous pour que l’artiste qui à créé ce que j’achète, en profite un peu.

Alors vous allez me dire que ce n’est pas parce que je ne me sens pas concerné que je ne dois pas pour autant lutter contre les dérives autocratiques… peut-être. Certainement même.
Je me suis d’ailleurs fait la même réflexion ! Mais comment ce fait-il donc mon cher Gwen (je suis très poli avec moi-même), que tu n’arrives pas à t’intéresser à ça ? Tu pourrais quand même faire un effort, même un petit, pour te sentir solidaire de tous ces gens qui ne vont plus pouvoir télécharger de la musique !
Ok ! Faire un effort, je veux bien… Je suis donc allé jeter un œil sur le net pour voir un peu ce qu’on en disait de cette loi, et essayer de comprendre pourquoi celle-ci créait autant de raffut.
J’ai lu la presse, en long en large et en travers, et je suis même allé faire un tour sur le site La quadrature du net, qui mène le combat contre le projet.
J’ai lu, j’ai lu… et j’ai même fais mieux que ça, j’ai téléphoné à un ami, qu’on appellera P, que je sais grand téléchargeur illégal devant l’Eternel, pour avoir son avis de mec concerné. Bref, j’ai enquêté quoi !

Donc, si j’ai bien compris, l’industrie du disque et du cinéma se casse la gueule ces temps-ci à cause du téléchargement via des sites Peer to Peer (P2P), et le propos de la loi HADOPI, c’est de punir les internautes qui s’approprient une œuvre sans en acquitter les droits. On va tous se mettre d’accord d’emblée, faire ces choses porte un nom, ça s’appelle du vol. Point barre. Un artiste, quel qu’il soit, en à sué des ronds de chapeaux pour écrire ou produire son œuvre, il est normal que celui-ci en touche la juste rétribution. Donc, a priori, je trouve normal que l’on sévisse contre cette pratique qui s’est développée ces dernières années. Un voleur doit être puni, et si on lui coupe son accès internet, il peut toujours s’estimer heureux de ne pas y laisser la main.
Sauf que le problème n’est pas aussi manichéen que ça… Lorsque j’ai interrogé mon ami P, sur le fait de savoir s’il agissait mal, sa réponse fut clairement oui. Oui, copier gratuitement des films (c’est son cas), c’est mal. Mais, il a, dit-il, des circonstances atténuantes.
Ah ! Des circonstances atténuantes, moi j’aime bien ça ! Et qu’elles sont elles ?
Tout d’abord, s’il le fait, c’est d’abord parce que c’est possible… Mouais, il est tout à fait possible de trucider son voisin, mais la plupart des gens ne le font pas pour autant… Donc, ce n’est pas pour moi une excuse valable. Ce n’est pas parce que la technologie existe, que celle-ci va de facto justifier l’acte.
Ensuite, il y a la force de l’habitude. Les internautes, et notamment les jeunes, ne connaissent que ça, la musique et les films gratuits sur internet ! « On ne peut plus revenir en arrière » ! Qu’il m’a dit. « C’est comme si tu rendais la vue à un aveugle de naissance, et que tu la lui retirais ! » à t’il déclaré. Sur le coup, j’ai trouvé l’image assez parlante. C’est vrai quoi ! On ne va pas supprimer une liberté, ou une tolérance si vous préférez, après que les gens en ont profité… Ca ne se fait pas. Sauf que, l’usage faisant loi, ne pourrait pas s’appliquer dans ce cas de figure. Ce n’est pas parce que l’industrie du disque ou du cinéma a un métro de retard sur les avancées technologiques du net, que l’acte se justifie pour autant. Encore une fois, à mes yeux, il n’y a pas vraiment là de circonstance atténuante.

Ensuite, l’argument suivant est que la loi est inapplicable tant les fraudeurs sont nombreux. Même si la multiplicité d’un délit ne le justifie toujours pas, cela reviendrait à mettre un flic derrière chaque internaute ou bien un flic dans chaque serveur… Avec 17 millions de foyers suspects, ça risque de faire pas mal de boulot à la police du net !
Là, on commence à approcher de l’argument qui peut avoir du sens chez moi. Même si l’apparente impossibilité d’une tache ne signifie en aucun cas qu’il ne faille pas s’y atteler pour autant, il est vrai que placer un mouchard dans chaque ordi français, me poserait quelques soucis qu’en à ma liberté individuelle. Même si je vais régulièrement sur des sites pornos, ce n’est pas pour autant que j’ai envie que tous le monde le sache ! (merde ! trop tard !) Bref, le flicage individuel et systématique ne me semble pas une bonne solution, car c’est toujours la même question qui se pose : Où vont les données ?

Enfin, mon pote m’a sorti un argument qui fit vraiment mouche dans mon petit cerveau de contestataire gauchiste… « Tout ça c’était la faute des Majors ! Si toutes ses grandes compagnies ne s’en mettaient pas tellement dans les poches, si les prix des disques et des DVD n’étaient pas si élevés, et bien il n’y aurait pas de piratage ! ».

Ah ! Voilà ! On y est ! Voilà une circonstance atténuante ! Un CD ou un DVD, ne coute pratiquement rien à fabriquer. Quelques centimes d’euros tout au plus. Si l’on prend l’exemple d’un CD à 20 €, ce qui est courant, l’argent généré par l’achat de ce CD, se répartit comme il est montré dans le tableau ci-contre.
On peut constater que c’est la maison de disque qui touche la plus grosse part du gâteau avec 52%, suivie de près par la distribution avec 22%. Ensuite, 19% vont dans la poche de l’interprète. Il faut savoir que ce pourcentage est fluctuant puisqu’il est fonction de la notoriété de l’artiste et peut donc être beaucoup moindre… La différence allant dans la poche de qui ? La maison de disque, bien sûr.
Enfin, 7% vont dans la poche des auteurs (paroles et/ou musique).

