Je voulais vous dire…


Un blog qui parle de politique, de social, d'environnement... De la vie quoi!


vendredi 27 novembre 2009

Soyons honnêtes, Chirac est un vieux beauf

Si vous êtes comme moi un amateur gourmand du grand Journal de Canal, et plus particulièrement des amuse-gueules de Yann Barthes, vous n’avez certainement pas pu échapper à la petite vidéo montrant Jacques Chirac en pleine… Comment dire… C’est bien ça le problème, on ne sait pas trop comment qualifier cette remarque prise sur le vif…

Bon, je vous la remets histoire de resituer les choses.



Alors c’est quoi ça ? Ça veut dire quoi ces mots ? C’est du racisme ? De la connerie ? Des préjugés ? C’est quoi exactement ces paroles qui sortent de la bouche de notre ancien Président de la République et membre du Conseil Constitutionnel ?

Ce n’est pas si évident que ça de répondre à ces questions… Et c’est tellement si peu évident que je n’ai pas beaucoup lu sur le sujet depuis que cette vidéo est sortie.
Au début, lorsque je l’ai vu pour la première fois, j’ai bondit. J’avais encore en tête la saillie de l’ineffable Hortefeux sur les auvergnats et aussitôt mon esprit à fait le rapprochement. Et puis, quelques jours plus tard (c'est-à-dire ce matin…), alors que je m’apprêtais à pondre quelque chose sur cette affaire et me lancer dans une diatribe venimeuse sur le racisme et sur la différence de traitement qu’il existait entre le Sinistre Hortefeux et l’ancien Président, je me suis mis à réfléchir…

Si la vidéo n’a pas fait le buzz que je croyais qu’elle ferait, c’est peut-être parce que finalement ce qu’elle nous dit n’est pas que Chirac est un raciste de première, mais peut-être simplement un vieux con.
Un vieux con bourré de préjugés.

Lorsque Chichi demande au jeune homme d’où il est, je pense qu’il s’attendait à ce que celui-ci lui réponde en lui citant son pays d‘origine. Manque de bol, son pays d’origine c’est la France, mieux c’est le patelin d’à côté… Le vieux s’en trouve alors déstabilisé et maladroitement essaye d’exprimer son trouble. Rien de bien méchant là-dedans en fait, si ce n’est l’évidence de son schéma de pensée archaïque. Les basanés sont forcément des étrangers.

Donc, ce n’est pas vraiment du racisme, il faut bien le reconnaitre. C’est juste de la connerie. De la bonne connerie bien franchouillarde. Tout amoureux des arts premiers qu’il est, Jacques Chirac a toujours flirté avec la beaufitude teintée de xénophobie qui est le propre malheureux d’une bonne partie de notre société Française. On se souvient tous du « Bruit et l’odeur ». On remarquera simplement que la sagesse ne vient pas obligatoirement avec l’âge.

Ce constat étant fait, je vois deux façons d’envisager les choses.

On pourrait se dire avec optimisme que ce genre de discours est l’apanage des vieilles générations et se contenter de le regretter. Les vieux cons ont l’avantage d’être vieux, c'est-à-dire qu’ils ne devraient pas durer encore bien longtemps… Attendons un peu et demain, avec du bol, on ne devrait plus avoir à supporter de tels propos. Sauf que ces mêmes mots, ces préjugés débiles, ont les retrouves malheureusement dans la bouche de personnes plus jeunes… N’est-ce pas monsieur Valls ?

Ou alors, on pourrait voir les choses sous un angle pessimiste. La connerie n’est pas une question d’âge. Elle est universelle. Il y aura toujours du racisme et des préjugés car il y aura toujours des cons… Triste perspective s’il en est, et pour ma part, j’aurais malheureusement tendance à envisager cette seconde possibilité.

Mais en tous cas, ce qui est sûr c’est que ces mots ne sont pas comme le décrit le porte parole de l’UMP, Dominique Paillé, de « l’humour ».

