
En parcourant le dernier billet de la naïve et chimérique Isabelle, j’ai découvert un truc énorme. Oui ENORME !
Vous saviez, vous, que la profession d’infirmière était en pleine guerre civile ? Non ? Si ? Et bien moi je ne le savais pas…
Je savais que les hôpitaux étaient mis à mal par la réforme de la carte hospitalière. Je savais que l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris prévoyait de se débarrasser de 3 à 4000 de ses employés, mais je ne savais pas que la création d’un Ordre Infirmier foutait le bordel dans la belle et noble profession des petites mains de la santé.
D’ailleurs, ce qui me rassure c’est qu’Isabelle n’en sait guère plus sur le sujet.
Tout a commencé en 2006 par la création d’un Ordre National Infirmier (ONI) à l’image de celui des médecins. Cet ordre était/est sensé « Représenter et promouvoir la profession d’infirmier (privé, public, libéral). Il est chargé par le législateur d'être la voix de la profession sur des sujets comme la réforme de la santé au travail, la réforme de la santé mentale, les réformes des études, et les pratiques avancées. Il a également des missions de santé publique qui lui ont été confiées par la loi. Il maintient l'éthique et la déontologie de la profession d'infirmier en France et établit le premier code déontologie de la profession. »

Imaginons alors que cette entité représentative soit proche du pouvoir en place, il en devient d’autant plus facile alors de réformer la profession à grands coups de scalpel.
Donc en 2006 le décret portant création d’un Ordre National Infirmier est promulgué. Le temps que tout ça s’organise, il a bien fallu trois ans. Des élections ont eut lieux, et une certaine Dominique Le Bœuf est nommée à la tête de l’ONI. Pour arriver à faire marcher le bouzin, quoi de plus normal alors que de demander aux infirmiers et infirmières de se fendre d’une cotisation annuelle nécessaire et suffisante. Il était prévu lors de la création de l’ONI que celle-ci ne dépasserait pas les 30 € …

Alors bien sûr, ça a commencé à gueuler sérieux dans les rangs. Plusieurs membres de ce qui était en train de devenir une gigantesque pieuvre, démissionnèrent. Les mouvements qui étaient au départ contre la création de cet ordre, retrouvèrent un second souffle en voyant arriver de plus en plus de sympathisants, et la grogne générale commença à s’installer.

Il a même été prévu dans une circulaire à l’intention des conseils départementaux de l’ONI de mettre en branle un arsenal offensif contre les retardataires comprenant : Des lettres de rappel, des relances téléphoniques, des mises en demeure, des majorations de cette cotisation, le recouvrement par voie d'huissier, voire carrément des plaintes pour exercice illégal !
Hein ? Ça ressemble à du chantage ? Et bien oui, s’en est. De bon gros chantage des familles, du racket institutionnalisé, avec des méthodes d’intimidations que la mafia ne renierait pas.
Nous en sommes donc là. D’un coté une organisation voulue et mise en place par l’UMP et un quarteron de syndicats libéraux, et de l’autre nous avons 500 000 infirmiers et infirmières à qui on demande du jour au lendemain de payer une somme plus de deux fois supérieure à ce qui était prévu pour avoir le droit de faire leur boulot !
75 euros que multiplient 500 000 infirmier(e)s, ça nous fait quelque 37 millions et demi d’euros de budget annuel pour un Ordre auprès duquel la plupart des « adhérents obligatoires » ne se sont pas encore signalés. L’ONI refuse actuellement de communiquer sur l’état de ses inscriptions et cotisation, mais d’après ce que j’ai pu lire un peu partout il semblerait que la fronde soit quasi générale.
Sachant que le salaire net moyen mensuel d’une infirmière est de 2.244 euros dans la fonction publique d'Etat (FPE), de 1.709 euros dans la fonction publique territoriale (FPT) et de 1.997 euros dans le secteur privé, on peut se poser la question de savoir à quoi va bien pouvoir servir tout ce fric.
Deuxième question, de quel droit cet ONI se permet-il d’utiliser des méthodes de soudards pour mettre au pas les récalcitrants ?

« Fiable, pragmatique (Grrrr !), réactif et transparent. » Rien que des adjectifs empruntés au vocabulaire de l’entreprise libérale ! On croirait presque lire une plaquette du MEDEF !
Il n’est plus étonnant du coup, que cet honni ONI se comporte alors comme le plus méprisable des patrons voyous…