La première chose qui saute aux yeux, ce sont les énormes marges que pratiquent aussi bien les maisons de disques que les distributeurs. Des marges indécentes, osons le dire. Aussi, l’argument de mon ami, que je reprends à mon compte, est donc que si ces messieurs déjà pétés de tunes ne se gavaient pas au passage avec tant de goinfrerie, les CD et les DVD ne seraient pas si chers, et on les piraterait moins…
C’est vrai ça ? C’est vraiment vrai ? Pour confirmer cet argument je demande alors à P. combien de DVD pirates il possédait, et sur ces DVD, combien en aurait-il vraiment acheté si les prix n’avaient pas été si élevé… Et par la même occasion, quel serait le prix correct d’un DVD selon lui.
Sur 100 DVD, mon pote m’affirme qu’il en aurait probablement acheté une vingtaine si le prix n’avait pas excédé les 10-12 €. Ici, on touche au concret. La baisse des prix des DVD occasionnerait donc (si mon pote était une référence !), une augmentation de 20% des ventes. Le reste, les 80% restant, sont des films qu’il ne serait de toute façon jamais allé voir au cinéma, ni même acheté le DVD à leur sorties… C’est parlant n’est-ce pas ?
Ca veut donc dire, que le manque à gagné dont les Majors se prévalent n’est réel qu’à auteur de 20% de ce qu’elles annoncent. Déjà et d’une. Et de deux, cela nous démontre que la marchandisation de la culture tue la culture. Enfin… Pour autant que l’on ait besoin de nous le confirmer, bien sûr.

Alors, que faut-il faire ? On est d’accord, le problème est sérieux, mais tout de même pas aussi sérieux que les grandes compagnies veulent bien nous le faire croire. Ensuite, les solutions que le gouvernement veut apporter pour résoudre ce problème sont compliquées, non pas du point de vue de la morale, mais de leur applications techniques.
La solution actuelle qui consiste à avertir le téléchargeur fou deux fois avant de lui couper sa connexion, est aussi débile que la plupart des propositions de ce gouvernement. En effet, il faudrait pour bien faire que l’adresse IP à laquelle on veut s’en prendre, soit rattachée à la personne responsable du délit. Et dans l’état actuel des choses c’est impossible. Donc, je le répète, c’est débile.

La solution, la seule solution d’après mon ami, serait la licence globale. Une taxe, comprise dans le forfait du fournisseur d’accès, permettant tous les téléchargements possibles. Le fournisseur se chargeant ensuite de reverser ces droits aux auteurs et aux compositeurs. Les maisons de disques et les réseaux de distribution sont maintenant devenus quasiment obsolètes. C’est pourquoi, à mon sens ils ne devraient rien toucher… Ou en tous cas, une part, extrêmement minime.

Alors voilà. J’ai bien conscience que je n’ai fait qu’effleurer le problème… J’ai probablement oublié un tas de trucs comme par exemple la taxe sur les CD et les DVD vierges, qui est déjà sensé répondre au piratage. Mais, après avoir examiné de plus près ce projet de loi intitulé « Internet et Création », je pense avoir compris qu’il s’agit là d’une manœuvre supplémentaire orchestrée par de puissantes firmes qui ne supportent pas d’être exclue du monde qu’offre les nouvelles technologies. Ces firmes, ces Majors, réclament de l’argent qui ne leur est pas dû en totalité alors qu’elles réalisent déjà d’énormes profits sur le dos des artistes. Et vous savez quoi ? Ca me fait un peu penser au type qui exige de toucher une partie de la cagnotte du loto, alors qu’il ne joue pas !

Mais le pire dans tout ça, c’est cette connivence que je devine. Une connivence entre le pouvoir politique et quelques lobbys pour faire coïncider leurs intérêts… Le second permettant au premier de renforcer une surveillance de l’individu au nom d’une cause prétendument salvatrice.
D’ailleurs, et j’en terminerais ici, pour s’en convaincre il suffit de voir qui représente le mieux la lutte anti-piratage… Monsieur Olivennes, rapporteur du projet de loi n’est-il pas l’ancien directeur de la FNAC ? Monsieur Luc Besson, réalisateur au parcours chaotique reconverti dans la production d’œuvres cinématographiques de série Z, n’est-il pas le premier à s’élever contre cette pratique ? (Voir sa tribune dans Le Monde.fr).

Ce sont là des questions plus que légitimes. N’est-il pas ?

lundi 9 mars 2009

La forêt du grand Tétras (5)

Salut tout le monde ! Alors, on est prêt à en terminer une bonne fois pour toute avec les aventures palpitantes de notre Beau et Grand Tétras ?

C’est qu’il en aura fallut du temps pour en arriver à bout de ce zoziaux et de ses conditions de vies si particulières… Cinq épisodes en tout et pour tout ! Alors, si vous n’y voyez pas d’inconvénients, et avant d’en terminer avec cette période de ma vie, on va un peu résumer les épisodes précédents. Ok ? Rassurez-vous, je vais essayer de la faire courte !

Le Grand Tétras, Tetrao Urogalus, est un oiseau de grande taille qui affectionne les forêts profondes et peu fréquentées. Si l’on devait schématiser sa vie, on la partagerait en trois périodes essentielles: L’hiver, le printemps et l’été. Chacune des ces périodes nécessitent chez notre ami de vivre dans un milieu différent, puisque chaque période correspond à un tranche de la vie d’un Grand Tétras…
L’hiver, l’oiseau vit au ralenti. Il n’hiberne pas, mais il hiverne. La nuance sémantique est de taille puisque l’hibernation ne concerne que les mammifères (et d’un), et qu’il ne passe pas son temps à dormir (et de deux). On va dire plutôt qu’il vivote… Il attend que le temps passe en se tenant perché sur un arbre et en se nourrissant exclusivement d’aiguilles de sapin. Ce régime de merde, osons le dire, vous conviendrez que ce n’est pas l’idéal pour avoir une vie pleine de tonus ! Aussi, la principale chose que tétras demande, c’est qu’on lui foute la paix. C’est pour ça qu’il préférera des forêts clairsemées où le prédateur se voit venir de loin.
Le printemps, c’est la période de reproduction. L’accouplement, ritualisé à l’extrême, est un moment plein de bruit et de fureur… (Merci Willie !) Ca chante et ça se bat comme marin en goguette (Pour les nouveaux, je vous remets la vidéo ICI). Le milieu nécessaire à cette débauche sexuelle, c’est une forêt avec de vastes clairières que l’on nomme pour l’occasion des places de chant.
Enfin, l’été est la saison où on élève les jeunes, qui ne tardent pas à naitre de la partie de jambe en l’air du printemps… Là, les oiseaux ont besoin de MANGER. Manger beaucoup pour accumuler des réserves pour l’hiver. La nourriture doit être variée et riche. Des fruits des bois, des insectes, des jeunes pousses… Bref, le genre de truc qu’on trouve dans une strate herbacée développée. Ce qui implique donc une forêt en phase de régénération avec de la broussaille pour nourrir et planquer les jeunes.
C’est bon ? Toutes ces caractéristiques vous sont revenues en mémoire ? Bien.
Je rappelle à ceux qui prenne l’histoire en marche et qui ont la flemme de se taper les quatre épisodes précédents (ce que je comprendrais), que mon boulot à moi, c’était d’essayer de décrire un biotope optimal pour le Grand tétras, mais avec des mots de technicien forestier. L’écologie, c’est une toute autre discipline que la sylviculture, et comme les deux parties n’arrivaient pas à s’entendre, on m’a chargé de « traduire » les recommandations écologiques de protection de l’oiseau, en termes compréhensibles pour le sylviculteur.
J’ai réussi à transcrire tout ça grâce à une étude statistique combinée avec une analyse minutieuse du terrain… Et je me suis donc retrouvé un beau jour d’octobre, à devoir exposer les résultats de mon étude devant un parterre de notables… Nous en étions donc là à la fin de l’épisode précédent.

