Vingt-trois morts… Vingt-trois morts en dix-huit mois. Voilà ce dont est responsable le management atroce d’une entreprise autrefois nationale, et maintenant soumise aux règles du libéralisme. Et encore, les chiffres ne nous parlent pas des vies brisées, des démissions forcées et des familles désunies provoquées par ce même libéralisme.
Par delà ce chiffre, ignoble en lui-même, je ne peux m’empêcher de penser à l’histoire de ce type qui pendant des années s’investit dans son entreprise…
Bon d’accord, ce n’était pas un type particulièrement bien dans sa peau au départ… Mais bon, l’un dans l’autre il arrivait à combler le vide de sa vie personnelle en se comportant comme un employé modèle. Pour ça oui, on peut dire que s’en était un.
Il ne rechignait pas à la tache, et les heures sup’ ne lui faisait pas peur. Il lui est même arrivé quelques fois de revenir bosser alors qu’il était en vacance ! Et oui, on avait besoin de lui, et ça le rendait fier. On le payait bien. Enfin suffisamment plus que les autres pour qu’il se sente obligé d’en faire toujours un peu plus que les autres. Il avait des responsabilités, pas trop au départ, puis de plus en plus. Et avec elles il se sentait utile. On lui décrivait des perspectives d’avenir et de réussite. Comme il croyait que s’il arrivait à s’épanouir professionnellement, il arriverait sans doute à le faire aussi sur un plan plus personnel. Alors il bossait. Il bossait dur.
Et puis un jour, tout doucement, sans vraiment qu’il ne s’en rende compte, la charge de travail qu’on lui demandait devint lourde. Très lourde. Et pour arriver à la supporter, il en vînt à chercher ailleurs que dans son propre corps l’énergie nécessaire à sa tâche… Il se mit à picoler pour se donner à la fois force et courage.
Pendant un moment le truc marcha. Il débordait de vitalité. Mais bien sûr, sa direction s’en est vite aperçue… Mais plutôt que de mettre le holà, ne serait-ce qu’en le virant, ses patrons le gardèrent bien au chaud pour profiter à loisir de son sentiment de culpabilité. Ils savaient. Le type savait qu’ils savaient. Il en faisait donc encore plus pour ne pas faillir et assurer son rôle… Et cela dura pendant des sept années.
Puis la crise arriva et les conditions de travail se dégradèrent. Des commandes qui n’arrivent pas, des clients à juste titre insatisfaits, des ventes qui baissent… La pression se fit de plus en plus pesante, de plus en plus insupportable. Et au fur et à mesure que la tolérance quant à ses écarts se transformait en chantage, il perdit pied… Burnout disent les anglo-saxons, ou syndrome d’épuisement professionnel selon la faculté de médecine. Le type craqua. Il balançât sa démission comme d’autres lancent un dernier SOS.
Quelques temps plus tard, du fond de son hôpital où son malheur l’avait conduit, il supplia son patron de le laisser reprendre sa démission. Il risquait de perdre bien plus que son travail. Le toit sur sa tête était en jeux… Celui-ci refusa, trop content d’avoir put se débarrasser, sans avoir à débourser d’indemnités, de cette ligne de salaire devenue bien trop encombrante en ces temps de crise.
Alors, il s’enfonça encore plus, jusqu’aux limites de la vie…
Bon, je vous rassure tout de suite, le type s’en est finalement sorti. Mais ce fut un long chemin, jalonnés d’hôpitaux, de maisons de repos et autres lieux où il apprit à se refaire confiance…
Quand je pense à ce type, je me dis qu’il a de la chance. Je me dis qu’il a de la chance car s’il avait bossé pour France Télécom, il ne serait peut-être plus là… Et que peut-être qu’au lieu de se suicider professionnellement, il aurait pu se suicider tout court… D’ailleurs, parfois je me demande s’il ne la pas finalement fait. Métaphoriquement parlant, j’entends ! Parce que là, aux dernières nouvelles, il va plutôt bien ! Surtout depuis qu’il sait maintenant que la réussite professionnelle n’est en rien garante d’un bien être personnel. Bien au contraire, le travail lorsqu’il ne s’occupe que de lignes de dépenses et en oublie l’humain, peut tuer aussi sûrement qu’une balle.
Quelques mots en ce samedi ensoleillé (encore !) concernant la vidéo qui fait scandale depuis deux jours sur la toile et dans les médias officiels. Je vous parle bien sûr de la vidéo où l’on découvre sans réel étonnement que le Sinistre Hortefeux n’est qu’un putain de raciste. Je dis sans réel étonnement, car à mon sens pour avoir été responsable de « l’intégration et de l’identité nationale » il vaut mieux en être un, ça correspond mieux au profil...
