Je voulais vous dire…


Un blog qui parle de politique, de social, d'environnement... De la vie quoi!


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vendredi 9 avril 2010

1500 maisons expropriées à la suite de Xinthia... Oui, et alors ?

On va encore me dire que je n’ai pas de cœur, mais je n’arrive pas à m’apitoyer sur le sort de ces habitants de Vendée et de Charente-Maritime dont les maisons vont être détruites.
Vous voyez de quoi je parle ou il faut que je vous refasse le pitch ?

La tempête Xinthia, les inondations, les morts, tout ça... Et maintenant ce que les médias bienpensants appellent « la double peine », à savoir l’annonce que 1500 maisons envahies par les eaux (ou pas) devront être définitivement abandonnées et vouées à la vindicte des bulldozers.

Non pas parce qu’elles sont devenues insalubre (pas toutes), mais parce que des experts mandatés par l’État ont redessiné ce qu’ils appellent des « zones noires ». En clair, l’État a décidé de faire le boulot des collectivités locales corrompues par l’appât du gain, et les habitants après avoir vus leurs habitations vont devoir les quitter.

Alors bien sûr, ça chouine. Ça hurle même. Ça s’en prend au représentant de l’État, le Préfet en l’occurrence, et ça appelle à la révolte ! On crie à l’usurpation ! A l’expropriation ! Au vol !

Si je n’arrive pas à m’apitoyer, c’est parce que je ne peux m’empêcher de me dire que ces gens devraient s’en prendre d’abord à eux mêmes...
Comme je l’ai déjà dit, si on a construit une digue, c’est bien parce qu’il y a un risque. Point barre. Alors même si un maire, un promoteur ou n’importe, qui vous dit que vous êtes en totale sécurité, c’est un menteur. Et si vous le croyez, vous êtes un crétin.

Ensuite, le Préfet n’y est pour rien lui. Si les habitants veulent à tout prix des victimes expiatoires autres qu’elles-mêmes, qu’elles s’en prennent donc aux maires des communes, aux agents immobiliers, aux courtiers en assurance... Mais pas à l’État, qui n’est venu que pour remettre de l’ordre dans ce foutoir.

Donc, je trouve que les peurs, les crises d’hystérie que j’ai pu voir à la télé sont particulièrement malvenue.

Par contre, si ces habitants veulent à tout prix s’en prendre à cette entité si facile à débiner qu’est l’État, elles pourraient s’en prendre à Jean-Louis Borloo par exemple... Ben oui, celui-ci a déclaré sans rougir devant l’Assemblée National, que les gens allaient être indemnisés au prix du marché antérieur à la tempête, à une époque précise t-il, « où on ne connaissait pas les risques ».

Là oui, chers habitants expropriés vous pouvez lui rentrer dans le lard pour avoir dit ça. Car les risques étaient connus... Et depuis un sacré bout de temps même ! C’est juste que les édiles du coin ont trouvé plus profitable de les oublier...

Bon, il ne nous reste plus qu’à espérer que ces zones qui devraient être récupérées par les Domaines seront rétrocédées à l’Observatoire du Littoral qui pourra ainsi les transformer en zones protégées... Ouais, ça serait bien ça... Des roselières à la place de pavillons, voilà qui aurait de la gueule !

jeudi 4 mars 2010

Les tempêtes ne s’achètent pas

Sous la bannière qui flotte au dessus de ce blog est inscrit qu’ici l’on parle de politique, de social ET d’environnement.
En ce qui concerne le politique, je crois que vous êtes plutôt servis dans ce domaine. Le social itou, because si l’on cause de politique, le social n’est forcément pas loin. Et l’environnement me direz-vous ?
Et bien c’est vrai que je n’en parle pas souvent… Je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs. Peut-être est-ce parce que je considère l’environnement comme une chose sérieuse et que l’humeur de ce blog ne s’y prête guère… Ou alors c’est peut-être que pour moi, lorsqu’on parle de politique et de social, on parle forcément aussi d’environnement. Et inversement. Tout est dans tout et réciproquement comme disait le grand Pierre Dac…

Mais bon, aujourd’hui je vais me rattraper et vous parler plus spécifiquement d’environnement, et vous dire deux mots sur la tempête qui a frappé notre pays le weekend dernier, et répond au doux nom de Xinthia.

A quoi avons-nous eu à faire exactement ? Une tempête hivernale comme il en arrive tous les hivers (c’est bien pour ça qu’on l’appelle hivernale !), combinée à un coefficient de marée assez fort.
Les deux choses prisent indépendamment sont d’ordinaire assez jolies à voir et sans grand danger, mais lorsqu’elles se combinent on obtient alors ce que les habitants de la côté atlantique ont connu, à savoir un petit air de fin du monde.

Vous aurez noté qu’aucun de ces deux phénomènes n’est imprévisible. Le cycle des marées est réglé comme une horloge atomique franc-comtoise, et les dépressions comme Xinthia sont tellement grosses qu’on peut les apercevoir sur les radars une semaine à l’avance.
D’où forcément la question qui tue. Sachant cela, comment ce fait-il que nous en soyons à 59 morts ?
Hein ?

Déjà, je tiens à préciser qu’il est complètement inopportun de dire que c’est la faute à la tempête, comme je l’ai entendu dans les médias. Mais bon, ça j’y reviendrais.

La réponse est plus simple, et c’est : La connerie humaine.
Ok, maintenant qu’on a dit ça, on peut poser la question subsidiaire : Oui d’accord, mais la connerie de qui ?
Parce qu’on ne va se contenter de dire que c’est la faute à l’humanité (Bouh, qu’elle est méchante l’humanité !). On peut certainement être un poil plus précis.
Alors, des gens sont morts. J’imagine que parmi eux, quelques-uns le sont à cause de leur propre connerie. Ils n’ont pas cru, ou voulu croire, aux avertissements des autorités ou bien se sont considéré au dessus des éléments. Ou encore, ils ont jugé que le fait d’abandonner temporairement leurs biens était un trop grand sacrifice et ont préféré jouer à la roulette russe.
Ceux-là, ma foi, j’aurais envie de dire que c’est tant pis pour eux, et la prochaine fois ils arrêteront de péter plus haut que leur cul. Sauf qu’en l’occurrence il n’y aura pas de prochaine fois pour eux.
Ensuite, il y a ceux qui se sont cru à l’abri parce qu’on leur a assuré qu’ils l’étaient.

Indépendamment d’un manque flagrant de jugeote, cela peut se concevoir. C’est le cas par exemple des habitants d’un lotissement construit en deçà d’une digue vieille de 150 ans et qui ont gobé le fait que qu’un terrain jugé inconstructible dix ans auparavant pouvait comme par miracle se retrouver viable sans qu’il n’y ait eu d’aménagements supplémentaires.
Comme je l’ai dit, un minimum de jugeote aurait pu éviter de nombreux drames… Si des digues ont été construites il y a un siècle, c’était pour une bonne raison. Les terres qu’elles protégeaient étaient potentiellement inondables, mais comme il s’agissait de terres destinées à la culture et à l’élevage, le jeu en valait la chandelle. Les gens de l’époque savaient très bien qu’à tout moment la toute puissance de Poséidon pouvait décider de reprendre ce que l’être humain lui avait emprunté, et c’est bien pour ça qu’ils se gardaient bien d’y habiter.

Mais bon, la dépression agricole combinée à la pression immobilière a incité la population à perdre la mémoire des lieux. Des individus sans scrupules (promoteurs cupides de mèche avec des politiciens à la recherche d’un électorat), ont abusé du manque de jugeote du cadre moyen, trop heureux de se voir offrir son petit bout de rêve balnéaire…

Tous les spécialistes en environnement vous le diront, une digue c’est de l’aléatoire. Elle va vous protéger neuf fois sur dix, mais à la dixième elle vous pétera à la gueule histoire de vous rappeler qu’on ne joue pas impunément avec mère nature.