Après quelques balbutiements et quelques déglutitions forcenées, j’ai épongé d’une main la sueur qui perlait sur mon front et je me suis lancé.
Si je me souviens bien, devant moi il y avait : Les maires des communes concernées, les cadres régionaux de l’Office National des Forêts, de la Direction Départementale de l’Agriculture, du Centre Régional de la Propriété Forestière, les représentants des syndicats de chasse, ceux des éleveurs, des écologistes… Sans compter mes collègues de la réserve venus en nombre pour me soutenir. Bref, j’étais dans mes petits souliers comme vous pouvez l’imaginer.

Toujours d’après mon souvenir, j’ai ramé pendant les cinq premières minutes. Mais alors, quand je dis ramé… C’est ramé de chez ramé ! Et puis, au fur et à mesure de mon exposé les mots sont venus de plus en plus facilement et au final, il parait que je ne m’en suis pas trop mal sorti… Enfin, c’est ce qu’on m’a dit après.
Alain, mon directeur, m’avais conseillé peu avant de commencer de ne pas trop me répandre en considérations techniques… Et ce pour deux raisons :
La première était qu’avec les copies de mon rapport qu’on allait distribuer, les techniciens présents auraient largement le temps de vérifier mes chiffres à tête reposée. La seconde raison était que ma cible, les gens que je devais avant tout toucher par mes arguments, ne comprendraient rien à mes explications… Il s’agissait des chasseurs, des éleveurs et des maires… Eux seuls comptaient. C’est donc vers eux que je me suis tourné, en multipliant les analogies et les exemples (un peu comme j’ai fais avec vous).

Pour moi, si l’on voulait que le Grand Tétras se sente bien sur la Crête du Jura, il fallait conserver ce qui était bien pour lui, et améliorer ce qui l’était moins.
Essayez de visualiser une montagne. Celle-ci est couverte dans sa partie basse de forêts fermées destinées à la production de bois. Puis si l’on remonte le regard, on constate que la forêt se transforme peu à peu en pâturages… Si l’on continu à lever les yeux, et avant que ceux-ci ne touchent le ciel, vous ne verrez bientôt plus que de l’herbe et des cailloux. C’est bon ? Vous la voyez ?
Et bien, c’est dans cette zone située à mi-parcours, lorsque la forêt cède peu à peu le terrain aux prairies herbeuses que vit notre ami. C’est dans ce milieu exactement qu’il peut trouver ce qui est nécessaire à sa survie. Nourriture, vue dégagée, tout y est !
Donc, si l’on veut y faire venir plus d’oiseaux, il convient d’agrandir cette zone de transition. Les rigueurs du climat (décrites dans la partie deux), empêche de faire grandir cette zone vers le haut de la montagne. En effet, si la forêt disparait c’est pour deux raison. Le froid, et les vaches. Donc, on oubli cette solution.
Il faut donc, éclaircir les forêts situées en aval des zones de transition. Tout le problème réside dans le fait que là, on s’attaque à des propriétaires forestiers avec leur logique à eux. Et c’est là que mon expérience de la sociologie de ces propriétaires forestiers m’a été utile.
Pour faire simple, ces propriétaires sont de deux types. Les proprios producteurs et les proprios conservateurs.
Chez les proprios producteurs, leur seul souci est de produire du bois avec un minimum de cout et un maximum de revenu. Ils sont dans une logique bassement mercantile, et il est hors de question de les inciter à des pratiques écologiques de protection d’une espèce animale. A limite, ils conçoivent le bien fondé de la chose, mais… Chez les autres, pas chez eux. A moins que cela ne leur rapporte, et là on peut commencer à discuter… Aussi mes recommandations envers ce type de proprios à été de les sensibiliser à une gestion en Futaie Jardinée. Ce type de gestion, je vous en ai déjà parlé, peut se révéler des plus attractive dans ce type de région et peut générer des revenus corrects tout en conservant l’intérêt écologique du milieu. Je citais par ailleurs en exemple l’association Prosylva, qui serait à même de les conseiller sur ce type de gestion…

Ensuite, il y a les proprios conservateurs. Eux sont différents. Il s’agit la plupart du temps de familles possédant un petit bout de forêt hérité, souvent expatriées de la région, qui ne gardent cette forêt que pour des raisons affectives. Ils y viennent peu, moins d’une fois par an, et ne connaissent rien à la gestion forestière. Alors, soit ils confient cette gestion à un organisme tiers (ONF, CRPF), soit ils l’a laissent péricliter et se fermer…
Dans mes recommandations, j’enjoignais la réserve à s’impliquer auprès d’eux et de leur proposer de cogérer leur petit bout de forêt dans un souci écologique. Ce genre de propriétaires étant relativement citadins, l’argument ne pouvait que porter ses fruits. Imaginez qu’elle fierté se serait pour eux de se savoir propriétaires d’une partie de la réserve, d’un endroit où ils pourraient à loisir cheminer et pourquoi ne pas rencontrer le Grand Tétras ? Bref, il fallait communiquer avec eux en se servant de l’image de la bête comme faire valoir écologique. Il fallait qu’ils aient cette image dans la tête, bien ancrée dans leur subconscient, de façon à ce qu’ils se sentent concernés par la sauvegarde de la bestiole. De cette façon, ils seraient bien plus enclins à nous confier la gestion de leurs bois et, disons le tout net, à nous laisser faire ce que nous voulions !