Car la connerie n’est pas drôle, jamais.

jeudi 26 novembre 2009

DSK vs Sarko ? On n’est pas dans la merde…

Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais impatient de voir Dominique Strauss-Kahn dans ma télé hier au soir. Enfin quand je dis impatient, faut quand même pas exagérer… Je n’en n’étais pas à trépigner devant mon poste comme un gamin, ni même à saliver par avance dans la perspective de cet événement.
J’étais un peu dans un attentisme prudent comme on dit, mais faut croire que cette position était déjà présomptueuse.

Je ne sais pas à quoi je m’attendais, ni même pourquoi j’attendais quelque chose d’ailleurs… C’est sans doute parce que la plupart des sondages annonce DSK comme vainqueur contre Nicolas Sarkozy au deuxième tour si jamais celui-ci venait à se présenter… Ouais, ça doit être ça.
Mais bon, à la fin de l’interview, j’ai bien été obligé de constater que les journalistes de Canal, soi-disant « incisifs et « décalés », n’ont pas été plus à la hauteur de leur job que ne l’ont été ceux du Figaro.
DSK n’était là qu’en tant que directeur du FMI et n’entendait pas se laisser entrainer sur le terrain de la politique Française. Et c’est qu’il est doué le bougre pour éluder les questions !

DSK a donc fait son show. Il a déballé sur le tapis rouge qui lui était offert son plan com, avec maitrise et professionnalisme. Il s’est présenté comme le toubib de la finance mondiale. Le sauveur du monde et grand réformateur du capitalisme.

Sur l’état du parti Socialiste, quedalle. Sur la politique de Sarkozy, re-quedalle. Sur ses ambitions post-FMI, re-re-quedalle.

Bref, on fait des sondages, on parle de lui, mais lui ne sonde personne et ne parle à personne.

Mais cette non-communication a quand même un sens. En se tenant loin des bisbilles et des guéguerres franco-françaises, DSK assoie son aura de présidentiable par rapport à d’autres qui ne font que la ternir jours après jours.
Car, je dois bien l’admettre même si je suis le premier à critiquer lorsque l’on parle plus des personnes que des idées, DSK à la gueule de l’emploi. Il a une stature de présidentiable, c’est indéniable.
Et c’est là que je me dis que peut-être le plan de Sarko qui consistait à se défaire d’un opposant potentiellement fort en l’envoyant à Washington, peut-être que ce plan-là ne fonctionnera pas comme il l’avait prévu.

Bon après, même si effectivement le DSK se présente sur la ligne de départ aux présidentielles de 2012, je ne dis pas que je vais voter pour lui pour autant. Pour moi cela reste un libéral. Pire, c’est un libéral qui se planque derrière une façade socialiste ce qui à mon sens est autrement plus critiquable qu’un libéral bon teint !

Alors on va bien voir ce que cela va donner… Mais si j’étais lui je profiterais un max de cette position excentrée pour entretenir mon image de médecin du monde, pour ensuite endosser la blouse beaucoup plus étroite mais néanmoins prestigieuse de sauveur de la France… Ouais, ça pourrait marcher. Enfin, ça pourrait marcher auprès des socialistes je veux dire. Car pour ce qui est de la vraie gauche, le DSK vaut pratiquement un Sarko. Et c’est la France qui se retrouverait dans la merde dans les deux cas…

mercredi 25 novembre 2009

Merci Cécile !

Hier, dans un commentaire sur le fil de « Le Téléthon, pompe à fric pour les gogos », Cécile me faisait, nous faisait, la remarque suivante :
« D'ac avec toi Gwen... Vais pas revenir sur ce qui s'est déjà dit... Toutefois ça m'énerve un peu tout ça… Les rédactions, les blogueurs tombent dans le piège: La grippa, la main de Thierry, Bergé etc... Et pendant ce temps, la merde se répand allègrement par tous les interstices de la vie du peuple passif et manipulé...*_* »

Ce qu’il y a de bien avec Cécile, c’est que non contente d’écrire de merveilleuses histoires. Non contente de nous apporter un peu de poésie dans ce monde de brute, Cécile est une femme qui sait mettre les choses en perspectives, et sa petite remarque postée en début de matinée, a eut le don de me faire réfléchir une bonne partie de la journée…

A un point tel que je me suis dit que j’allais vous en parler aujourd’hui. Ben oui, il n’y a pas de raison que je sois le seul à réfléchir, et ce blog est quand même un peu fait pour ça… Donc, je crois que l’on pourrait commencer par se poser la question suivante : Lorsque nous réagissons à l’actualité brulante, sommes nous manipulés ?