Moi ce qui m’énerve (oui, là je suis énervé même si ça ne se voit pas), c’est le discours des politiciens qui lorsqu’on les interroge sur d’éventuelles responsabilités humaines, se contente de déplorer la perte de vies humaines et de rappeler combien celles-ci sont fragiles face aux éléments. Oui, ce genre de truc ça m’énerve vraiment.
Comme si Dieu lui-même avait pointé son gros doigt vengeur sur la Charente Maritime et décidé de faire des ronds dans l’eau. Circulez, y-a rien à voir, on peut rien y faire, c’est ainsi…
Tu parles Charles ! C’est trop facile !

Alors bien sûr le Président Glorieusement Elu, lui ne peut pas se contenter de parler de fatalité. C’est son boulot de dire que toute la lumière doit être faite sur cette catastrophe et de chercher des responsables. C’est ce que le peuple attend de lui.
Mais vous aurez noté que les autres, les ministres, les députés, les maires, eux se gardent bien de se précipiter à la poursuite des méchants. Cela remettrait en cause bien trop de choses comme par exemple les plans d’urbanisme, ou encore les Plans de prévention des risques naturels prévisibles (PPR) qui comme par hasard deviennent de moins en moins stricts.
C’est vrai quoi, on ne va pas se laisser empêcher de faire des affaire par ces connards d’écologistes catastrophistes qui nous font chier avec leur risques à la con ! Comprennent rien au pragmatisme économique ces bobos !

A ce propos, Sarkofrance nous rappelle fort justement qu’en avril 2009 ce cher Nicolas Sarkozy déclarait :

«Le problème c’est la réglementation. Pour libérer l’offre il faut déréglementer, élever les coefficients d’occupation des sols et rétablir la continuité́ du bâti dans les zones denses, permettre à chaque propriétaire d’une maison individuelle de s’agrandir, d’ajouter une pièce ou un étage, rendre constructible les zones inondables pour des bâtiments adaptés à l’environnement et au risque, utiliser les interstices, les délaissés d’infrastructures... Il faut changer nos procédures, notre façon d’appliquer le droit, sortir du respect passif d’une réglementation de plus en plus pesante, non pour laisser le champ libre au marché mais pour que la ville vive, respire, évolue, se développe en respectant des règles fortes, compréhensibles, efficaces, écologiques. J’ai demandé que soit conduite une réflexion approfondie sur ce changement de philosophie de notre droit de l’urbanisme.»

Notre droit à l’urbanisme… Notre droit de faire du pognon oui !

Ce weekend dernier des gens sont morts pour une seule et unique raison : Le fric. Ils sont morts pour le profit de quelques-uns. Ils sont morts parce qu’ils ont crus les mensonges qu’on leur disait. Ce qui m’amène à dire que s’ils avaient eu un tant soit peu de jugeote et de conscience politique, ils ne seraient peut-être pas tous aussi morts…

Pour conclure, Xinthia nous aura appris une chose. Elle nous aura appris que les tempêtes, elles, ne s’achètent pas.

mercredi 30 décembre 2009

La taxe carbone à l’incinérateur

Alors que je me languissais sur mon canapé, pianotant frénétiquement de mes doigts experts les boutons de ma télécommande à la recherche d’un programme digne d’égayer ma première partie de soirée (la seconde étant d’emblée consacrée au Seigneur des anneaux : Les deux tours), je tombais sur une chaîne info sur laquelle défilait un bandeau rouge porteur d’une nouvelle fort réjouissante pour cette fin d’année : Deux jours avant sa mise en application, le Conseil Constitutionnel annule la Taxe Carbonne.

Une petite jubilation intérieure et un frémissement de satisfaction plus tard, je me dis alors que parfois, je dis bien parfois, les choses sont bien faites et que, griotte sur le clafouti, j’ai avec ce sujet de quoi ainsi m’acquitter de mon labeur quotidien.
Donc, c’est dès potron-minet que je me mets en quête d’informations supplémentaires pour étayer mon argument, consultant les sites journalistiques ainsi que les blogs… Las, la nouvelle étant tombée en début de soirée, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la quenotte. Peu de réaction ou de commentaires, mais l’ensemble des médias s’accorde pour qualifier cette annulation pure et simple de « camouflet ».
En gros, il s’agit là d’une grande claque dans la gueule de Sarkozy, histoire de bien finir l’année.

Donc, vous comprendrez que d’un point de vue purement hédoniste, je ne peux que me réjouir en ce jour.

Yes ! Youppie ! Merci les Sages du CC ! Bravo Debré ! Prend-ça dans ta face Sarko, et bonne année !

Bon, il me faut cependant modérer mes ardeurs, car le Conseil s’il a annulé la taxe carbone a cependant validé deux autres monstruosités, à savoir la taxation des accidentés du travail et la suppression de la taxe professionnelle. Tout n’est pas parfait, mais bon, quand même… Ne boudons pas notre plaisir, pour une fois que nous pouvons en avoir un !

J’aime assez la formulation du Conseil : « par leur importance, les régimes d’exemption institués par la loi déférée étaient contraires à l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et créaient une rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques. » En clair, ça veut juste dire que cette taxe était tout simplement inefficace et injuste.

Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir crié sur tous les toits que taxer les pécores sur leurs émissions de carbone et d’en exempter les industriels et les entreprises, ça ne pouvait pas passer ! Même la folle du Poitou elle l’avait dit !

Moi ce qui m’a fait marrer, c’est la réaction de Cécile Duflot… Oui je sais, vous allez me dire que je m’acharne, mais que voulez-vous j’ai la haine durable. Elle a déclaré qu’elle était ravie de cette annulation car pour elle la taxe était une fumisterie. Qu’elle hypocrite celle-là ! Si on l’avait écouté, on en aurait payé le double !

Après l’échec du sommet de Copenhague, voici donc un nouveau revers infligé à ceux qui pensent que la lutte contre le changement climatique ne se conçoit que dans une vision capitaliste du monde. Avec cette vision, les intérêts des grands groupes seront toujours préservés au détriment du populo et la planète n’en retirera rien de bon.

Allez braves gens ! Réjouissez-vous ! Vous allez, nous allons, pouvoir péter tranquille pendant encore quelques temps !
Enfin, jusqu’à ce que la bande de tarés qui nous gouverne invente autre chose…

jeudi 10 décembre 2009

La fin du pétrole, un doc de Philippe Maréchal

Bon là, je suis un peu obligé de vous parler du dernier doc de mon ami Philippe.
Enfin, obligé… Non, ce n’est pas ça que je veux dire. Je ne suis obligé de rien… mais en même temps, si quand même…

Commençons par le commencement.
Philippe vous le connaissez peut-être déjà comme le taulier du Monde de Philippe. Si vous avez eu la bonne idée d’un jour aller visiter son monde, vous savez que le bonhomme est du genre faux poète campagnard, avec un regard à la fois faussement naïf et faussement grinçant. Pourtant, Philippe n’est pas un homme faux, loin s’en faut (Je sais, je ne suis pas fier de celle-là…).
Et c’est justement ça que j’aime chez lui : Son regard.

Car ce type, il n’est pas fait comme vous ou moi… Il voit des choses que d’une part le commun des mortels ne voit pas, mais en plus il les décrit avec des mots qu’on croirait tout droit sortis de la bouche d’un extraterrestre… Je sais, ça à l’air bizarre dit comme ça, mais je me dis que c’est plutôt normal que les choses particulières soient décrites par un langage particulier.
Une fois que vous avez pris la peine de vous approprier sa prose, et bien je vous jure que le monde de Philippe est magnifique de gentillesse, de compréhension et de poésie… Et surtout, il vous fait vous poser des questions.
Et ça lecteur, c’est bien.

Mais Philippe n’est pas qu’un écrivain (j’ose le titre) mais c’est aussi un réalisateur de documentaire. Et ce talent de poète qu’il utilise dans ces textes se retrouve comme de bien entendu dans ses images.

Et c’est donc de cela dont je voulais vous entretenir aujourd’hui. Sa dernière mouture réalisée pour la TéléLibre, s’intitule La fin du pétrole, et nous parle de la fermeture de la dernière station service de son village.