Et ce que nous voulions, enfin… Ce que je jugeais devoir être fait pour améliorer le milieu, c’était d’abord et avant tout ouvrir ces forêts fermées. Eclaircir comme on dit dans le jargon.
Et c’est ici que se pose un autre problème qui peut se résumer dans cette simple question. Oui, mais avec quel argent ?
Car les travaux forestiers n’ont jamais été gratuits, vous vous doutez bien, et éclaircir une forêt qui s’est régularisée, surtout dans les bois de faibles diamètres, ne rapporte strictement rien à la vente… Il me fallait donc trouver le moyen d’ouvrir ces forêts sans que cela ne coute un sous à la réserve… (En tous cas, pas trop !)
Pour moi, il n’y avait que deux possibilités pour ça, et elle devaient être menées conjointement.
La première était de s’adresser aux missions locales de la région et de mettre en place un partenariat pour créer des chantiers d’insertions. J’avais étudié le bassin d’emploi, et je savais que le Pays de Gex ne disposait pas de telles structures. Le nombre de demandeurs d’emplois non qualifiés était suffisant pour approvisionner plusieurs chantiers et, admettons le, pour pratiquement pas un rond. De plus, la Réserve Naturelle s’inscrivait dans une démarche sociale qui ne pouvait que lui profiter en termes d’image.
La deuxième solution, m’est venue d’une expérience que j’avais connue chez nos voisins Suisses. Dans le canton de Vaud, j’avais visité une parcelle de forêt ou on utilisait les vaches pour « débroussailler » les forêts. Cette expérience était extrêmement bien suivie puisqu’il s’agissait de définir qu’elle était la charge animale nécessaire à l’entretien du milieu. En clair, il fallait savoir avec précision quel était l’impact d’une ou plusieures vache dans un milieu forestier. Les premiers résultats étant prometteurs de l’autre côté de la frontière, je proposais que l’on transpose cette expérience sur le territoire de la réserve et que nous en tirions avantage. Dans la perspective du moindre coût, c’était l’idéal. Les éleveurs agrandissaient leurs pâturages, et la qualité du lait, du fait de la diversification alimentaire, s’en trouvait grandement améliorée. On pouvait même envisager sur le long terme de vendre des fromages avec une appellation « prés-bois » ! Pourquoi pas ?

Et c’est sur cette note optimiste que j’en terminais enfin avec cet exposé.
J’eu droit à quelques applaudissements, vite étouffés par le brouhaha des conversations. Le maire de Thoiry, c’est alors adressé à l’assemblée pour me remercier de mon travail, et clore la séance… Mais je voyais déjà sur les visages de tous ces gens que mon étude avait été diversement appréciée.
Les écologistes me félicitèrent, ainsi que mes collègues de la réserve. Les alpagistes me demandèrent des précisions sur cette expérience Suisse. Les chasseurs n’étant pas concernés par mon rapport m’ignorèrent de belle manière… Mais moi, j’attendais surtout l’avis de mes pairs. J’attendais surtout que d’autres techniciens forestiers viennent juger mon travail… Et là, j’en ai pris plein la gueule.
L’ingénieur de l’ONF m’a serré froidement la main en me disant : « En somme, vous voulez réintroduire le pacage en forêt, c’est bien ça ? ». Le technicien du syndicat des propriétaires forestiers privés derrière elle (ouais c’était une femme) souriait ironiquement, comme si la seule évocation de cette pratique relevait de l’insanité mentale… J’ai balbutié une confirmation gênée, en tentant d’argumenter sur le bien-fondé d’une telle expérience… Mais c’était trop tard. Dans l’esprit de ses éminents techniciens, je venais de franchir une ligne invisible qui m’excluait définitivement de leur cercle. Me reléguant au rang d’hurluberlu écologiste, de traitre à la cause forestière. N’avais-je pas fais allusion à Prosylva ? C’était bien que je faisais partie de ces doux-dingues qui croient devoir remettre en question quatre cent ans de code forestier !
Pour être franc, je savais que mon idée d’utiliser les vaches comme outil d’ouverture du milieu était osée. Mais delà à choquer autant mes collègues des organismes d’état, je ne pensais pas. Il faut savoir que dans l’esprit d’un forestier lambda, un des principaux freins à la régénération forestière c’est l’abroutage. C’est à dire le fait que les jeunes plants d’arbres soient dévorés par un quelconque ruminant passant par là. La présence d’une compagnie de chevreuils ou de serfs sur une parcelle a un impact certain et doit être surveillée en permanence en collaboration avec les chasseurs du coin. Aussi, lorsqu’il il s’agit d’animaux domestiques, il ne faut même pas y penser ! D’ailleurs ce n’est pas pour rien si c’est strictement interdit depuis Louis XIV ! Bref, ce que j’avais préconisé relevait de l’hérésie forestière.

Je suis rentré dans ma petite chambrette, un peu déstabilisé, mais ce n’est que plus tard que je compris les véritables conséquences de mon étude. J’ai cherché pendant un an et demi à me faire embaucher dans les régions Franche-Comté et Rhône-Alpes comme technicien forestier… En pure perte. Au bout d’un an, j’ai enfin compris à la faveur d’une indiscrétion ce qui m’empêchait de trouver du boulot. J’avais été blackboulé tout simplement. Dans ce milieu relativement clos de la sylviculture, mon nom avait circulé dans la région et hors région, et j’avais désormais une réputation de fouteur de merde. J’ai, pendant un temps, été professeur dans un lycée forestier, mais au bout de quelque temps il me fallut me résoudre à quitter la région…

Et je me suis retrouvé dans ma bonne ville de Nice, ou je me suis précipité sur le premier boulot venu. J’oubliais peu à peu dans la routine du quotidien mes aspirations forestières pour me consacrer à la décoration et à la vente de meubles exotiques… Des meubles en bois noble, ce qui fait que je gardais néanmoins un lien avec mes chers arbres. Mais il s’agit là d’une toute autre histoire !

Voilà les amis ! Ainsi ce termine, un peu tristement j’en conviens, mes aventures jurassiennes !
Que puis-je vous dire pour conclure ? Je me dis parfois, qu’un peu de diplomatie m’aurait été utile. Mais en même temps, je ne regrette rien. Je sais maintenant, avec le recul qu’offrent les années, qu’il faut savoir défendre ses opinions et en assumer les conséquences. Et puis, au fil des années j’ai entendu dire que mon rapport s’était promené du côté des Pyrénées où, parait-il, il aurait rencontré quelques lecteurs intéressés… De même, si vous avez l’occasion de vous rendre dans le Pays de Gex, vous verrez de vous-mêmes que mon idée de promouvoir le Grand Tétras fur suivie des faits ! On ne parle que de lui !
Pour le reste, et bien ma foi, je crois savoir également que les idées novatrices font quand même leur chemin dans les institutions forestières… Mieux vaut tard que jamais !