Mais bon, je pense qu’il n’est pas nécessaire de revenir sur la déclaration car je considère qu’elle se suffi à elle-même. Ce que dit ce sale type est inacceptable et impardonnable, et cela mérite au mieux une démission immédiate, au pire un procès pour incitation à la haine raciale.
Non, ce qui m’interpelle ce matin, c’est le traitement qui a été réservé à cette information, et le questionnement qui en découle. Reprenons ensemble, si vous le voulez bien, le fil des événements :
Acte un : Une vidéo apparait sur Dailymotion relative à une conversation ayant eut lieu le samedi 5 septembre pendant le Campus des jeunes militants UMP. La vidéo est de piètre qualité et laisse à penser qu’elle a été prise par un téléphone portable. On ne distingue pas tous les propos qui ont été échangés mais à l’aide d’un sous-titrage, on arrive cependant à saisir les paroles malheureuses d’Hortefeux.
Acte deux : Aussitôt, les sites communautaire ainsi que les blogs se saisissent de l’affaire et font monter le buzz. Moi-même, je mets la vidéo en ligne dans ma colonne de droite avec le commentaire lapidaire et néanmoins explicite : « Connard ! ».
Acte trois : Le lendemain de sa parution, les médias nationaux se saisissent également de l’affaire et diffusent la vidéo. La diffusion est accompagnée des réactions de politiques d’opposition, notamment Martine Aubry et Benoit Hamon. On découvre également les premières explications du ministre impliqué. Ces explication sont quelques peu capilotractées, mais en gros tout le monde se trompe parce qu’en fait il ne parlait pas des arabes mais des auvergnats… tout ça.
Acte quatre : Les témoignages affluent dans la journée d’hier pour dédouaner le ministre de l’intérieur. Les membres du gouvernement issus de l’immigration sont mis à contribution et clament que celui-ci n’est en aucun cas un raciste, mais une personne à l’humour caustique… Pour clore définitivement le débat, le jeune impliqué dans l’histoire se fend d’une autre vidéo où il proclame l’innocence du ministre, et qu’en ce qui le concerne, il n’y pas plus d’insulte que de raison de faire autant de polémique.
Acte cinq : En fin de journée, on apprend que la chaine Public-Sénat était présente lors de l’événement, et qu’elle avait filmé la même scène. Sur les recommandations du président de la chaine Gilles Leclerc, et contre l’avis des journalistes, la vidéo reste pendant cinq jours sur les bancs de montage et ne sera pas diffusée. Devant la pression médiatique, Public-Sénat diffuse enfin la scène dans son intégralité lors du journal de 18H00. Là, plus aucun doute sur l’intention réelle du propos. L’image est claire et le son de qualité. (cinq premières minutes)
Mieux encore, au Soir3 sur la chaine publique France 3, le journaliste Jean-Michel Blier fustige l’internet qu’il accuse de véhiculer des « rumeurs » et d’être proche du « caniveau », par opposition aux informations dument recoupées et confirmées par les journalistes.
Acte six : Ce matin, Brice Hortefeux répond au journal Libération «Pour qu’il y ait excuse, il faudrait qu’il y ait faute». Le ministre continue de nier les faits malgré l’évidence. Les médias internationaux relatent à leur tour l’affaire : The New York Times, Le Guardian, El Pais, le Frankfurter Allgemeine Zeitung, notamment, consacrent des articles à cette affaire.
Alors, ce qui m’interpelle moi ce matin, c’est la légèreté avec laquelle cette information a été traitée par les médias professionnels. Tout d’abord les déclarations du ministre de l’Intérieur en exercice ont été tenues cachées par un grand média d’information citoyenne, et ce pendant six jours. L’info filtre néanmoins et fait le buzz sur la toile. En moins de 24 heures, la vidéo va être critiquée, mise en doute quant à son objectivité, et démentie par l’intéressé. Les médias conventionnels vont même se permettre de critiquer ce buzz et défendre la sacro-sainte objectivité du journaliste ! Et pendant ce temps là, tout est fait pour désamorcer la situation. Du plus simple, en faisant intervenir tout un tas de membres du gouvernement qui défendent la sincérité du ministre, au plus tordu en utilisant le petit jeune lobotomisé par la propagande UMP.
Au final, je crois pouvoir affirmer que nous avons fait le job à la place des journalistes. Nous, les acteurs du web. Les internautes et les blogueurs, nous avons joué ce que je considère être notre rôle. Un rôle de vigie et de propagateur d’information.