La première réponse qui me vient à l’esprit, et probablement parce que je suis un infâme gauchiste légèrement paranoïaque et relativement instruit, c’est oui. Oui nous sommes manipulés, oui je suis manipulé.

Mais en même temps, j’ai envie d’ajouter que nous le sommes tous et que c’est même à la rigueur normal… Normal, dans le sens de logique, pas dans celui de « cela est bel et bon ».

Depuis quelques jours, les faits d’actualité nous sautent à la gueule comme des flashs, sollicitant de notre part colère, jubilation, interrogation, et réponses immédiates. Le problème d’éthique que soulève la main de Thierry Henry, la pandémie de grippe A, la polémique sur le Téléthon… Tout ça nous accapare au jour le jour. Nous sommes dans la réaction instinctive, et non plus dans la réflexion. Nous sommes dans l’émotion, et non plus dans l’action.

A ce niveau, j’ai envie de dire que là encore c’est normal. L’être humain est un animal qui fonctionne à la fois avec sa réflexion ET avec son émotion. L’un ne va pas sans l’autre et heureusement. La réflexion froide sans une once de cœur ressemblerait bien trop à du pragmatisme, et vous savez que j’ai ce concept en horreur. De même, si l’on se laissait aller à ne réagir qu’avec le cœur, nous serions certainement tous mort avant la fin de journée. Donc, et c’est là que la remarque de Cécile devient importante, il convient, je pense, de bien doser ces deux éléments.
Connaissant donc la nature humaine, il devient alors tentant pour un gouvernement de créer la réaction afin de juguler la réflexion et l’action. C’est une pratique à laquelle ce gouvernement nous a habitués, et il en use fréquemment sous la forme de diversions savamment orchestrées.

Mais tout n’est pas de son fait… L’histoire de la qualif de l’équipe de France par exemple est un événement fortuit qui a crée une réflexion et un buzz important, et je ne pense pas que Sarko soit derrière tout ça quand même ! (Non ?)

Alors oui, la richesse de l’actualité peut faire que nous nous focalisons sur un événement qui nous parle plutôt que sur un autre. Oui, d’autres choses se passent pendant que nous regardons notre nombril…

Mais qu’y pouvons-nous ? Pensez-vous qu’il soit aisé de toujours remettre en perspective un événement ? Ce genre de chose se fait à tête reposée, lorsque le tumulte s’est éteint.
Et puis, ne pensez-vous pas que si l’on passait son temps à relativiser les choses à outrance, celles-ci passeraient alors inaperçues ?
Je veux dire par là que l’on peut toujours trouver plus important. On peut toujours trouver plus grave qu’une polémique sur la charité-bizness ou qu’une bisbille sur une petite phrase. Un enfant meurt de faim toutes les six secondes, une femme meurt sous les coups de son compagnons tous les deux jours, un dixième du budget de Microsoft sauverait la faim dans le monde… Oui c’est vrai, on le sait tout ça… Et ce n’est pas parce que l’on réagit sur le moment à un événement qui n’aura que peu d’importance dans dix ans, qu’on l’oublie pour autant.

Pour ma part, je pense qu’il faut savoir faire la part des choses. Il y a d’un côté les événements quotidiens qui recèlent une réflexion ou un intérêt général (comme le Téléthon), et les grandes questions politiques et philosophiques de ce monde.
Les deux sont interconnectées, bien sûr, mais je pense qu’elles doivent être traitées indépendamment.