Longue vie au Grand tétras !

jeudi 5 mars 2009

Des empires et de la liberté…

Avertissement : Aujourd’hui je vous propose du lourd et du copieux. Aussi, je vous invite à prendre le temps qu’il faut pour digérer tout ça ! Si vous n’avez que deux minutes devant vous, c’est pas la peine ! Revenez quand vous aurez le temps…

Quand j’étais petit garçon, on avait coutume de dire que ce qui se passait en Amérique, arrivait chez nous en France dix ans plus tard… Je l’entendais tellement ce concept que, comme la plupart des gens j’ai eu tendance pendant des années à le considérer comme allant de soi. Un peu comme si il était normal que les objets, comme les idées, migrent de l’ouest vers l’est, à la faveur de je ne sais quel courant marin. Bien sûr, le temps passant, et les moyens de communication se modernisant, la vitesse de cette migration c’est accélérée et bientôt, ce n’est plus dix ans qu’il fallut attendre pour voir débarquer chez nous les bienfaits de l’american way of life…

Dans les années 70-80, celles de ma prime jeunesse, mon père passait son temps (et le passe encore) à maudire tout ce qui pouvait venir de là-bas. Appelez ça de l’antiaméricanisme primaire si vous le voulez, et vous auriez raison car mon père était un gaulliste convaincu. Né en 1931, il avait connu enfant l’occupation allemande pour ensuite subir celle des américains… Oh, bien sûr c’était différent comme occupation, mais elle n’en était pas moins oppressante pour ceux qui comme lui s’ancraient dans la ruralité… Le changement c’est bien, mais à petites doses !
Aussi, moi gamin, je m’amusais beaucoup de le voir pester dès que j’utilisais un anglicisme, ou que j’écoutais du Genesis un peu fort…
« Encore une de tes conneries américaines ! » disait-il. Et moi je rétorquais malicieux : « Non Papa, c’est un groupe anglais… ». Bref, je m’amusais beaucoup.
L’esprit de contradiction étant assez présent chez moi, je me mis à m’intéresser vraiment à ce qui se passait de l’autre côté de l’Atlantique. Autant pour faire râler mon père que pour tenter de « deviner » ce qui allait se passer dans nos vies quelques années plus tard !
Toutes les choses qui venaient de là-bas étaient forcément bien, car elles avaient comme vertu première d’apporter le changement et la modernité. La première télévision en couleur, le premier Mac Donald sur les Champs Elysées… Tout ça c’était nouveau, donc ça ne pouvait pas faire de mal. Et puis n’était-ce pas ainsi que les choses devaient se passer ? Les américains, s’étaient les gentils qui nous avaient sauvé des allemands et qui nous protégeaient des affreux communistes planqués derrière leur mur et leurs missiles. Le monde était ainsi fait, et son fonctionnement semblait convenir à la majorité des gens… Alors pourquoi remettre tout ça en question ?

Et puis j’ai grandi. Je suis allé à l’école, et on m’a appris plein de choses sur les Etats-Unis. J’ai appris que même si le monde ne se résumait pas à ces deux pays, nous avions cependant une histoire commune. Ou du moins, qu’entre la notre et la leur, il existait de nombreuses similarités. J’ai appris que pendant un temps, nous avions plein de terres là-bas aux Amériques. Que cela se voyait encore dans la culture de la Louisiane ou bien chez les voisins canadiens avec le Québec… Nous étions en quelque sorte des nations sœurs, liées entre elles par d’indéfectibles liens. D’ailleurs les américains n’avaient-ils pas débarqués en 1917 en proclamant « La Fayette nous voilà ! » ? Et tout ça en mémoire du coup de main qu’on leur avait filé en 1780 pour mener à bien leur révolution et avant de faire la notre… Si c’est pas de la complicité historique ça ! (Z’avez vu ? j’ai bossé les référence!)

Mais, à l’école, j’ai surtout appris que les choses de ce bas monde étaient liées entre elles, et que bien malin était celui qui serait capable d’en tirer des lois immuables. A moins d’y passer sa vie entière, et encore…

A votre avis, pourquoi je vous raconte tout ça ? Non, parce que je sais que ça peut paraitre un peu long comme entrée en matière (car s’en est une), et je suis sûr que vous vous demandez où je veux bien en venir…
Si-si ! Ne dites pas le contraire, j’en vu un ou deux se poser la question ! Cécile ! Oui c’est de toi que je parle ! Non, l’autre Cécile ! Oui toi… J’ai bien vu à ton air interloqué que tu te posais la question…
Et bien je vais y répondre… Si je vous parle de ça, c’est que depuis un petit moment, je me pose la question de savoir ce qu’est exactement le concept de l’état et son corollaire, la liberté individuelle… Et cette question je me la pose dans la perspective d’une comparaison avec le model américain libéral qui, comme les télévisions couleurs et les Mc Do’, à tendance à vouloir nous être imposé…
Vaste sujet n’est-il pas ? (Y s’passe de ces trucs dans la tête du Gwen des fois, c’est dingue !)

En fait, pour tout vous dire, je me pose cette question dans ces termes depuis la crise… Et les tentatives de chaque gouvernement pour la résoudre. Et je me suis rendu compte que toute les propositions que chacun faisait, se résumaient en gros à savoir ce que devait faire l’état. Celui-ci devait-il intervenir ? Et si oui, dans quelle mesure ? Et j’ai donc commencé à réfléchir…

Cette question, elle est à mon sens, primordiale. Elle est primordiale parce que si l’on réfléchit bien, c’est de cette conception de l’état, et le rôle que celui-ci est sensé jouer, que va découler la position politique des citoyens. Autrement dit, la façon dont chacun positionne l’état dans son paysage personnel, et se positionne par rapport à lui, va influer sur ses idées politiques et donc sur son comportement personnel. A moins que ce ne soit l’inverse… On va bien voir !