Certes, tout ce qui circule sur le web n’est pas forcément juste ni de bon goût. Mais lorsque notre action collective permet de faire éclater la vérité, et bien je puis vous dire que je suis quelque peu rassuré sur notre futur… Cela veut dire que tant qu’il y aura du web, il y aura de la démocratie.
Cela fait un bout de temps que j’évite le sujet, me contentant de quelques commentaires jetés ici ou là sur des sites et des blogs, qui eux ont eu le courage de l’aborder ou, tout du moins de poser la question. Je veux parler bien sûr du port de la burqa, ou du niqab ou de toute autre manifestation vestimentaire musulmane au sein de notre société. Oui, je me permets de citer nommément la religion impliquée dans cette polémique, car il s’agit bien d’elle et d’elle seule. Il est important, je pense, d’appeler un chat, un chat dès le début. Comme ça, au moins, les choses sont claires pour tout le monde.
Pourquoi je vous parle de courage lorsqu’il s’agit d’aborder le sujet des voiles musulmans (car il y en a plusieurs), et bien parce que lorsque l’on est comme moi, de gauche, la tolérance et sensée être une vertu cardinale. Et c’est bien là que réside la difficulté, car lorsque l’homme ou la femme de gauche est confronté à un problème lié au « vivre ensemble », cette vertu cardinale est sensée s’appliquer, et ce quelque soit le cas de figure.
De même, prendre le parti de dénoncer les abus d’une culture n’est pas chose facile non-plus. Car oser agir de la sorte, c’est se voir immédiatement accuser de racisme, de xénophobie et autres infamies.
Depuis une certaine époque, que je situerais dans les années quatre-vingt, porter un jugement sur une culture est chose particulièrement malvenue, voir impossible et ce au nom d’une je ne sais qu’elle prétendue égalité culturelle. Qui sommes nous pour juger les pratiques culturelles de tel ou tel pays ? Voilà ce que j’ai entendu dans ces années-là, et j’avoue que ce précepte m’a longuement marqué. A l’époque, pour moi, l’argument prenait un sens. Mais les choses ont quelque peu changées depuis. La mondialisation, la globalisation, l’augmentation du fossé qui sépare le nord et le sud de la planète, ont accentués le brassage des populations, plus surement qu’une guerre ou qu’une famine. Ainsi la France, terre d’asile des opprimés politiques du monde entier est devenu également un but à atteindre pour d’autres forme d’opprimés. Les opprimés économiques. La différence est d’importance. Car en effet, lorsque l’on émigre vers un pays dont les valeurs nous parlent, c’est dans le but de se les approprier et ainsi de vivre à travers elles. Par contre, dans le cas d’une émigration économique, les valeurs d’un pays passent au second plan devant la motivation première qui est le niveau de vie. Je ne dis pas que c’est la raison des problèmes d’intégration que nous rencontrons en ce moment, mais ce peut être un début d’explication…
Prétendre que chaque culture se vaut est chose facile si chacun reste chez soi et/ou ne fréquente l’autre que dans le cadre de brefs séjours. Lorsqu’il s’agit de vivre ensemble (je dis bien ensemble, et non-pas l’un à côté de l’autre), les choses sont un peu plus compliquées et forcément, à un moment ou à un autre, les valeurs propres à chaque culture vont se trouver confrontées. Et c’est exactement ce qui arrive en ce moment dans notre pays à propos du port du voile.
A mon sens, il convient d’arrêter de porter une espèce de non-jugement culturel sur certains us et traditions, et de revenir à une véritable appréciation politique (*). Je m’explique :
Le jugement culturel est forcément neutre. Il oblige celui qui le pratique à ne jamais prendre réellement parti pour l’une ou pour l’autre des cultures qu’il côtoie sous prétexte de la liberté que chacun a de vivre comme il l’entend et de pratiquer la religion qu’il désire. Sur le fond, je pense que tout le monde ne peut être que d’accord avec ce genre de principe. Cependant, ce principe ne fonctionne en réalité qu’en surface, et perd tout son sens lorsqu’il s’agit de réellement approfondir la relation que l’on a avec la culture en question. En clair, à un moment ou à un autre, il y aura forcément quelques-chose que vous ne pourrez supporter dans la culture de l’autre, ou que vous ne pourrez plus tolérer, et ce qu’elle que soit votre souplesse d’esprit. Ainsi une société qui interdit à la femme de conduire, de montrer son visage, de parler avec d’autres hommes, de voter, etc, ne revêt si l’on se contente d’un jugement culturel, aucune particularité par rapport à la notre. Cette société et la notre sont du même niveau. Elles sont égales.