Un article sur le buzz du moment est une chose, et un autre sur le fond en est une autre. Et les deux ont leur importance. Le tout étant de ne pas privilégier l’un au dépend de l’autre…

Je ne sais pas si ces quelques mots vous aurons aidés en quoi que ce soit, ni même si je me suis suffisamment bien exprimé pour vous faire comprendre ma pensée… J’écris ça un peu comme on lance un débat et j’attends de vous que vous m’apportiez votre analyse et votre propre questionnement…
En tous cas, le fait est que la remarque de Cécile m’a fait m’interroger sur mon rôle de blogueur et sur mon rôle de citoyen militant. Et en cela, je lui dis : Merci Cécile !

mardi 24 novembre 2009

Grippe A, liens et petite flemme

Rien de bien important à vous dire aujourd’hui… J’ai bien pensé rebondir sur l’histoire de la grippe A mutante et la formidable augmentation des cas de grippés en France, mais comme en ce qui me concerne mon avis est déjà fait, je ne vois pas en quoi ça me serait utile.


Par contre, ce que je peux faire, c’est vous fournir des compléments d’information, à vous qui ne vous êtes pas encore fait d’avis… Ouais, ça je peux le faire.

Alors, il y a d’abord le très bon article d’Aude sur le sujet, qui reprend les données d’un autre article celui du Docteur Dominique Dupagne.
Eric, s’y est également collé et pose le problème de savoir où le gouvernement a-t-il bien pu pêcher les chiffres astronomiquement « effarants » de la progression de la maladie, sachant que le diagnostique n’est pratiquement jamais vérifié par des analyses.

Enfin, et grâce aux conseils avisés de l’ami Pseudo, je vous engage à écouter l’émission de Daniel sur Là-bas si j’y suis. Sans se prononcer sur la question faut-il se faire vacciner ou pas, l’émission nous raconte comment fonctionne les autorisations de mises sur le marché des médocs… A vous faire froids dans le dos si vous êtes néophytes en matière de manipulation libérale.

Sinon, vous pouvez aussi jeter un œil sur mon article de l’année dernière concernant l’affaire des terroristes d’ultra-gauche… c’est là, à droite. Un an plus tard, je m’aperçois que les choses ne changent pas vraiment.

Bonne journée à tous.

lundi 23 novembre 2009

Le Téléthon, pompe à fric pour gogos

Je savais Pierre Bergé pété de thunes et homme de goût. Je savais aussi que l’homme était l’ancien compagnon du couturier Yves St Laurent. Je savais également Pierre Bergé de gauche et soutien financier des délires de Ségolène Royal, et qu’il avait cessé récemment…

Bref, Pierre Bergé est un homme complexe. A part son soutien à l’autre folle, tout le monde pouvant faire des erreurs, je le trouve plutôt sympathique, et encore plus depuis ses déclarations faites ce weekend sur le Téléthon.

Voici ce que Pierre Bergé a déclaré au micro de l’émission Parlons Net :

« Le Téléthon parasite la générosité des Français. Le Téléthon capte la générosité des Français d’une manière populiste en montrant des enfants myopathes, en exhibant le malheur des enfants. Et tout ça, je trouve ça absolument inadmissible. »

Ouah ! Ça c’est envoyé !

Bon, bien sûr tout ce qui compte de bienpensants dans ce pays lui est aussitôt tombé sur le râble, et les journaux de ce début de semaine ne parlent que de ça.
Comment ose-t-il s’attaquer ainsi à une telle institution ! C’est une honte ! Tout ça c’est parce qu’il est jaloux que le Sidaction, dont il est le président, ne gagne pas autant d’argent !

La palme de l’hypocrisie indécente, revenant bien sûr à l’inénarrable roquet de l’UMP, Frédéric Lefebvre, qui s’étonne que la Royal, si prompte à dégainer habituellement, se taise sur le sujet. Il lui demande de se prononcer sur les propos de l’homme d’affaire et note que Pierre Bergé « vient de réaliser une grande première: l'appel d'un homme de gauche à ne pas aider les gens qui souffrent ! ». Fin de citation.