A une époque où l’on parle d’écologie, de crise énergétique, de décroissance, de crise systémique. A une époque où certains remettent en cause les fondements même de notre économie basée sur le profit de quelques-uns, Philippe s’interroge sur les conséquences de toutes ces merdes qui nous tombent sur le coin de la gueule, et nous en montre les effets immédiatement perceptibles sur la population d’un petit village des Cévennes.

Une station service ferme, et aussitôt c’est toute la population qui se demande comment elle va faire pour vivre, travailler… Des questions simples à un problème complexe, où se mêle les intérêts des grandes compagnies pétrolières et ceux des grands distributeurs. Des questions simples sur le quotidien des gens. Des questions simples à mille lieux des discours des bobos-écolos parisiens…


LA FIN DU PETROLE
par latelelibre



Alors lecteur, j’espère que tu vas, comme moi, apprécier ce moment que je te propose de partager. Car, si tu as ne serait-ce qu’une once de sensibilité, tu ne pourras pas ne pas t’émouvoir devant l’avenir sombre des habitants de cette vallée du Gard...

Bouh ! Je m’aperçois que ce n’est pas si facile de vouloir parler en bien de ses potes finalement !

lundi 7 décembre 2009

Copenhague : Le sommet de la fumisterie

Alors comme ça, c’est aujourd’hui que commence le sommet de Copenhague… Pendant quinze jours, les chefs d’états, les chefs de gouvernement, les ministres, les lobbyistes, les scientifiques et les ONG vont se réunir pour tenter de se mettre d’accord quant à un objectif commun : Empêcher que la terre ne se réchauffe de plus de 2° C à l’horizon 2100.

Waouh ! Ça c’est de l’objectif ! Le genre de chose bien concrète érigée en grande cause mondiale !

Ouais, c’est ça… Croyez-y bonnes gens.

Non, soyons sérieux deux minutes. Pensez-vous réellement qu’il ressortira quelque chose de ce sommet ? Pensez-vous réellement que ces 192 pays vont arriver à s’entendre sur une réduction des gaz à effet de serre ?

Je l’ai déjà dit sur ce blog, l’écologie c’est une idée de riches. A mon sens, il faut déjà avoir une certaine dose de confort et de modernité pour se soucier de faire en sorte de pérenniser ce confort et cette modernité. Le pauvre lui, a bien d’autres priorités en tête. Ce qui compte pour lui, c’est de subvenir aux besoins immédiats. C’est survivre. Il n’a pas le choix.

Donc, déjà au départ les dés sont pipés. Mais si vous rajoutez en plus par-dessus tout ça le fait que l’économie des pays industrialisés repose presque entièrement sur ce que produisent les pays dits « émergeants », la question du changement climatique ne risque pas d’être réglée de sitôt…
Car ne nous leurrons pas, l’économie libérale qui régit les échanges mondiaux n’acceptera jamais de se laisser convaincre d’augmenter ses couts de production pour sauver la planète. Les riches n’accepteront jamais de le devenir moins, et les pauvres n’accepterons jamais qu’on les empêche de croire qu’ils peuvent ne plus l’être.
C’est ça une société libérale.
Une classe riche très riche et une classe pauvre, très pauvre. Et entre les deux le reste du monde, manipulable à souhait, coincé qu’il est entre sa peur de devenir pauvre et son espoir de devenir riche… Et qui vote.
Nos pays développés fonctionnent comme ça, et la planète également. Et vous voulez demandez à ceux-là même qui vivent par et pour ce fonctionnement de changer les choses ?

Donc, c’est pour ça que personnellement je doute fortement que ce sommet accouche de quoi que ce soit de réellement efficace. Oh bien sûr, nous auront droit comme d’habitude à des postures et des déclarations d’intention. De belles photos seront prises avec plein de jolies poignées de main enthousiastes ! Mais dans les faits, rien ne changera vraiment…
C’est comme ces artifices de langage que les libéraux utilisent pour travestir la vérité des choses… Prenez par exemple cette histoire de pays « émergeants ». Ceux-là même qu’on appelait il y a peu des pays « en voie de développement », et qui étaient quelques années auparavant des pays « sous-développés »… L’évolution dans l’appellation ne défini en rien un quelconque progrès. Ces pays, jadis les arrières cours des grandes puissances sont devenus les jardins privatifs des grandes entreprises. Les maitres ont changé, mais le fonctionnement perdure, et même si les mots changent, les faits restent les mêmes.

Alors bien sûr ces puissants vous disent qu’ils ont une solution. La croissance verte qu’ils appellent ça. Encore un néologisme inventé pour maquiller la vérité. Un artifice, un hochet pour satisfaire les investisseurs et rassurer la plèbe. En fait, une façon de plus de faire du bizness tout en se donnant bonne conscience. Il faudrait être crétin pour ne pas deviner que la motivation première de tout ça, n’est pas le but altruiste de sauver la planète, mais bien celui de continuer à enrichir ceux qui l’exploitent…

Le sommet de Copenhague sera une fumisterie de plus, et la lutte contre le changement climatique ne commencera vraiment que lorsque on décidera de s’attaquer au système qui le génère. La course au profit, la cupidité humaine… Toutes ces choses qui font passer l’avenir de notre planète, notre avenir, après le confort de quelques-uns.

mercredi 8 juillet 2009

Le fantôme de Malthus

Il a un truc qui me turlupine le ciboulot en ce moment… Ça me travaille le neurone, ça me titille la fibre écologique.
Ça a commencé avec une conversation téléphonique que j’ai eue, il y a quelques semaines, avec l’un de mes plus chers amis…
Nous discutions de choses et d’autres, et notamment du film Home et de la catastrophe écologique qui nous pendait au nez… Soudain, mon ami me sort une phrase du genre : « De toute façon, il va bien falloir penser à réguler sérieusement nos naissances et ce à l’échelle planétaire… ».
Waouh ! Sur le coup, je suis resté un peu estomaqué. Je connaissais l’argument, mais cela faisait quand même une bonne vingtaine d’années que je ne l’avais pas entendu… Je croyais que cette lubie était tombée aux oubliettes de l’histoire, et sur le coup je me suis plus ou moins moqué de mon ami en le traitant de réactionnaire.

Et puis, je me suis rendu compte, en fouillant un peu, que cette idée de réduction des naissances revenait en force sur le net, et notamment auprès des écologistes les plus militants.
Pour eux, l’équation est simple :

Moins d’habitant = Moins de consommation = Moins de pollution


En effet, posée comme ça, cette équation a le mérite d’être claire, simple, évidente. Cette terre est trop petite pour nous, il nous faut donc anticiper la diminution des matières premières nécessaires à la vie et d’ors et déjà penser en termes de survie. Aussi, tel l’équipage en perdition, on rationne les vivres et on évite d’accueillir à bord de nouvelles bouches…
Mouais… Évidente, évidente… Pas tant que ça en fait.

Tout d’abords, comme je l’ai dit, l’idée n’est pas nouvelle et on a l’habitude de l’attribuer à un certain Malthus. Thomas Malthus (1776-1834).
Pour ce cher Malthus, la solution aux famines et disettes récurrentes était qu’il fallait veiller à réduire le nombre de bouches à nourrir. En clair, si les pauvres étaient moins nombreux, ils auraient moins faim…
Car la théorie de Malthus a le gros défaut de ne concerner que les classes les plus basses de la société. Il est hors de question que ces précautions s’appliquent à la bourgeoisie et aux classes dirigeantes, cela ne concerne que la plèbe…
Un des corollaires à cette théorie est la prise de conscience que le XIXème siècle voit le début de l’essor scientifique et technologique. Pour le malthusien de base, ce progrès ne peut que faciliter la vie des travailleurs (à l’époque on disait encore le peuple), et donc en favoriser la reproduction… Ainsi, le malthusianisme d’origine se vit plébiscité par tout un pan de la bourgeoisie, inquiète de voir un trop grand confort donner des idées stupides d’émancipation à ceux qui jusqu’alors trimaient sans trop se plaindre. Donc, si l’on ne veut pas que les lapins nous envahissent, on limite la naissance des lapins. C’est simple.
C’est pour cela qu’au XIXème siècle le malthusianisme fut rangé dans la case des mouvements anti-modernité et devint un symbole d’opposition au progrès.