D’un point de vue politique, les choses sont différentes. Porter un jugement politique, c’est dire par exemple qu’une société qui décrète l’égalité de l’homme et de la femme c’est une société meilleure que celle qui ne la décrète pas. Le jugement politique implique des valeurs, et parmi ces valeurs, comme pour les valeurs numériques, certaines sont supérieures à d’autres. Il n’y a rien de présomptueux là-dedans. Seulement de la logique et de la continuité dans le jugement.
En ce qui me concerne, je pense qu’il est maintenant nécessaire que le jugement culturel cède le pas à un jugement politique courageux. La France, la société française si vous préférez, détient des valeurs qui lui sont propres. Ces valeurs, vous les connaissez comme moi, ce sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Et le ciment qui permet à ces valeurs de s’exprimer, c’est la laïcité.
A travers le filtre de ces valeurs, il n’est pas monstrueux de dire qu’un pays, en l’occurrence le notre, où une femme peut voter est supérieur à un pays où la femme n’a pas le droit de vote. Une société qui a abolit la peine de mort est une société supérieure à celles qui la pratiquent encore. De même, un pays qui respecte les droits de l’homme est un pays supérieur moralement à un pays qui ne les respecte pas. Une société démocratique est supérieure à une dictature. Et enfin, un pays laïc est supérieur à un pays qui ne l’est pas. J’emploie le mot « supérieur » à dessein, pour que vous compreniez que les valeurs humaines universelles sont repérables sur une échelle et que celles-ci ne se valent pas. On pourrait tout aussi bien ramener le sujet à sa plus simple expression en disant tout simplement que ceci est bien, ou que cela est mal. C’est du même ordre.
Alors bien sûr, il n’est pas question de retomber dans les travers qui furent ceux de notre société occidentale, qui en usant d’un sentiment de supériorité similaire s’est permis de vouloir l’imposer aux autres aux travers du biais malfaisant de la colonisation. A mon sens, vouloir imposer son modèle culturel, c’est à coup sûr perdre des points sur l’échelle des valeurs universelles. Bien au contraire, plus une société progresse sur cette échelle, plus elle se doit d’être humble et se contenter d’être seulement responsable.
Bien évidemment, j’entends déjà les reproches que cette conception des choses risque de me valoir. Parmi ceux-ci il y aura sans doute en bonne place le fait que notre société n’est pas exempte d’injustices, de discriminations, et que nous ferions mieux de balayer devant notre porte avant que de vouloir donner des leçons aux autres. Moi je dis que ce genre d’argument n’est ni plus ni moins que de la foutaise, et ne sert qu’à détourner l’attention.
Bien sûr que notre société n’est pas parfaite. Mais ce fait ne doit en aucun cas nous culpabiliser et nous empêcher de dire aux autres, que ce qu’ils font est mal. En cultivant cette culpabilité nous ne faisons que nous comporter comme ceux qui se contentent de jugements culturels, nous nous complaisons dans l’immobilisme.
Ainsi, compte tenu de tout ce que je viens de vous dire, vous comprendrez que je ne peux en aucun cas accepter qu’une partie de la population de la société dans laquelle je vie, revendique le « droit » de porter des signes religieux éminemment rétrogrades. Et le voile, à fortiori le voile intégral comme la burqa ou le niqab, est éminemment rétrograde. Cacher la femme sous prétexte que celle-ci peut être source de tentations pour la gente masculine. C’est rétrograde. Pire encore, c’est une insulte faite aux femmes.
Pour finir je voudrais revenir sur le sens du mot tolérance. Ce mot tant entendu dans ma jeunesse, et qui fut mon credo pendant des années. La tolérance c’est l’acceptation de quelque-chose bien que celle-ci ne soit pas conforme au règlement, au statut, à la loi… (Larousse).
S’il y a une chose que j’ai compris en menant la réflexion nécessaire à ce billet, c’est que la tolérance est une vertu certes. Mais celle-ci doit avoir obligatoirement une limite sous peine de devenir un défaut majeur.
Ce matin, je me suis creusé le ciboulot pour vous dégotter un sujet sur lequel dégoiser… En pure perte. Alors, comme l’inspiration ne daignait pas montrer le bout de son nez, je suis parti à sa recherche chez mes confrères blogueurs. Et j’ai eu raison, car elle s’y planquait bel et bien la bougresse !