Franchement, je me fous de savoir si Pierre Bergé est jaloux ou pas. Moi, ce qui m’intéresse, c’est cette réaction médiatique, ce tollé général qui s’abat sur le bonhomme, alors qu’il n’a fait que dire une chose avec laquelle je suis entièrement d’accord…

Chaque année, et ce depuis 22 longues années, le Téléthon m’emmerde.

Il m’emmerde pour deux raisons. La première, est que je n’aime pas que l’on m’impose quelque chose. Le squat de toutes les chaînes du paf, les appels incessants aux dons, tout cela je le ressens comme une agression. Il m’arrive d’être généreux, lorsque j’ai les moyens de l’être, mais je ne le suis que si je le veux, et quand je le veux. Je n’ai pas besoin de m’entendre dire où et quand. La générosité, c’est quelque chose de personnel, c’est une question de conscience.

Et ce qui m’emmerde le plus, c’est quand une noble cause se voit transformée en un sordide spectacle. Un racolage plein de bons sentiments dégoulinants, savamment organisé pour faire pleurer dans les chaumières et faire cracher le gogo au bassinet.
Rien ne nous est épargné. Chaque année enchérie sur la précédente en termes de voyeurisme et de culpabilité. Utiliser de telles méthodes de propagande pour inciter la ménagère à fouiller ses fonds de tiroirs, je trouve ça profondément malsain et dégradant.

Donc, je suis plutôt d’accord avec ce que vient de dire Pierre Bergé.

D’ailleurs ma critique porte aussi sur le Sidaction… Je ne supporte pas ce port ostentatoire du ruban rouge une fois dans l’année. Comme s’il fallait absolument afficher aux yeux de tous que l’on est solidaire. Le politiquement correct porté en drapeau, la bien-pensée revendiquée et jetée à la face du monde.

Alors, bien sûr, j’entends déjà la masse grouillante des cul-bénits me vouer aux gémonies pour oser m’en prendre au Téléthon…
Rien à battre, j’ai ma conscience pour moi. D’ailleurs, je considère que dans l’absolu, des associations celle-ci, Téléthon, Sidaction, Restos du Cœur, etc, ne devraient même pas exister.
Elles ne sont que des substituts pratiques aux manquements de l’état, rien de plus. Du libéralisme pur au service des intérêts privés. La charité privée est une façon de cautionner le désengagement de nos institutions et elle justifie la réduction des dépenses en matière de recherche scientifique publique et de sécurité sociale.

Pensez-y la prochaine fois que vous serez sollicités par le charity-bizness !

Tiens, cette histoire me fait penser à cette chanson de Genesis…


Genesis-Jesus He Knows Me(Video Clip)
par genesis26

dimanche 22 novembre 2009

Une histoire de lynx (2)

Bon, où j’en étais moi ? Ah oui, nous voilà donc partis à la chasse au lynx !

Bon, avant que de continuer mon histoire, laissez-moi tout de même vous toucher deux mots sur la problématique lynx. Car oui, il y a forcément une problématique lorsque vous réintroduisez dans un milieu, quel qu’il soit, un grand prédateur qui en avait disparu.

Rassurez-vous, je vais essayer de faire simple et concis.
Dans un monde idyllique, un monde où l’homme n’aurait pas eu son mot à dire par exemple, le lynx ne se serait pas trouvé exactement au sommet de la chaîne alimentaire. Disons qu’il aurait été sur la deuxième marche du podium, ce qui est déjà pas mal. Au dessus de lui, seul animal susceptible de se faire du lynx pour son petit déjeuner, trônerait le loup.

Pas de bol, l’homo sapiens (l’homme intelligent tu parles !), dans le souci de protéger ses activités pastorales est venu foutre un peu le bordel dans cette belle hiérarchie, et a non seulement exterminé le lynx, mais aussi le loup. Résultat, l’élevage de nos animaux de ferme préférés s’en est trouvé grandement facilité, mais la vie des proies habituelles de nos deux amis s’en est trouvée elle aussi simplifiée. Chevreuils, chamois, lapinous, que sais-je encore, se sont retrouvés à prospérer offrant par ailleurs de supers gibiers pour l’homme qui pouvait ainsi prendre/usurper la place du prédateur absolu.