Quelques années plus tard, l’idée fut reprise par quelques économistes et, dirons-nous, quelques peut étoffée. C’est le mouvement anarchiste qui succomba à la facilité en reprenant les idées de Malthus et en ajoutant le fait qu’il serait des plus défavorable POUR le peuple que celui-ci fasse trop d’enfants, car ceux-ci seraient de toute façon utilisés comme chair à travail ou chair à canon… C’est ce qu’on appela le néo-malthusianisme.
Vous noterez au passage qu’il ne s’agit plus là de protéger les intérêts d’une classe supérieure, mais bel et bien d’empêcher que l’on abuse des classes laborieuses… Aussi le malthusianisme d’origine, plutôt prôné par les élites pour sauvegarder ses propres intérêts, devint par une de ces pirouettes tordues dont les théories politiques ont le secret, un combat mené par les plus éminents humanistes de l’époque. Ce que l’on appellera bien plus tard, la gauche…

Puis, au XXème siècle l’idée perdit un peu de son intérêt… La révolution industrielle, puis les deux guerres mondiales et l’indispensable effort de reconstruction qu’elles entrainèrent remisèrent la limitation des naissances parmi les concepts farfelus. Et ce jusque dans les années 70, avec le premier choc pétrolier et la naissance de l’écologie politique…

A cette époque pas si lointaine, on commença à se rendre compte que nous vivions sur une planète aux ressources limitées, et que la croissance démographique mondiale, et plus particulièrement celle du tiers-monde, nous conduisait tout droit à la catastrophe.

Parallèlement, les progrès sociaux d’émancipation de la femme et l’apparition de moyens contraceptifs sûrs apportèrent du grain à moudre aux néo-malthusiens. Ceux-ci s’emparèrent du combat féministe et le raccrochèrent à une politique de contrôle des naissances, seul alternative à leurs yeux à une catastrophe écologique aux proportions bibliques.
A ce propos, je tiens à m’inscrire en faux par rapport à ce que raconte Wikipédia sur le néo-malthusianisme. Pour moi, le mouvement de libération de la femme est un mouvement sociétal occidental qui n’a rien à voir avec le contrôle des naissances au niveau planétaire. Il s’agit d’une évolution normale et légitime propre à toute société moderne et éclairée. Et quand je dis éclairée, j’entends par là débarrassée de toutes contraintes religieuses… (Oui, vous pouvez dire bondieuseries à la con, c’est valable aussi.).
Aussi, quand je vois que l’on met dans un même paragraphe : Simone Weill, MLF, IVG, planning familial et écologie, je m’insurge ! Cela n’a rien à voir. Point barre.

Donc, l’idée du contrôle des naissances progresse au fur et à mesure que la peur du lendemain progresse elle aussi. Et cette idée a ressurgit récemment dans la bouche d’Yves Cochet qui propose d’instaurer une « grève du troisième ventre ». Notons, juste pour le fun, que l’expression grève du ventre est attribué à Octave Mirabeau, écrivain mais aussi anarchiste et néo-malthusien convaincu. Et Cochet de comparer l’incomparable en disant qu’un enfant aurait un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York. (!!!)

Bref, le malthusianisme revient en force. Après avoir été une idée de droite libérale, puis un concept révolutionnaire, la voilà qui devient le cheval de bataille de l’écologie avec un grand E… La célèbre WWF milite en son sens, de même que pas mal de groupes écologistes pour qui la décroissance économique doit forcément aller de paire avec la décroissance démographique.

Il n’en reste pas moins que c’est une idée à la con.

Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que ce n’est pas une idée fondée sur la logique mais sur un fantasme.

La natalité, qu’elle soit humaine ou animale, est une conséquence de multiples facteurs qui concourent à son augmentation ou à ça diminution. Cela n’a jamais, je dis bien jamais, été une cause de quoi que ce soit.
L’augmentation de la natalité est la conséquence d’un cadre de vie amélioré qui confère à la sécurité. Le niveau de sécurité augmente, la natalité aussi. Le niveau de sécurité baisse, la natalité suit le mouvement. C’est donc, bel et bien une conséquence d’un processus.
Dans le discours de nos écolos intégristes (osons le terme après tout), c’est l’augmentation de cette natalité qui devient la cause de tout. Pour preuve, il suffit de relire l’équation simpliste que je vous ai présentée plus haut, la population est bien en tête des variables, non ? Bon…
Donc, en fait il s’agit plutôt (à mon sens) d’un fantasme. Un fantasme récurant qui surgit en temps de crise et qui conduit l’être le plus réfléchis à désigner à la vindicte un ou plusieurs de ses congénères. C’est un vieux réflexe, maintes fois éprouvés, qui en ce qui me concerne me débecte au plus haut point tant il me rappelle les heures les plus sombres de l’histoire de l’humanité…
Car, soyons sérieux, à partir du moment où on envisage de forcer une population à restreindre sa natalité sous prétexte que le confort qu’apporte le monde moderne risque de disparaitre, cela revient à privilégier ce confort au détriment de la survie de l’espèce. Et puis surtout cela revient à présumer grandement de ce que fera notre descendance…
Sans compter que, la décroissance démographique est peut-être bien une solution, mais on fait comment pour l’appliquer ? On stérilise qui ? On s’attaque d’abords aux pays riches ou aux pays pauvres ? On délivre des permis de faire des enfants ? On lapide les parents des familles nombreuses ?
Et puis, prôner cette grève du ventre permet surtout, et c’est là qu’est pour moi le point le plus important, d’éviter de remettre en question l’ordre établit. C’est oublier un peu vite de se poser la question de l’actuelle répartition des richesses et des inégalités qu’elle crée.
Je le répète, la natalité est une conséquence. Changeons la façon dont on distribue les richesses de par ce monde, et vous verrez que la natalité s’adaptera en conséquence. C’est tout simple.
Alors pourquoi ils n’y pensent pas ? Pas envie de voir leur propre part du gâteau diminuer peut-être ?
Pour moi, si je reprends l’allégorie du bateau qui commence à manquer de vivres. Envisager les choses sous cet angles revient à réfléchir à comment réduire le nombre des membres d’équipage, alors qu’il serait sans doute plus simple, mais aussi plus dérangeant, de commencer à revoir les parts des officiers et du capitaine.

Une dernière chose, histoire que vous compreniez à quel point cette idée de malthusianisme écologique est perverse : Un des inspirateurs de Malthus déclara un jour vouloir "La régulation de l'emploi par la suppression des bouches inutiles". Ce monsieur s’appelait Adam Smith (1723-1790), père fondateur du libéralisme économique… Le contrôle des naissances serait donc de l’écologie libérale ?

samedi 6 juin 2009

Home dirty Home...

Comme l’a subodoré notre ami Pseudo, bien évidemment je ne pouvais pas ne pas vous parler du film HOME. Ben oui, un truc comme ça, sortie planétaire, full HD et tout et tout… Je me sens un peu obligé quand même !

Le problème, car il y a un problème, c’est que ce matin je me sens, comment dirais-je… Dubitatif. Oui, c’est ça, dubitatif.

Mais comment donc ? Voyons Gwendal ! Toi, un militant écolo de la première heure ! Tu devrais être ravi qu’enfin un tel film existe ! Tu devrais sauter de joie à l’idée que quelqu’un fasse quelque-chose pour qu’enfin les consciences se réveillent !
Oui… Bien sûr… Sauf que j’ai cette impression désagréable d’être un chouya manipulé quelque-part…

Le fait est qu’avant même de passer ma soirée à regarder HOME, je me posais déjà quelques questions gênantes.
Tout d’abord cette sortie mondiale qui tombe comme de par hasard deux jours avant les élections européennes… Bon, d’accord, il s’agit là peut-être, en effet, d’une coïncidence. La sortie du film est planétaire et il se pourrait bien que celle-ci coïncide avec pas mal d’autres élections de par le monde.
Ensuite, HOME est produit par Luc Besson et son groupe Europa. Perso, je me méfie de ce type. Son zèle à défendre la loi Hadopi pour le bonheur des grandes Majors, ainsi que sa vision hautement libérale de son art me le rendent suspect.
Enfin, la première chose qui m’a sauté aux yeux lorsque j’ai commencé à regarder Home, ce sont les noms délicatement policés de plusieures grandes marques de luxe s’imbriquant les unes dans les autres pour former le titre, HOME.
Je ne sais pas vous, mais moi je trouve ça bizarre. Depuis l’émission Ushuaia sponsorisé par Rhône Poulenc, je trouve hautement suspect toutes démarches de sponsoring menées par des groupes dont l’écologie est apparemment le cadet de leurs soucis. Je considère que c’est de la publicité à bon compte, pour ne pas dire à bonne conscience, et je trouve ça carrément obscène. A ce propos, je vous conseille la lecture de cet article, où l’on en apprend un peu plus sur l’implication du groupe PPR dans le financement du film et de BNP-Paribas dans l’association qui va avec.