Elle était là, tapie à la une de Partageons mon avis (le number one du classement Wikio) sous la forme d’une question toute bête : Êtes-vous de gauche ? Et Nicolas de proposer de répondre à cette question sous la forme de propositions, genre programme idéal…
Même si Nicolas ne m’a pas tagué nommément (le chien !), j’ai quand-même commencé à réfléchir à ce que je pourrais lui répondre, et chemin faisant je me suis souvenu de ce reportage du collectif Othon, diffusé en mai dernier sur la TéléLibre.fr et de l’analyse qu’il m’avait inspiré. Je l’ai relu ce matin, et finalement je me suis dit que ce serait une bonne façon de répondre à la question de Nicolas… Ou du moins de clarifier les raisons pour lesquelles je ne suis pas de droite ! Cela fait un bout de temps que j’essaye de savoir exactement pourquoi je suis de gauche… C’est une longue réflexion, et elle n’a pas aboutie pour l’instant. Mais je peux dire sans me tromper que ce reportage a largement contribué à mon questionnement.
Alors certes, certains vont crier au recyclage, et ils n’auront pas tord. Cependant, je me permets de vous signaler (mais peut-être l’avez-vous remarquez ?), que ma visibilité c’est quelque peu accrue ces temps-ci (Je parle de mon blog, bande de nazes, pas de ma silhouette ! Elle, elle s’affine, merci pour elle !). Et donc que j’ai tout plein de nouveaux visiteurs qui ne connaissent peut-être pas la TéléLibre ni même ce reportage, et encore moins ce que j’en ai pensé ! Et pense toujours d’ailleurs.
Donc, voici ce reportage de 110 mn, suivit de mon analyse. Bon visionnage et bonne lecture !
• Alors là, bravo. C’est ce que j’appelle du reportage utile. La démarche est quasiment sociologique, voir anthropologique. Les informations que nous apportent ces jeunes gens sont extrêmement complexes quant à leur motivation, leurs attentes, leurs conceptions du monde… Il y aurait suffisamment d’information pour publier une thèse de doctorat ! Bon, je ne vais passer en revue tous les discours, ce serait beaucoup trop long, mais je note quand même qu’on peut dégager quelques idées-forces.
Tout d’abord, l’ensemble des thèmes abordés balaie assez bien le champ de l’idéologie politique : La valeur travail, le mérite, le patriotisme, mai 68, l’éducation, la repentance et la culture… Avec tous ces sujets je crois qu’on arrive assez bien à faire le tour des divergences gauche/droite autour des problèmes de société.
La valeur « travail » est un leitmotiv asséné comme étant la base de tout. Elle se lie avec le « mérite » pour instituer une espèce de hiérarchie entre les êtres humains. Pour ces jeunes gens, la valeur d’une personne, et donc sa place dans la société (c’est-à-dire ses droits et ses devoirs), est mesurée à l’aune du travail qu’il fait et du mérite qui en découle. Cela implique bien sûr que certains soient exclus du processus, et qu’ils doivent être considérer comme des citoyens de seconde zone, incapables de participer à « l’effort » nécessaire à l’essor du pays. On est clairement dans une démarche élitiste, voir ségrégationniste.
Le patriotisme est une notion que les personnes interrogées abordent avec le flou propre à l’affectif. Je veux dire par là que tous se définissent comme patriotes, mais lorsqu’on leur demande ce que cela signifie pour eux, les motivations restent inégales, et sont rattachées à des concepts évasifs… Au final, on retiendra qu’être français, c’est en gros, partager les mêmes valeurs que les leurs. Parfois même, certains seraient enclins à dénier la nationalité française à ceux qui contestent leur point de vue. Cela en dit long que l’esprit de tolérance de ces jeunes et sur leur ouverture d’esprit…
Mai 68 est un sujet qui les dépasse. C’est d’ailleurs la partie qui m’a fait le plus sourire. Pour eux, ces événements n’ont pas vraiment de sens. Non pas parce que ce qui s’est passé à « cette époque » est dénué de sens, mais plutôt parce qu’ils n’y ont pas vraiment réfléchi… On remarque une absence complète de culture historique concernant ce sujet, ce qui est en opposition avec la notion d’Histoire Française, utilisée comme alibi pour justifier un patriotisme fort. Par contre, cette ignorance affichée, et parfois revendiquée, est en accord avec le rejet de la repentance. L’histoire est ce qu’elle est, on n’y réfléchi pas et surtout on ne la remet pas en question. On est dans le déni de plus complet des périodes historiques troubles. Surtout si celle-ci peuvent être culpabilisantes. Mention spéciale pour le jeune homme qui cita : « Napoléon à piqué un bout du menhir… ». Là, en matière de culture générale, on touche le fond. Si par ailleurs, certains s’expriment sur mai 68, c’est en s’accrochant à des clichés surannés tels que les « soixante-huitards attardés ».