Sauf que lorsqu’on pique la place du patron, encore faut-il en assumer les responsabilités et faire le boulot correctement. Et ça, l’homme il n’a pas su faire.

Avec le temps la chasse, est passée de nécessaire à facultative. Notre époque moderne en a fait un loisir. Et encore, un loisir mal vu par une population citadine et ignorante qui tire à boulets rouges sur ceux qui le pratique encore. Des petits cons, prétendument défenseurs de l’écologie, mais qui en fait n’y connaissent rien, entre nous soit dit.
La paresse qu’apporte la modernité est également responsable de la disparition progressive de la chasse. En effet, à part quelques passionnés, qui a envie de se lever nuitamment pour crapahuter pendant des heures à la recherche de sa pitance alors qu’il suffit pour cela de se rendre au supermarché du coin ?

Bref, l’homme ne joue plus son rôle de régulateur. Résultat les populations d’herbivores explosent, et mettent en danger les cultures, et le serpent se met à sucer sa queue
Pour essayer de remédier à ce bordel, des scientifiques ont donc eu l’idée de réintroduire dans la chaîne alimentaire les prédateurs précédemment exterminés. Bonne idée me direz-vous, sauf que tous les hommes ne sont pas des scientifiques et n’ont pas une vision complète de la chose. Et plus particulièrement ceux qui sont à même de côtoyer directement les prédateurs en question.

Les chasseurs gueulent parce qu’ils ont peur d’avoir de la concurrence… Sauf que, comme ils n’arrivent pas à faire leurs cotas, ils sont plutôt mal placés pour gueuler.
Les éleveurs ont peur de voir leurs troupeaux attaqués… Et là ils n’ont pas tord. Car le lynx ou le loup sont des animaux avec un cerveau simple. Pas du genre à s’encombrer de principes moraux si vous voyez ce que je veux dire. Plus on fait simple, mieux c’est. Et égorger un mouton crétin c’est quand même plus simple que courir après un chevreuil en pleine forme (Sans parler des cornes).
Donc problèmes et forcément problématique.

Ca va ? C’était pas trop long ? Allez, on retourne à l’histoire !

Donc nous voilà partis en direction de la forêt du Turet au lieu-dit du Creux de l’Enfer (Brrr !!).
Nous retrouvons les Suisses sur un parking au pied du massif. Là, surprise, ils sont plutôt nombreux. Vachement nombreux même. Quatre spécialistes avec deux gros 4X4 chargés jusqu’à la gueule de matériel, et une flopée de bagnoles particulières remplies de « spectateurs privilégiés ».
Il faut savoir que les programmes de recherche Suisses fonctionnent énormément sur des dons privés. Pratique libérale s’il en est, et qui comme de par hasard entraine tout une série de petits privilèges comme par exemple de pouvoir assister à une capture en échange d’un don important. Pour le coup, c’est donc une douzaine de privilégiés qui sont là, appareil photo en bandoulière et petite chaussures de ville.
Mon camarade et moi tiquons. C’est vrai quoi, la science est quelque chose de sérieux et cette bande de joyeux et (très) bruyants touristes n’est pas vraiment fait pour nous plaire. Mais bon, ce sont les Suisses qui commandent, alors nous fermons notre boite à camembert française.