Bref, vous conviendrez avec moi que cela représente un bon gros faisceau de présomptions douteuses. (Non ?)

Mais bon, faisant fi de mes réticences je me suis quand même installé sur mon canapé pour regarder le film.
Entendons-nous bien : Ce film est magnifique, et les problèmes qu’il dénonce sont réels et urgents. La cause est belle, la cause est juste et comme le dit si bien Yann Arthus-Bertrand « il est trop tard pour être pessimiste ». On est tous d’accord, notre planète est en train de crever à cause de nous et de nos comportements imbéciles. Nous sommes en train de creuser notre propre tombe avec nos dents et c’est la gueule pleine de terre que nous sourions aux animaux et aux plantes que nous enterrons avec nous…
Seulement, je ne sais pas vous, mais moi pendant 95% du film je n’ai pas arrêté de me dire : « On est foutu », « On n’a plus qu’à se tirer une balle ça ira plus vite » ou encore « Dieu merci je n’ai pas d’enfants… ».
Car, et pour moi c’est une évidence, si l’on veut arrêter ce processus d’autodestruction, il n’y a pas trente-six moyen : Il faut repenser entièrement notre société à l’échelle mondiale. Autant dire que nous devons arrêter tout, maintenant, et commencer à vivre d’une manière différente, respectueuse du peu de nature qu’il nous reste… En espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard.
Et là, je me dis que ce n’est pas gagné.

Ce n’est pas gagné car d’une part comme nous l’avons vu plus haut, ce sont ceux-là même qui nous ont mis le nez dans la bouse qui prétendent vouloir nous en sortir. Hypothèse hautement improbable, puisque cette catastrophe annoncée est la conséquence d’un système auquel ils participent. Sauver la planète reviendrait à remettre en cause leurs bénéfices, et je vois mal ces messieurs se tirer eux-mêmes une balle dans le pied.
D’autre part, les actions entreprises pour retarder l’échéance fatale sont menées à coup de réformes sporadiques difficiles à arracher aux uns et aux autres. Et je suis désolé de le dire, mais au point où nous en sommes, ce n’est plus de réformes dont nous avons besoin, c’est d’une révolution. Une révolution écologique.

Ou alors, d’une bonne pandémie, histoire de remettre les compteurs à zéro. A moins que vous ne préféreriez une bonne météorite ? Au point où nous en somme, on devrait avoir le droit de choisir… Non ? En tous cas, s’il y a bien une chose dont je suis sûr, ce n’est pas en conservant ce système que les choses changeront.
Les belles images filmées par Yann Arthus-Bertrand, si elles ne servent pas à motiver les consciences pour mettre à bas les raisons directes de la destruction de notre environnement, ne serviront alors qu’à nous rappeler à quoi ressemblait notre terre, et ce que nous en avons fait…

Et là, je vous garantis qu’il sera bien trop tard pour pleurer.


vendredi 5 septembre 2008

Une histoire de vaches

Je vous le dis cash, je n’avais pas l’intention de publier un truc aujourd’hui. J’ai fais ma petite revue de presse, et je n’ai retenu que deux brèves (voir ci-contre), mais rien de suffisamment mobilisant pour m’inciter à me mettre à mon clavier. Et puis, en parcourant les sites de journaux où je ne vais pas forcément tous les jours, je suis tombé sur un petit article publié dans Le Parisien.
C’est une histoire de vaches. Enfin, une histoire de cloches… De cloches de vaches quoi ! Dans un patelin de Savoie, un patelin agricole comme heureusement il en existe encore de nombreux dans notre pays, il y a comme une guéguerre autour d’un troupeau de laitières qui feraient beaucoup trop de bruit avec ses cloches. Un habitant mal luné a porté plainte contre un agriculteur pour nuisance sonore excessive. Tout ça parce que les vaches, elles font du bruit pendant la nuit, et que ça l’empêche de dormir… Bon, le fond de l’histoire semble être une petite querelle personnelle plutôt qu’autre chose… Le type qui porte plainte est un villageois du cru et devrait être habitué aux tintinnabulages bovins. Mais cette histoire m’a rappelé le temps où je vivais dans le Pays de Gex et que j’avais sous ma fenêtre un troupeau d’une cinquantaine de Montbéliardes…
A l’époque, déjà, on entendait parler de ces pisses-froids qui s’opposaient aux pratiques agricoles ancestrales. Cela avait le don de m’énerver… Et quand je suis énervé, j’écris. Ça me calme.

Dans le temps, et ce dans toutes les régions, le troupeau, quel qu’il soit, faisait partie intégrante de la vie sociale du village. Les bêtes étaient logées à l’étable, contiguë au logement du fermier, lui-même protégé des rigueurs hivernales par la réserve de fourrage. Hommes et bêtes vivaient donc ensemble. A la belle saison, on sortait les bêtes pour les emmener prendre l’air et se remplir la panse de la bonne herbe des prairies. Conséquences directes, le matin et le soir, les rues étaient encombrées par les troupeaux. Ça meuglait à tout va, et les rues sentaient bons la roses après le passage des vaches. Car chacun sait qu’une vache n’est qu’une série d’estomacs ambulants, et que le transit intestinal de ces mammifères est en mode permanent. D’où, forcément, une longue série de mines anti-personnelles disséminées tout au long du parcours…
L’arrivée des citadins plus ou moins aisés, chassés de la ville par la surpopulation, changea quelque peu la donne. Les vaches déménagèrent et émigrèrent à la périphérie des villages, directement proche des pâtures. Mais ce changement ne se fît pas partout, et certains patelins sont encore épargnés par l’invasion des résidences secondaires.

Alors je tiens à crier bien fort que j’aime la bouse de vache ! Je trouve que ça sent bon la bouse de vache ! De même, j’aime le son des cloches à la nuit tombante. Je trouve ça même plutôt rassurant… Alors foutez-leur la paix aux vaches ! C’est quoi cette mentalité de merde qui veut absolument qu’on éloigne de nos yeux, de nos oreilles et de notre nez, ce qui nous nourrit !
« Le bruit et l’odeur » vous dérangent tant que ça, bande de gougnafiers ?
Non mais sans blagues ! Ça se shoote aux gaz d’échappement et à l’ozone. Ça devient sourd à force de vivre au milieu des voitures et des bus, et ça voudrait donner des leçons d’environnement ? Bientôt, vous allez voir, ils vont nous dire que le silence est assourdissant !
Alors, moi je dis : Vive le bruit et les odeurs de la campagne ! Vive les vaches ! Et vive les cloches des vaches !

Voilà, ça y-est, j’suis calmé.


Si, comme moi, vous aimez les vaches, je vous invite à aller faire un tour sur ce site. C’est plein de vaches !

dimanche 13 juillet 2008

La forêt (6)

C’est quoi le bois ?

Cela va peut-être vous étonner (ou pas), mais je crois profondément qu’il existe un lien entre l’homme et l’arbre. Un vieux lien, puissant qui doit dater du temps où nous nous baladions dans les frondaisons, nous nourrissant de ce que les branches nous donnaient, nous cachant dans les méandres des rameaux pour nous protéger… C’était le temps où nous n’étions que de vagues mammifères à quatre mains, bien avant que l’on décide de descendre de nos maisons-arbres pour parcourir la terre sur nos deux pattes arrières qui par la même occasion changèrent de nom pour devenir des jambes.