On notera une contradiction avec ce refus de la culpabilité historique, et celle que doit nécessairement ressentir celui qui ne travail pas ou qui n’est pas d’accord avec les concepts de travail et de mérite… Comme si la culpabilité était une chose réservée aux autres, et qui ne vie que dans le présent. Troublant comme idée…
Enfin, lorsqu’il s’agit d’aborder la politique culturelle… Là, c’est le vide intersidéral. La culture, au sens large, n’a pas vraiment d’importance. Ce qui, et là c’est flagrant, est en adéquation avec ce que nous avons vu avant, c’est-à-dire un manque total d’intérêt pour ce qui ne tourne pas autour de leur personnes. Tous ces thèmes, et les arguments qui les ont étayés, sont dans l’ensemble assez cohérents. L’individualisme, l’esprit de compétitivité personnelle et la notion de hiérarchie qu’elle implique, vont de paire avec un manque d’intérêt pour les autres. D’où un déficit en culture générale récurent et une fibre sociale dégradée.
Le fait de réinterroger les personnes un an plus tard est une façon intelligente de clore se reportage… C’est intelligent, et surtout très révélateur. La gêne affichée par certains sur la première année de Sarkozy est palpable, même s’ils s’accrochent encore, envers et contre tout, à leurs certitudes. Apparemment, ce n’est pas parmi ces jeunes sarkozystes que l’on trouvera des repentis, ni même l’expression d’un quelconque regret. Ce sont des militants purs et durs, et leur conviction, même égratignée, reste forte. Cette constance se doit d’être reconnue et saluée. Tous approuvent l’objectivité du reportage et la non-déformation de leurs propos. Tous (sauf un peut-être, Jean-Baptiste), n’ont pas vu le piège…
Car pour moi, il y avait un piège, et ces jeunes sont tombés droit dedans. L’exposition de leurs convictions et de leurs idées, n’a pas besoin d’être déformée. Elle se suffit à elle-même pour démontrer bien des choses, conforter les gens de gauches sur leurs positions, et mettre en évidence les faiblesses d’une approche libérale de la société. La grande différence qui existait entre les intervieweurs et les interviewés était que les premiers étaient rompus à l’exercice intellectuel qui consiste à réfléchir sur les problèmes de notre société… Mais à réfléchir vraiment ! Alors que les convictions de ces gens de droite me semble issues d’un ressenti plutôt que d’un travail intellectuel.
Pour finir, une chose m’a frappée au tout début du reportage… Pourquoi tous les intervieweurs ont-ils déclaré dans une belle unanimité avoir voté Ségolène Royal aux deux tours de la présidentielle ? C’est bizarre tout de même !
Désolé, j’avais pourtant dit que je ne serais pas long…
Bon, je n’ai pas la tête à la politique aujourd’hui. Elle est plutôt pleine de tous ces souvenirs récupérés dans la journée d’hier… Pour compléter ma bafouille, je vous joins un petit clip avec quasiment toutes les photos que j’ai prises (je vous ai épargné les vraiment ratées !).
Certains le savent déjà, d’autres pas encore, mais ma passion à moi, ma maitresse cachée, mon désir secret, c’est la voile. J’aime la voile comme moyen de locomotion, J’aime le bateau comme lieu de vie. J’aime l’atmosphère des pontons tôt le matin. J’aime le son rassurant des clapotis de l’eau sur la coque. J’aime être dans les bras de la mer pour qu’elle me berce… Alors bien sûr, à cause de ma patte folle et de la situation qui en découle, je n’ai pas eu l’occasion depuis quatre ans de mettre les pieds sur un pont. Et ça me manque. Oh oui, ça me manque. Et, putain de merde, si vous saviez combien ce manque fait mal…
Alors, en attendant que je ne sais qui fasse je ne sais quoi, je grappille de ci delà quelques moments par procuration. Aussi, lorsque j’ai appris que les participants à la Istanbul Europa Race faisaient leur première escale à Nice aujourd’hui, je me suis dit que je ne pouvais laisser passer une occasion pareille. Qu’importe le handicape, qu’importe la douleur, il fallait que je les vois. Il fallait que je contemple de près ces bateaux de légende, ces machines à faire le tour de la planète.