Historiquement, nous l’avons vu, les Etats-Unis et la France sont issus d’un même processus révolutionnaire. Ici comme là-bas, il a s’agit de se débarrasser de l’oppression qui régissait nos pays respectifs, pour donner au peuple la possibilité de s’élever par lui-même et de revendiquer un même concept. La liberté.
Sauf que, et c’est là que les choses diffèrent entre nos deux pays, aux Etats-Unis on a privilégié la liberté individuelle, alors que chez nous nous avons préférés mettre en avant une conception plus collective de la liberté… Pourquoi ? Et bien tout simplement pour des raisons lointaines et obscures qu’on pourrait faire remonter à l’empire romain… Ou plutôt à la fin de l’empire Romain.
A cette époque la civilisation occidentale se scinda en deux : Le monde Romain, et le monde Germain. Cette division se perpétua au cours des siècles et perdure de nos jours dans des survivances incongrues comme le concordat en Alsace Loraine, ou bien encore dans les registres cadastraux de nos communes. La France située à la frontière de ces deux mondes est un exemple passionnant à observer, car elle garde dans son Histoire et dans sa Géographie les traces de se partage… (La Suisse aussi d’ailleurs)
Il existe également deux conceptions du droit, le droit romain et le droit germain. De ces deux conceptions ont découlées deux organisations différentes de la société. Ce partage, on le retrouve également dans le schisme de l’église protestante et anglicane, qui par un effet de cristallisation, concentra en un dogme différent les caractéristiques de cette partie de la société. Pour parler clair, au nord de l’Europe, on ne pensait pas comme dans le sud de l’Europe. Et non seulement on ne pensait pas comme ailleurs, mais la place qu’occupe chaque citoyen au sein de la cité est conçue de manière différente, selon que l’on soit du nord ou bien du sud.
Je vais vous raconter une histoire et vous allez voir que vous allez comprendre… (Chouette une histoire !).
La crête du Jura, dans la partie basse du massif, est située exactement sur la frontière entre ces deux mondes antiques. Sur le versant nord de la montagne, lorsque l’on regarde le cadastre des propriétés foncières, on s’aperçoit que celle-ci sont toutes petites et qu’il n’existe pratiquement pas de terres dédiées à la commune. Au sud c’est le contraire. Les propriétés privées sont plus grande, et la part des communes est beaucoup plus importante, voir prédominante. Et bien cela vient directement d’une conception du droit qui perdura jusqu’à l’Empire. Dans le droit germain, les enfants héritaient tous d’une part du patrimoine familial, au sud s’était le fils ainé qui héritait. Au final, plusieurs siècles plus tard, le foncier se retrouve éparpillé en une multitude de propriétaires au nord, alors que la cohésion patrimoniale est maintenue au sud. De même, au sud, lorsqu’il n’y avait pas d’héritier, c’était l’Eglise (puis la commune) qui héritait des biens légués… Alors qu’au nord, on trouvait toujours quelqu’un pour toucher le pactole ! Il s’en est suivi donc, au fil des siècles une conception complètement différente de la propriété. Et de là, une conception du bien commun. Au sud, les paysans pauvres pouvaient compter sur l’octroie de quelques servitudes au sein de la propriété communale, comme l’affouage au le pacage. Alors qu’au nord, les pauvres ne pouvaient compter que sur la charité donnée à titre individuel. Cette charité devint même un critère social, puisqu’elle ne tarda pas à devenir publique et revendiquée.

Bien évidemment, la religion accompagna cette compréhension de la propriété et du bien commun. Au nord, sous la poussée des saxons, issus de germains rappelons-le, l’église catholique se scinda lors du grand schisme du XVIème siècle. Là encore, on retrouve au sein de la morale anglo-saxonne la prédominance de l’acte individuel sur l’effort collectif. Par exemple, lorsqu’un catholique traditionnel pèche, il se doit de confesser son pécher devant un prêtre… La confession l’absout et la suite se passe entre Dieu et le pécheur. Dans les églises issues du schisme (Baptistes, protestantes et autres), le pécheur se doit de faire pénitence publique et de racheter sa faute aux yeux des autres membres de sa communauté. Le pardon se transforme alors en un acte social comme un autre, et la charité publique un instrument de promotion sociale. Là encore, on retrouve la mise en avant de l’individu et de sa démarche personnelle, et celle-ci n’est valable que si elle est publique, c'est-à-dire jugée par les autres…

Et c’est pourquoi, selon moi, les révolutions respectives de nos deux pays, la France et les USA, n’engendrèrent pas le même genre de société. Ni, par voie de conséquence, la même conception du mot « liberté », et donc la place de l’individu par rapport à la collectivité.

On s’accroche, j’ai bientôt fini…

On le sait, le libéralisme est une notion inventée au XIXème siècle par les anglo-saxons. Inventée, ce n’est pas vraiment le terme… Puisqu’elle est l’immédiate conséquence de cette vision protestante du monde. La liberté individuelle prime sur tout, même sur le collectif. L’état est nécessaire mais il ne doit en aucun cas s’opposer à la liberté individuelle. Chaque citoyen est libre d’entreprendre, de discourir, de prôner sa propre voie et il est inconcevable qu’une règle collective, une loi, l’empêche de jouir de cette liberté. La réussite personnelle est érigée en model. On crée des notions telles que « winner/looser », « self made man », « struggle for life », qui décrivent au mieux la nécessaire combativité que l’individu est sensé déployer tout au long de sa vie… Bien évidemment, ceux qui ne réussissent pas à gagner cette guerre de la survie, peuvent néanmoins compter sur la charité prodiguée par les gagnants… D’ailleurs, le système est ainsi fait. L’aide au nécessiteux et aux malades de tous poils est de l’ordre de l’acte privé. Ce n’est pas le rôle de l’état, et il serait même indécent que celui-ci se substitue à l’individu pour aider le « perdant » à relever la tête… C’est logique, puisque celui-ci est responsable de lui-même, et que la liberté de réussir commence par le fait de ne pas privilégier une catégorie plutôt qu’une autre…
Un dernier exemple qui me semble parlant. Aux USA la notion de non-assistance à personne en danger n’existe pas…

Ailleurs, chez nous, dans les sociétés issues du monde romain, on ne voit évidemment pas les choses de la même façon. L’état représente une part beaucoup plus importante dans nos vies, puisqu’il est l’émanation du collectif. Chaque individu est responsable de lui-même, oui. Mais il a également une responsabilité envers les autres. Cette responsabilité envers les autres, il l’a confié au collectif qui agit au nom de l’individu… Il ne s’agit pas de substitution, je le précise, mais bien d’une émanation. Le citoyen croit fermement en la mission de l’état, puisque c’est la sienne ! Dans ce type de société, l’initiative individuelle n’est pas pour autant proscrite. Elle est surveillée par tout le monde et encadrée par des lois, car il ne faut pas qu’elle entre en conflit avec l’initiative collective. Lorsqu’un individu s’élève au-dessus des autres, il est épié de toutes parts et son statut est souvent remis en cause. Non pas par jalousie comme il serait facile de le penser, mais plutôt parce que l’individu ne doit jamais menacer les pouvoirs du collectif. En conséquence, faire état de sa fortune ou de son statut, est plutôt mal vu… De même lorsqu’une personne est dans la misère ou bien malade, c’est l’état qui prend soin d’elle. L’aide aux autres est d’ordre publique, et toute initiative privée est considérée comme une façon de vouloir se substituer au collectif, ou bien parce que celui-ci a manqué à son devoir. Par exemple, les Restos du Cœur ont fêté leurs vingt ans… Et bien, dans notre type de société, c’est plutôt considéré comme un triste anniversaire… Ce type d’association ne devrait même pas exister !