Même si nous avons, en quelques sortes, grandis en nous redressant (oui je sais, elle est même pas drôle…), nous ne nous sommes pas éloigné de nos arbres pour autant. Peut-être qu’au fond de nos cellules, perdu au sein d’une chaîne d’acides nucléiques, il existe une trace, un souvenir, un fantôme génétique qui nous dit que les arbres sont nos amis. Et ils le sont. Ce sont de vrais potes sans qui nous ne serions pas ce que nous sommes actuellement. Ils nous ont tout donné. Tout. Cela à sans doute commencé lorsque de l’une de leur branche cassée nous en avons fait des bâtons pour fouiller la terre à la recherche de tubercules. Accessoirement ces mêmes bâtons nous ont été utiles pour éloigner les importuns… Prédateurs affamés, ou bien, comment dirais-je, nos propres congénères à la philosophie différente… Les grands costauds qui voulaient nous piquer nos guenons ! Leurs amis qui voulaient manger nos baies… Bref, ce bout de bois nous a été vachement utile pendant un temps. Merci les arbres !

Puis vînt le feu… Alors là, le feu ce fut toute une histoire. Un accident tout d’abord, sans doute. En fait on sait pas… Mais c’est un fait qu’un beau jour, c’était en aout, les hommes comprirent que le feu c’était cool. Ca tenait chaud, ça faisait fuir les prédateurs affamés (oui, ceux-là même qui nous pourrissaient la vie précédemment !) et qualité non-négligeable, ça donnait un meilleur goût à la barbaque. Tout d’un coup on inventa donc la notion de foyer et la gastronomie. Un grand pas que ce fut ce truc là ! Qui plus est, le feu se nourrissait de bois, et notre coopération avec ce végétale s’en trouva renforcée.

Au fil des siècles, que dis-je, des millénaires, l’homme appris à se servir des arbres pour tout et n’importe quoi. De ses fruit il fit des tartes, de ses branches il se chauffa, de son troncs il fit des maisons. Comme pour le cochon, tout est bon dans l’arbre. Cela dura quelques milliers d’années, jusqu’à ce qu’on découvre que la terre recelait des produits qui brulaient plus longtemps en dégageant plus de chaleur. Le charbon en premier, puis le pétrole… Et là, en entre vous et moi, c’est à ce moment que commencèrent les emmerdes. Mais bon, c’est un autre sujet.

Donc, pendant ces millénaires vous pensez bien que l’homme, qui à la différence de l’arbre a un cerveau, n’est pas resté les bras croisés à profiter de la manne arborescente. Il s’est penché sur son copain de façon à l’analyser sur toutes ses coutures, à améliorer ses processus de transformation, à optimiser ses produits dérivés… Il est comme ça l’homme. Faut toujours qu’il dissèque tout ce qui lui tombe sous la main, qu’il analyse et essaye de comprendre. Quitte à en faire trop parfois et à oublier le vrai sens des choses. Mais là encore, c’est un autre sujet.

Alors qu’est-ce que c’est que le bois ? C’est bien joli de dire que ça sert à tout, mais encore faut-il savoir pourquoi. En fait, ce qui intéresse l’homme c’est ce que les gens de science appellent le xylème. C'est-à-dire la partie centrale du tronc qui est constituée de bois « mort ». Comme vous pouvez le voir sur la photo illustrée ci-dessous, nous avons donc au centre le bois (xylème), le cambium qui est la zone frontière entre la partie vivante et la partie morte de l’arbre, puis le liber et enfin le suber (le liège ou l’écorce, comme vous voulez !).

J’ai mis des guillemets au mot mort, vous l’aurez remarquez. Tout simplement parce que dans le xylème circule la sève. Enfin, pas toute la sève seulement ce que l’on appelle la sève brute, celle qui monte des racines. On l’appelle ainsi en opposition à la sève élaborée qui, elle, circule dans le liber et est issue de la photosynthèse.

Le liber, c’est l’usine à fabriquer des cellules. C’est là que les cellules se multiplient vers l’extérieur et font ainsi croître l’arbre. Croître, certes mais dans le sens de la largeur j’entends, parce que pour ce qui est de la hauteur, ce sont les bourgeons terminaux des branches qui s’en occupent. Les cellules croissent donc, et non pas croassent, à chaque saison, fabriquent de la cellulose, puis sèchent et deviennent des fibres de bois.

La saison suivant, elles sont recouvertes par de nouvelles cellules et ainsi de suite. Cette succession d’étape peut se voir sur chaque souche d’arbre, c’est ce que l’on appelle les cernes du bois. Et comme chacune sait ( ?) chaque cercle d’accroissement représente une année de végétation et l’on peut donc compter l’âge des arbres. En fait, pour vous dire la vérité, l’arbre pousse deux fois dans l’année. Au printemps et en été. Au printemps, alors que la vie reprend ses droits sur la végétation les cellules fabriquées par le liber sont alors larges et aux parois fines ; En été le déficit hydrique fait que les cellules seront alors plus petites et plus épaisses. C’est cela que nous appelons les cernes… Une partie plus sombre (plus dense) pour le bois d’été et une partie plus claire (plus aérée) pour le bois de printemps (voir photo ci-dessus).

Mais les cernes ne servent pas seulement à épater vos gamins en estimant l’âge d’un arbre. Elles sont également riches d’autres renseignements. En effet, si on les observe avec soin, les petites cellules peuvent nous raconter bien des choses… Comme le temps qu’il faisait il y a quelques années par exemple. Si on peut voir des cernes extrêmement proches les unes des autres, ont peut dire que pendant la période concernée, le temps était plutôt frisquet, ou bien qu’il n’a pas plut… C’est comme si vous aviez sous les yeux un témoignage du passé, une machine à remonter le temps…

Lorsque l’on coupe un arbre, que ce soit un tronc ou une branche, cambium et liber sèchent et disparaissent. Il ne reste plus alors que le bois et l’écorce.

Le bois c’est donc ce qui reste de ces multiples successions de cellules. Ces cellules, comme vous les avez vus sur les photos, sont en fait plus longues que larges, un peu comme les fibres musculaires. Cette particularité fait que le bois a une excellente résistance mécanique dans les sens longitudinal et une faiblesse dans le sens radial. C’est compliqué ? Bon, on va faire simple… Imaginez que vous prenez dans les mains une petite botte d’herbes folles. Ok ? Bien. Vous tenez la botte avec vos deux mains, et vous vous apercevez que vous pouvez la remuer dans tous les sens, la tordre et la triturer à loisir. Vous pouvez toujours courir pour séparer vos deux mains ! Impossible de casser quoi que ce soit. Maintenant, si vous prenez cette même botte et que vous la disposez debout sur une table, il est alors très facile de la séparer en deux, en trois en même en de multiples parties ! C’est cela la résistance longitudinale et radiale, et c’est cette particularité cellulaire qui fait du bois un matériau extraordinaire. Oh, pas tous les bois, non, parce que chaque essence a sa propre forme de cellules. Prenez par exemple des cellules de pin, elles seront plus grosses et moins imbriquées que celles du chêne… Ce qui explique pourquoi le pin est plus léger et moins résistant que le chêne. (Je vous préviens, là j’ai simplifié au max, parce qu’en fait il y a plein d’autres différences… !)

C’est donc du xylème dont les hommes se servent. Une fois que la sève brute s’est évaporée, les cellules durcies en font un matériau solide, durable et surtout léger. Et ça, l’homme il l’a bien compris. Si l’on décide d’utiliser le bois sous forme de planche, pour faire de l’ameublement par exemple, on découpe le tronc et laisse le temps faire son office de sécheur… Pour info, on dit que pour bien faire les choses, il faut une année pour un centimètre de planche. Une planche de 5 cm prendra donc… Deux ans et demi pour sécher convenablement. (Zaviez compris qu’il y a deux côtés à une planche, hein ?). Bon, ça c’est ce que dit mon vieux père… Parce que dans la vraie vie des gens qui ne pensent qu’à l’argent et au temps que ça leur coutent, l’homme, il à inventer les fours à chaleur tournante et ventilée. Ca va plus vite, mais c’est pas dit que c’est meilleur pour la qualité du bois. Je suis même sur du contraire.