Je suis donc parti dès huit heures trente du mat’ et j’ai pris le 10 pour aller jusqu’au port. Arrivé sur la place de l’île de beauté, de loin je devine quelques mâts qui semblent différents des autres mais pour l’instant ils sont trop loin. Il faut encore que je marche, que j’aille au bout du quai, tout au bout près des NGV pour la Corse… En me rapprochant, j’aperçois maintenant les oriflammes qui pavoisent le long des haubans. Les mâts dépassent largement le sommet des tentes du village d’arrivée qui m’empêche encore de pouvoir distinguer les bateaux. Soudain, des barrières et des vigiles me font craindre que l’accès au ponton soit réglementé. Mais non, je passe sans encombre et je m’avance entre deux stands encore fermés. Plus que quelques mètres… Et au détour d’une tente, je les vois. Ils sont là. Devant moi, le cul collé au quai. J’ai leur cœur qui bat la chamade et des frissons qui me courent le long de l’échine… Le quai est pratiquement désert et j’en viens même à me demander si j’ai tout à fais le droit d’être ici. Apparemment oui, puisqu’un vieillard, confrère de canne à marcher, déambule sur le bord. Je m’approche encore. J’ai réellement la chair de poule et je sens sur mon visage un large sourire qui s’affiche. J’en ai la bouche ouverte tellement je suis heureux. Ils sont là… Bêtes de courses au repos venues de la lointaine Byzance. Nefs de technologie, tellement de fois admirées par la lucarne étroite de mon écran. Brillantes montures de résines et d’acier enfin… Là devant mes yeux. Je pourrais, si je le voulais, les toucher du bout de ma canne… Je sors alors mon APN et je commence à mitrailler. J’essaye de fixer dans ma carte mémoire le maximum des merveilles qui s’offrent à moi.
Ils sont cinq. Cinq bateaux sur les six du départ. Le dernier Marc Thiercelin sur DCNS s’est fait coincé dans la pétole et ne doit rallier Nice qu‘en début d’après-midi. Sur les coques brillantes, je déchiffre des noms prestigieux : 1876 (ex-Estrella) le bateau de l’espagnol Guillermo Altadill, vainqueur de l’étape. Paprec Virbac 2 du niçois Jean-Pierre Dick. Groupe Bel barré par Kito de Pavant. Véolia avec à son bord le souriant Roland Jourdain. Et enfin, last but not least, Foncia, vainqueur du Vendée-Globe 2009 avec le beaucoup moins souriant Michel Desjoyaux. Tous ces bateaux sont des monstres. Non-pas par la taille, car après tout ils ne font que 18 mètres, mais ce sont des monstres de compromis. Compromis entre la performance et la robustesse. Entre l’habitabilité et la manœuvrabilité… Ces bateaux sont faits pour faire le tour du monde sans escale. Ils se doivent de mener leur skipper à bon port, vite certes, mais avant tout en sécurité. Compromis également dans le design de leur forme. Une étrave élevée profilée pour trancher la vague comme des lames de rasoir. Un arrière généreusement ouvert et bas sur l’eau, pour stabiliser le portant… Ils sont beaux. Mon regard s’attarde sur l’accastillage des ponts. J’essaye de deviner à quoi peu bien servir tout ce que je découvre. Des winchs gros comme des gentes de voiture, des bouts à n’en plus finir. Des excroissances mystérieuses… Je donnerais cher pour pouvoir monter à bord pour jeter un œil au matériel de navigation… Ordinateur de bord, radar, routeur, j’imagine tous ces appareils en me disant que de toute façon je ne saurais probablement pas me servir de la moitié… D’ailleurs il y a des tas de choses sur les ponts dont je n’ai absolument aucune idée de ce à quoi elles peuvent bien servir. J’en suis réduit aux conjectures, et ça me rappelle que je ne suis qu’un piètre marin…
Soudain, du coin de l’œil j’avise une tronche connue. Non, c’est pas possible, c’est lui ! Miche-Desj’ là, à deux pas de moi en train de discuter avec un type ! De nouveau je sens ce frisson qui me saisit alors que je cherche à faire la bonne photo. Ma curiosité de gamin, se voit alors récompensée par un regard noir qui pour le coup lui aussi me fit frissonner, mais pas de la même manière ! Je me dis que ce type doit ne pas être facile comme patron de bord…
Peu à peu, le quai s’anime. Les sportifs du matin sont remplacés par les touristes, puis par ce qui ressemble fort à des invités promotionnels. Le badge qui va bien accrocher au revers du chemisier de marque, drivé par des hôtesses à l’allure peu marine, ces gens là me gênent. Ils me gênent, non seulement parce qu’ils n’arrêtent pas de se mettre dans mon champs, mais aussi parce qu’ils puent le fric à plein nez. Eux auront le droit de monter à bord. En effet, les participants doivent régater amicalement devant l’entrée du port pour la joie des spectateurs, mais aussi pour le plaisir de quelques invités prestigieux. Je suis jaloux. Je les envie. Je suis sûr qu’ils n’apprécieront pas cette chance qui leur est offerte comme je l’apprécierai moi… Je sais, c’est mesquin. Mais c’est ainsi.