Bien… Pour conclure (parce qu’à un moment il faut bien s’arrêter même si il y aurait de quoi écrire un bouquin entier sur le sujet) voilà comment moi j’ai compris les choses… Deux mondes, deux conceptions de la place de l’individu dans la société, deux façons d’appréhender la liberté…
Bien sûr, avec la modernisation des moyens de communication les idées, les concepts de vie, ne sont plus resté cantonnés au sein de leur frontière géographiques respectives. Ils se sont imbriqués les uns dans les autres en un glorieux pataquaisse que nous appelons la politique !
Je note pourtant, que les dogmes anglo-saxons ont une tendance à se propager plus vite que les autres… Cela est sans doute dû à une conception plus « agressive » de la vie en communauté, d’une part, et d’autre part à un prosélytisme économique et culturel beaucoup plus virulent. De même je remarque qu’aux USA le désintérêt pour la vie de la cité et la politique simplifiée à l’extrême (bipartisme) va de paire avec la conception individualiste de la liberté…
Un jour, j’ai vu à la télévision une femme américaine qui disait que chez nous, nous n’étions pas libres. Cela m’avait choqué au plus haut point, car personnellement j’ai l’impression d’être libre ! Mais j’ai également l’impression de faire partie d’un tout, et j’accepte par conséquent les règles qui régissent ce tout… Je crois sincèrement que l’antique Rome a engendré une société où les individus sont pourvus d’une conscience collective, et que cette conscience est la chose qui nous différencie des sociétés issues du monde Germain…

Tout ce que je viens de dire est le fruit d’une réflexion que je mène depuis un certain temps déjà. C’est une réflexion personnelle qui ne s’est abreuvée à aucune source littéraire, ce qui explique pourquoi il y a si peut de liens et de références… Cela n’exclut donc pas le fait que cette réflexion n’est pas finie, et que je peux me tromper ! Si vous avez une autre façon de voir les choses… ne vous gênez pas pour nous la faire partager !
Merci pour votre attention, et désolé pour la longueur…

mardi 3 mars 2009

La forêt du Grand Tétras (4)

Vous savez quoi ? Et bien ça suffit ! Y’en a marre de se morfondre et de ruminer tout en faisant la grève des relations humaines ! C’en est trop, j’ai assez hiberné comme ça, et j’ai décidé (c’est quand même moi le patron) de me remettre au boulot.
Et je me suis dit dans ma petite tête de névrosé neurasthénique, quel merveilleux symbole se serait de reprendre mes activités en terminant quelque-chose d’inachevé… C’est-t-y pas une bonne idée ça ?
Alors, pour ceux qui me suivent depuis un bout de temps, je suis sûr que cet article va vous faire plaisir, parce que vous me l’avez suffisamment réclamé. Si ce n’est pas le cas, et bien tant pis pour vous. Pour les autres, je gage qu’ils ne vont pas y comprendre grand-chose…
Aussi, je crois utile que vous vous reportiez aux trois précédents épisodes, disponibles ICI, avant que de vous plonger dans cette Forêt du Grand Tétras, quatrième et dernière partie.
Ca-y-est ? Tout le monde est au niveau ? On peut commencer ? Ok !

Alors voilà. Il y six mois, nous en étions au recueil des données et nous commencions à deviner un peu quel était le biotope le plus propice au Grand Tétras…
Et pas n’importe quel Grand tétras, mais celui de la Haute Chaine du Jura et pas un autre ! Car, nous avons vite deviné que celui-ci avait un comportement totalement différent de ses petits camarades vivants dans les forêts d’à côté. Bien sûr, comme dans la plupart des démarches scientifiques, les choses se passent ainsi. On part avec une idée, une intuition, et ensuite on recueille les informations permettant de confirmer, ou d’infirmer, cette intuition.
Donc, au bout de quelques semaines, j’avais suffisamment d’information pour pouvoir travailler… J’avais mes 248 fiches de description du milieu comme base de travail et il ne me restait plus qu’à triturer tout ça dans tous les sens pour en tirer quelque-chose…

Mon contrat avec la Réserve Naturelle se terminait fin aout. Je mis donc à profit le temps qui me restait pour bénéficier des commodités du bureau pour faire mes savants calculs statistiques. Je vais vous faire grâce de leurs descriptions, et ce pour deux raisons. La première étant que j’ai peur que ça vous gonfle un tantinet, et la seconde est que… En me relisant quatorze ans plus tard, je ne suis plus très sûr de la façon dont j’ai procédé !
C’est dingue ! Il faut croire que j’ai perdu pas mal de neurones entre temps, parce que cette partie là me parait absconde ! Alors voilà ce qu’on va faire : Je vais me faire confiance et vous allez me faire confiance à votre tour… On va dire que j’ai bien bossé et que mon étude ne souffrait d’aucune erreur statistique. D’accord ? Merci.

Or donc, je suis arrivé à résumer les caractéristiques optimales du biotope à tétraonidé dans un joli tableau que voici.



Besoin que j’explique ? Ok :
Alors, la densité je vous rappelle que c’est le nombre d’arbre que l’on trouve sur une surface donnée. Elle s’exprime en tige/hectare.
La surface terrière, c’est la surface qu’occupent tous les troncs arbres sur un hectare. C’est fait pour vous donner une idée de la grosseur des troncs que vous pouvez rencontrer…
Le volume à l’hectare, en m3/ha, ca vous permet de voir qu’elles sont vos perspectives de production de bois.
Et enfin, le couvert, c’est la surface qu’occupent l’ensemble des houppiers sur un hectare exprimé en pourcentage. Ca vous permet de « visualiser » si votre forêt est ouverte ou bien fermée. Si elle est clairièrée ou pas.