Une fois que le bois est sec, et bien vous faites ce que vous voulez avec… Enfin presque. Parce que n’oubliez pas qu’il est constitué de cellules imbriquées et que les qualités mécaniques vont être différentes selon que vous découpez au centre du tronc, sur les bords, dans le sens longitudinal, en biais, etc… Prenez le schéma ci-contre. A, c’est le tronc. La découpe symétrique du bois de cœur permet la fabrication de poutres (C) ou de poteaux très résistants. Pour la fabrication de planches, la découpe radiale (B) permet la meilleure résistance. Par contre les découpes tangentielles (D) donnent des planches qui peuvent se voiler en séchant. Pour corriger ce voilage, et bien on assemblera plusieurs planches les unes aux autres par des tenons et des mortaises (dispositif mâle/femelle) et on prendra garde d’alterner le sens des cernes pour contre balancer l’effet de voilage. Comme c’est montré ci-dessous.


Mais quelque soient ses fabuleuses qualités mécaniques, le bois est différent des autres matériaux. On dit qu’il est vivant. Vous savez pourquoi ? Et bien c’est simple : Vous avez compris que le bois une fois sec ce n’est, somme toute, qu’un ensemble de cellules creuses, d’alvéoles pleines d’air. Et dans l’air, il y a de l’eau à l’état gazeux. Au bout d’un moment le bois va se mettre au diapason de son environnement aérien et ainsi capter des particules d’eau. Au gré des saisons il va gonfler, s’étirer, se rétrécir, il va travailler comme on dit. C’est ça qui le rend vivant. Qui n’a pas pesté contre une fenêtre qui ferme mal l’hiver ? Ou mieux, qui n’a pas entendu craquer une vieille armoire la nuit ? C’est flippant non ? Ben moi ça ne me fait rien parce que depuis que je suis tout petit je vis dans le bois, avec du bois, sur du bois. Allez, une petite dernière et après je vous laisse tranquilles. Les petites cellules, étant donné qu’elles contiennent de l’air, elles font du bois le meilleur isolant thermique qui soit. Le type qui a inventé la laine de verre ou le polystyrène n’a fait que copier notre ami l’arbre. Sans vraiment y arriver complètement d’ailleurs…

Bon, maintenant je pense que vous en savez un peu plus sur la structure du bois. J’espère n’avoir pas été trop barbant avec la biologie végétale, même si, je vous jure, j’ai omit plein de choses pour ne pas trop vous gonfler ! Mais bon, il fallait en passer par ces bases si vous voulez comprendre plein d’autres trucs que je vous raconterais plus tard… Et oui ! J’en ai pas fini avec vous, mes petits forestiers en herbe !


mercredi 2 juillet 2008

Soyons logique !

Hier le ministre de l’Ecologie de l’Energie et du Développement Durable, Jean-Louis Borloo nous à fait une bien bizarre déclaration. Lors d’une interview accordé au Parisien celui-ci à déclaré, je cite : « Le malus des véhicules extrêmement polluants sera payé, non plus simplement à l'achat, mais tous les ans. A l'inverse, la prime de bonus pour les voitures propres représente un véritable gain de pouvoir d'achat pour les Français. ».
Comme vous le savez, je suis plutôt écolo sur pas mal de point, mais là je trouve que cette déclaration révèle, non seulement une langue de bois proche de la désinformation, mais qui plus est, une certaine injustice.
Comment ? T’as fumé la moquette Gwendal pour dire une chose pareille ? T’es malade ? C’est ton dimanche sans connexion qui t’a porté sur le ciboulot ?
Que nenni mes amis, je me permets juste d’être critique jusqu’au bout et voici pourquoi.
Le système bonus-malus inspiré du grenelle de l’Environnement et mis en place au 1er janvier 2008, consiste à taxer l’achat des véhicules neufs les plus polluants et de favoriser l’achat de véhicules « propres » sous la forme d’une prime. Ou d’une ristourne, comme vous voulez…
Jusque là, me direz-vous, pas de quoi hurler au loup, la mesure est plutôt bonne et va dans le bon sens… Cependant, il convient alors de définir ce qu’est un véhicule propre et un véhicule pas propre. La réglementation à fixé le seuil à 250g/km de CO2 émit. Plus de 250g, vous êtes un connard de pollueur. Moins de 250g, vous avez la conscience tranquille car vous êtes considéré comme un bon citoyen…
Le principe de cette réglementation étant d’inciter la population, mais pas forcément de se faire du fric sur le dos du consommateur. A ce titre, les sommes taxées et les sommes versées sont sensées s’équilibrer. Le problème, voyez-vous, c’est qu’étant donné les progrès technologiques actuels, les véhicules neufs qui émettent plus de 250 g de CO2 au kilomètre ne représentent que 1% des véhicules vendus… Pour vous dire, même une Ferrari F430 ou un Porsche Cayenne pollue moins que ça !
Donc, six mois après la mise en place de cette loi, le gouvernement s’est vite rendu compte que la mesure lui coutait plus qu’elle ne lui rapportait. Soit environ 200 millions d’euros par an ! Oups ! L’écologie s’est bien, mais faut quand même pas pousser mémé dans les orties…
Ores donc, il a été décidé que les pollueurs paieraient maintenant non seulement à l’achat, mais également annuellement à hauteur de 10% de la somme déjà prélevée lors de l’acquisition… Une double imposition en quelque sorte, et là, déjà, y’a comme un problème.
Il y a un problème parce que l’on assiste à un exemple d’ostracisme qui commence à me gonfler sérieux, comme pour les fumeurs, les obèses et les malades, et bientôt, pourquoi pas, les mangeurs d’andouillette ou les bouffeurs de camembert au lait cru… Je trouve le procédé immonde, et ce n’est pas parce que c’est bon pour la planète et que ça emmerde le bourgeois que je vais le tolérer ! Non mais !
D’autant plus que celui qui est capable de se payer un gros 4x4 bien crade peut certainement se fendre de la taxe de 260 euros par an (maxi), ce n’est pas ça qui va l’arrêter. Ce n’est donc pas comme ça que l’on change les mentalités monsieur Borloo ! Quitte à vouloir réduire les émissions de CO2, vous n’avez qu’à tout simplement baisser votre limite de 250g ! C’est pourtant pas compliqué !
Et puis, si l’on voulait être tout à fait juste, il faudrait aussi que le bonus soit versé annuellement à ceux qui roulent en véhicules propres… Non ? Soyons logique, nom d’un hobbit ! Et que dire des véhicules anciens qui polluent bien au-delà des limites décrétées ? Et bien on n’en dit rien... Car avec la baisse du pouvoir d’achat, ou la montée de la pauvreté selon la sémantique, ce n’est pas demain la veille que le français moyen pourra se racheter une voiture propre.
Alors soyons logique, et arrêtons de faire n’importe quoi, qui plus est au nom de la sauvegarde de la planète. La cause est suffisamment belle pour ne pas être ternie par des procédés antidémocratiques et bouche-trous. Oui, bouche-trous ! Ma grand-mère me disait toujours : « fait les choses correctement ou bien abstient-toi ! ». Et une grand-mère, ça a toujours raison, c’est bien connu…

dimanche 22 juin 2008

La forêt (5)