La régate « promène-couillons » ne va pas tarder à partir et déjà Paprec Vibrac sort du port. Sur 1876 on charge quelques voiles d’avant à l’aide de l’écoute de grand-voile pour les ranger dans la soute avant… Je souris, en pensant à celles que j’ai pu porter à dos d’homme… On est quand même à un autre niveau ici !
Kito de Pavant répond à un journaliste dans le cockpit de son bateau. De tous les grands marins que je reconnais maintenant, c’est probablement lui qui participa le plus à la mise en œuvre de son bateau avant le départ. A l’inverse, Desjoyaux ne bondit sur la jupe arrière de Foncia, que trente seconde avant que l’amarre ne soit larguée. Privilège des rois sans doute…
Soudain, alors que décortiquais Foncia du regard, je remarque en arrière plan un énorme yacht au nom familier. Le Ponant. Aussitôt je repense à l’actualité qui fit connaitre ce bateau de luxe… Je repense aussi au Tanit à Chloé et à Colin, et je me dis que y’en a qui ont plus de chances que d’autres…
Sur le quai, un immense sourire sur le visage Roland Jourdain fait sa com’. On dirait qu’il apprécie cet exercice. En tout cas la mamie avec qui il cause à l’air aux anges. D’emblée ce petit bonhomme m’apparait sympathique. Il respire la joie de vivre, et lorsque je le vois qui s’éloigne tenant la barre franche de son voilier, je me dis que de dos et de loin, ça pourrait être moi. (Je sais, c’est très con…)
A bord de 1876, j’aperçois une longue silhouette qui elle aussi me rappelle quelque-chose… Je m’approche et je fouille dans ma mémoire pour remettre un nom sur ce visage familier. En vain. Heureusement la voix du speaker me renseigne alors. C’est l’illustre Marc Pajot qui vient rendre visite à son copain espagnol !
Ça-y-est, c’est le départ. Tour à tour les beaux bateaux quittent le quai pour se tirer la bourre dans la baie des anges. Et DCNS n’est toujours pas là… Moi, je me tâte un instant pour savoir si je vais avoir le courage de me rendre au bout de la jetée pour les regarder. C’est qu’elle est loin cette putain de jetée… Non, je commence vraiment à déguster. Il est temps que je rentre.
En bas de mon boulevard, à la faveur d’un changement de bus, je marche cependant jusqu’à la promenade des Anglais pour jeter un dernier regard à ces magnifiques voiliers. Je les distingue tirant des bords dans un mouchoir de poche. Au loin, j’aperçois une voile. C’est lui, Marc Thiercelin. Il arrive enfin. J’imagine qu’il va rentrer directement au port, car demain il leur faudra à tous repartir en direction de Barcelone. Une nuit pour reprendre des forces et refaire le plein de vivres. Pour moi aussi il est temps de rentrer chez moi pour faire le plein. J’ai faim et j’ai mal. Déjà dans le bus je pense à la manière dont je vais bien pouvoir vous raconter cette histoire… Je pense aux photos que j’ai prises. Je me demande si je vais arriver à vous faire comprendre combien j’ai adoré cette matinée. Quel bonheur fut le mien de voir « en vrai » ces merveilleux lévriers des mers. Et alors que je m’apprête à finir ce texte, je me dis que peut-être vous aurez compris qu’un jour je ferais comme eux… Oui, quand je serais grand, je ferais navigateur au long cours. Je ne sais ni comment ni quand, mais un jour je partirais faire mon tour du monde à moi. Un jour…
Mais qu’est-ce qu’ils ont les belges ? Hein ? Pourquoi sont-ils aussi méchants avec notre Président ? C’est pas dieu possible de voir un acharnement pareil ! C’est vrai quoi ! C’est pas chez nous qu’on verrait un tel manque de respect envers nos institutions ! Chez nous les journalistes, ils savent très bien où est leur place, et il ne leur viendrait pas à l’esprit (mais alors pas un seul instant !) de se commettre dans une telle critique de ce qui n’est, malgré tout, que de l’organisation événementielle !
Comme s’il était critiquable de vouloir qu’un événement soit agréable à l’œil ! Harmonieux et esthétique ! C’est que, mine de rien, les perspectives ainsi que la bonne tenue de l’arrière plan, c’est quelque-chose d’important !
Aucun sens artistique, ces belges ! Pire, moi j’suis sûr que c’est rien que des méchants !