Et bien, ça y-était ! Je l’avais enfin ma description technique et forestière de ce qui se fait de mieux en matière de coin à Tétras ! J’étais pas peu fier, vous pouvez me croire !
Sauf que mon boulot n’était pas terminé… C’est bien joli d’avoir réussit à décrire une forêt avec des mots compréhensibles par le premier technicien de l’ONF venu, mais le plus important reste à faire : Il faut analyser ces chiffres et en tirer une politique, ou tout du moins, une direction vers laquelle les techniciens sont sensé tendre. Et là, je vous avoue que la galère à vraiment commencé…

Comme je vous l’ai dis plus haut, mon contrat à la Réserve a expiré fin aout, et je me suis vu demander de rendre mes résultats début octobre. Je devais, lors d’une réunion spéciale du conseil d’administration de la réserve, faire un exposé devant les notables de la région, les pontes des services forestiers de l’état, les éleveurs, les chasseurs, mes pairs… Bref, j’avais un mois pour pondre mon rapport et me préparer à la restitution orale. Sauf que je n’avais pas la moindre idée de ce que je pouvais bien dire…
Pour tromper mon angoisse en même temps que mon manque d’inspiration, je mettais au propre mes notes, préparais mon plan… Bref je rédigeais mon rapport presque entièrement, mais il me manquait l’analyse et la conclusion.
Et j’ai donc passé trois semaines dans ma chambrette sise dans un foyer de travailleur, à deux pas de la frontière avec Genève. Ca me rappelait un peu ma chambre d’étudiant à la fac… 12 m2 avec vue sur le Crêt de la Neige. De la cuisine collective on pouvait apercevoir le Mont Blanc lorsqu’il faisait beau… Bref, les conditions idéales pour bosser.
Sauf que rien ne venait. Rien de rien, quedalle. Peanuts ! Le matin, je me levais le cœur plein d’espoir, je me mettais à lire et relire mes données, mais lorsque venait le temps de concrétiser tout ça… Le néant intégral !
C’est un peu comme si j’avais réussi à récolter toutes les pièces d’un puzzle, que je les avais posées sur une table, mais que je me trouvais incapable de les réunir… C’était frustrant, et chaque jour qui passait, à la frustration se mêlait l’angoisse de l’urgence. Ce n’était plus de la rigolade. On n’était plus à l’école là ! J’avais été payé pour faire ça, j’avais une espèce de contrat moral à respecter !
Oh misère de misère ! Je voyais les jours défiler à la vitesse de l’éclair, et je n’arrivais toujours pas à mettre au clair mes idées… Pourtant, et c’est bien la seule chose qui me rassurait, tout au fond de moi, je savais que la solution était là. A ma portée. Je la sentais, je la devinais. De temps en temps, dans un moment de grâce intellectuelle, elle m’apparaissait dans toute sa clarté… Pour disparaitre en un instant à la faveur d’un clignement de paupière.

Vous connaissez ce genre de moment ? Ces moments fugaces où tout vous apparait clairement. Ces moments où le monde, cette partie du monde, vous semble apparaitre dans toute sa complexité, que les éléments qui la composent arrivent à se relier les uns aux autres en une magnifique toile d’araignée au fils subtils. Chaque fil de la toile, né d’une déduction formelle, reliant les nœuds qui sont les informations concrètes… Et le tout s’imbriquant comme par magie en une harmonie cosmique…
Et bien moi, ça m’arrive de temps en temps, et je peux vous dire que c’est pas la joie ! C’est même extrêmement agaçant ! Parce que c’est bien joli d’avoir la vision d’un système, mais si on n’arrive pas à le décrire et à le restituer, c’est comme si vous pissiez dans un violon ! Ca ne sert à rien ! (J’ai jamais bien compris d’où venait cette expression…)
Donc, de temps en temps, la solution m’apparaissait pour ensuite disparaitre, et moi je restais comme un con, à me demander si j’allais arriver un jour à la saisir et à la couchée sur le papier.
Petite digression : Je me demande si ce n’est pas là une métaphore complexe de ce qu’est ma vie ainsi que celle des autres hommes sur terre… Saisir la vérité pour pouvoir la coucher et faire plein de chose avec… Dans ce cas là, la vérité serait donc femme, et la solution de nos misères serait dotée de protubérances mammaires. Auquel cas, c’est dans le lait que se trouverait la quintessence universelle, ce qui expliquerait pourquoi les vaches sont sacrées. Je vous laisse méditer là-dessus. Fin de la digression.
Où en étais-je déjà ? Ah oui ! J’étais donc dans ma petite chambre à me torturer les méninges. A deux jours de la date fatidique, je n’avais toujours rien écrit, et commençais déjà à imaginer un stratagème pour pouvoir surseoir à mes obligations. C’est vous dire le niveau de confiance qui m’habitait à ce moment là…
Et puis soudain, la veille de mon allocution, je me suis réveillé et j’ai commencé à écrire. Les mots s’alignaient comme ils auraient dû le faire depuis longtemps ! J’avais trouvé ce que je devais faire de tous ces chiffres ! Je « voyais » précisément ce qu’il fallait faire, et surtout, le plus important, je savais l’exprimer. Je passais ma journée et une bonne partie de la nuit à rédiger la fin de mon rapport, sans même prendre le temps de m’alimenter. La machine à café se révélant, en cette période de création, ma meilleure amie. Vers deux heures du mat’, je mettais un point final à mon rapport de 48 pages. Heureux et délicieusement épuisé…
Dans mon cursus, j’ai rencontré un jour un homme qui par bien des côtés s’est révélé être pour moi un mentor. Celui-ci me déclara un jour que c’était, pour bien des personnes, souvent dans l’urgence que la capacité créatrice s’exprimait le mieux… Et il avait raison le bonhomme ! Oh que oui qu’il avait raison !

Le jour dit, je me présentais au bureau, histoire d’imprimer mon rapport en trois exemplaires et peaufiner les supports visuels nécessaires à mon exposé… Et le soir même à l’ouverture de l’AG, j’étais prêt.

Et je vais m’arrêter là pour aujourd’hui… Parce que je viens de me rendre compte que j’ai dépassé les 1600 mots, et que j’ai peur d’en avoir perdu quelques-uns en route ! Mais rassurez-vous je reviens vite parce que là, j’en ai encore au moins 1500 autres sous le coude !
Cette partie quatre ne sera donc pas la dernière mais l’avant-dernière. On se retrouve très bientôt pour la suite de mes aventures jurassiennes !