La forêt vierge

Et nous revoilà donc sur les petits sentiers forestiers à la découverte de ce que vous ne voyez pas forcément, mais qui est quand même là…
Maintenant que vous êtes familiarisé avec les trois principales façons de gérer une forêt, on va pouvoir aborder des sujets un peu plus coriaces, voir abstraits. Pour ceux qui découvrent cette rubrique, je ne saurais trop vous conseiller de réviser un peu en cliquant sur le tag « forêt », histoire de vous mettre au parfum. Car aujourd’hui je voulais vous parler de ce que vous n’avez probablement jamais vu de votre vie, en tout cas en France, c'est-à-dire de la forêt vierge, ou forêt primaire.
Alors, c’est quoi une forêt vierge ? Plus précisément, et pour paraphraser Michel Chevalet : « Alors, comment ça marche une forêt vierge ? ».
Ben, une forêt est vierge lorsqu’elle n’a pas été dépucelée par l’homme… (Plus clair comme définition, y’a pas !). C'est-à-dire quand jamais de chez jamais, un homme n’est venu fourrer son nez dans sa structure (son intimité) et que celle-ci n’est due qu’aux aléas naturels. Vous me direz que vous n’aller pas forcément en croiser une dans votre vie et vous aurez raison. Car sachez qu’il n’existe plus de forêts vierges sur le territoire français métropolitain (petite précision qui a son utilité) depuis au moins deux siècles. En effet, la France n’est pas si grande que ça et l’homme y réside depuis quand même assez longtemps pour avoir pu mettre son nez un peu partout. Les derniers havres connus étaient quelques iles sur le Rhin mais elles ont été déclassées car on s’est dit que finalement elles subissaient quand même les pressions humaines, ne serait-ce que par la pollution du fleuve. Notons quand même qu’il existe quelque part dans la forêt de Fontainebleau ce que l’on a appelé la réserve artistique puis la réserve biologique intégrale. Il s’agit de quelques 580 hectares préservés de toute atteinte et ce depuis 1861. De nos jours ces quelques arpents servent de centre d’étude sur la dynamique forestière naturelle et ils sont strictement interdits aux visiteurs. Mais bon, 150 ans de tranquillité sur une aussi petite surface ne font pas de cette exception une forêt primaire au sens strict du terme… Comme pour les iles rhénanes, l’influence humaine est néanmoins présente ne serait-ce que par la pollution atmosphérique et les activités qui se déroulent alentour. Bref, il n’y a plus de forêts naturelles en France, point. Pour en trouver il faudra vous rendre en Pologne ou bien en Russie, à moins que vous ne préfériez les longues soirées scandinaves…
J’entends déjà les petits malins me dire que la France a sa forêt vierge en Guyane. C’est vrai, mais je ne vous parlerais pas ici des forêts équatoriales, même si c’est probablement la première chose qui vous soit venue à l’esprit lorsque vous avez lu le titre de ce chapitre. Pourquoi ? Et bien, parce que dans la dynamique de la forêt équatoriale rentre une donnée que nous ne connaissons pas sous nos latitudes, c’est que les saisons n’existent pas. Il n’y a pas de phase de repos annuel engendrée par l’hiver, et le ratio jour/nuit reste identique tout au long de l’année. Cela implique donc une flore particulière qui croie en permanence, ainsi que des sols particulièrement fragiles. Pourquoi ? Et bien parce que lorsque une plante ne cesse de pousser sa vie se voit raccourcie d’autant. Le prix à payer pour une croissance accélérée est souvent une durée de vie courte, et donc un turn-over biologique rapide et en flux tendu… (Ça va, vous suivez ?) Lorsqu’une plante meurt, elle génère de la matière organique qui va servir de nourriture aux plantes qui vont lui succéder, ok ? En forêt équatoriale cette matière organique est très rapidement utilisée par la régénération et n’a donc pas le temps d’être stockée par les sols. Il s’ensuit donc un paradoxe qui est que les sols des forêts primaires équatoriales sont le plus souvent très pauvres. Ce qui n’est pas le cas pour les forêts primaires tempérées, car le cycle des saisons favorise le stockage de la matière organique et les sols de ces forêts sont donc riches en oligo-éléments… Ce qui explique en partie pourquoi on n’en trouve plus vraiment en Europe. Une telle fertilité se devait de servir la cause humaine en produisant autre choses que de bêtes arbres !
Alors à quoi ça ressemble une forêt exempte de toutes pratiques humaines ? Et bien, un peu comme la futaie jardinée, à un joyeux bordel. Mais, comme pour la futaie jardinée ce bordel n’est seulement qu’apparent…
Les seuls événements qui vont interagir avec la structure d’un peuplement forestier primaire sont bien sur la durée de vie des arbres et arbustes qui le compose, mais aussi les aléas climatiques. En fait, ce ne sont que des catastrophes et des morts qui régulent le peuplement. Ou plutôt un enchainement continu de catastrophes et des morts…
Techniquement un peuplement libre de toutes contraintes humaines est en fait une suite contiguë de peuplements réguliers. C'est-à-dire que l’on retrouve un peu l’image de la mosaïque dont je vous parlais dans la futaie jardinée, à la différence près que ces « parquets » sont dus aux accidents.
Par exemple imaginons un beau, grand et vieil arbre. Celui-ci domine de la tête et des feuilles l’ensemble de ses congénères. Un beau jour, lors d’un été caniculaire ce glorieux spécimen reçoit sur la tête un éclair qui le foudroie de la cime jusqu’aux racines… d’abords fendu par le milieu notre ami ne tarde pas alors de choir sur le côté, dégageant une large trouée. Un peu comme lorsque vous tombez dans la neige, une silhouette se dessine alors sur le sol, marquant pour un temps votre maladresse… La flore qui jusque-là vivotait dans l’ombre du gaillard se retrouve alors en pleine lumière ! Profitant de l’aubaine celle-ci va donc se mettre à pousser comme une folle, attirée par les rayons bienfaiteurs de notre ami le soleil. En même temps, il se peut également que sur le sol, notre vieil arbre est eu le temps de disperser ça-et-là quelques rejetons qui vont bien évidement s’empresser de prendre la relève. Il s’ensuit donc, dans l’espace ainsi créé par la chute de l’arbre une explosion de vie qui donnera peu à peu un petit peuplement de même hauteur. Un peuplement régulier.
Si vous prenez cet exemple de mini-catastrophe et que vous le reproduisez à l’échelle de la forêt toute entière vous pouvez arriver à imaginer ce qui rythme la vie d’une forêt vierge. L’éclair qui sonna l’arrêt de mort de notre glorieux aïeul, fut en fait un créateur de vie. Imaginez, dans le même ordre d’idée, une tempête, une invasion d’insecte, un incendie… Tous ces événement sont alors des déclencheurs qui malgré leur aspect destructeur vont inciter la dynamique forestière à se mettre en branle et à reconquérir le terrain perdu.
Visuellement ce genre de forêt n’est pas très logique. Pas très cartésienne ou colbertiste comme vous voulez. En effet la vie y côtoie la mort en un mélange improbable.
Contrairement à une idée reçue la forêt primaire n’est pas forcément impénétrable. C'est-à-dire que vous avez de grandes chances de pouvoir la parcourir sans grands soucis, à moins que vous ne tombiez justement sur une de ces trouées où la régénération pullule. Puisque les événements surgissent de façon aléatoire, rien ne peut vous sembler suffisamment particulier pour vous aider à vous repérer, ainsi on se perd très facilement dans une forêt primaire…
Comme dans une futaie jardinée nous allons retrouver des strates, des étages différents, des essences différentes. Comme nous l’avons déjà vu ce genre de structure est propice à une diversité biologique. Ainsi, dans une forêt primaire l’on peut encore croiser des ours des bisons, des rennes, des loups… Bref, la chaîne alimentaire est complète et se déroule du ver de terre jusqu’au grand herbivore avec son cortège de grands prédateurs…
On recense en Europe quelques grandes forêts préservée comme celle de Bialowieza en Pologne, ou celle de Perucica en Bosnie-Herzégovine ou dans l'extrême Nord de la Scandinavie ou encore dans certaines parties de la Sibérie. J’ai eu la possibilité de visiter la forêt de Bialowieza… C’est vraiment magnifique. Si un jour vous allez faire un tour en Pologne prenez le temps de passer la voir… Si comme moi vous aimez la nature au sens premier du mot, vous ne le regretterez pas.
Si j’osais faire un parallèle, je dirais qu’autant les parcelles de la forêt de Fontainebleau ont inspirées les artistes du XIXème siècle, ce qui a engendré le premier classement en réserve de l’histoire humaine… Autant c’est la forêt deBialowieza qui a inspirée les sylviculteurs du mouvement Prosilva et la théorie de la futaie jardinée… Comme quoi on peut être forestier et un petit peu artiste !