De toute façon, pour l’heure il n’y a rien d’autre à faire pour eux qu’attendre. Nous sommes partis, mon pote et moi, le garde chasse et deux Suisses munis d’une antenne de localisation à la main à la recherche de Maman Lynx. Moi je me dis qu’avec tout le boucan que font nos amis donateurs, la maman sait déjà qu’on est là depuis belle lurette… Et je n’avais pas tord.
Voici comment les choses se passèrent. La première chose que fit Maman Lynx en nous entendant, ce fut de mettre ces bébés à l’abri. La configuration géologique est telle que de nombreux éboulis recèlent plein de petites grottes et donc les cachettes ne manquent pas. Puis elle se posta entre nous et la grotte pour parer à toute éventualité. Voyant que continuions à avancer vers elle, elle entreprit alors de faire diversion en essayant de nous attirer vers elle. Mais ce n’était pas elle que nous recherchions, c’était sa progéniture… Il nous a donc suffit de continuer dans la même direction, sans suivre Maman Lynx, et ils nous sommes tombés droit sur l’éboulis où se cachaient les petits… Après quelques fouilles infructueuses dans les anfractuosités (Essayez un peu de le dire à voix haute plusieures fois de suite qu’on rigole !), nous les avons enfin trouvés. Trois petites boules de poils de trois semaines, tapies au fond de leur trou.

Les attraper ne fut pas chose facile. C’est qu’à trois semaines ces petites bêtes ont déjà griffes et dents pour se défendre ! Le type qui s’en chargea avait la main en sang ! Mais bon, bon an mal an les trois chatons furent mis dans des sacs et nous sommes redescendus vers le parking où les autres avaient déjà commencé à déballer le matériel. Au loin on entendait Maman Lynx pousser des cris déchirants

Ensuite, il a fallut passer aux examens proprement dits. Pose d’une marque à l’oreille de chacun des petits. Pesée. Radiographie complète. Prise de sang. Echantillons de flore intestinale… Rien ne leur fut épargné à ces pauvres chatons ! Et pendant tout le temps où on les malmenait, ça feulait et ça crachait à qui mieux-mieux !
Pour ne rien arranger, les joyeux donateurs eurent le droit de les prendre dans leur bras pour faire des photos… A chaque fois qu’un flash se déclenchait, les pauvres bêtes miaulaient de peur. J’étais écœuré.
De voir ces petites têtes dépassant de leur sac orange, ballotés de mains en mains pour le plaisir de quelques bobos friqués qui s’arrogeaient le droits de les tripoter sous prétexte qu’ils avaient offert de l’argent… Cela m’a choqué. Encore aujourd’hui, quand j’y repense, j’ai envie de hurler.

Cela pris bien deux heures pour terminer l’examen des trois chatons. Tripotage compris. Lorsqu’il fut le moment de les ramener dans leur grotte, les crétins en chaussures de ville se mirent à pousser des « au revoir ! » avec plein de gestes de la main… Normal : Quand on est con, autant aller jusqu’au bout.

A la fin, j’ai quand même fait part de mon ressenti au garde chasse. Je ne me souviens plus exactement ce que je lui ai dit, mai en gros ça disait que l’on était loin des pratiques scientifiques de terrain dont j’avais l’habitude, et que tout ce foin autour des petits était préjudiciable pour eux. Il était d’accord, mais ne pouvait rien y faire… Il me rassura cependant en me rappelant que ce n’était pas des oiseaux et que leur mère n’allait pas les abandonner s’ils sentaient l’homme.
Ouais, d’accord, mais ce ne sont quand même pas des façons de faire…

Le lendemain, je me suis mis à l’écriture de mon rapport sur cette soirée. Rapport qui, vous vous en doutez probablement, ne fut pas très gentil envers nos confères helvétiques. Il me fut même reproché d’exagérer les choses !
Ben voyons !

Cela-dit, cette rencontre avec ces trois petits lynx fut pour moi un vrai bonheur. Pendant ce moment, j’ai vraiment eu l’impression d’être utile à quelque chose. Bref, ce fut une expérience merveilleuse et je me souviendrais jusqu’à la fin de mes jours de cette soirée de juillet 1995…

Allez, je vous laisse ! Passer un bon dimanche et on se retrouve bientôt !

Ps : Les cinq dernières photos sont de moi et ont été prises lors de cette fameuse soirée. Cliquez dessus pour les agrandir.

samedi 21 novembre 2009

Une histoire de lynx

Il y a quelques années, dans une autre vie, j’étais un gardien d’arbres. Un simple gardien d’arbres.
Les arbres, c’est assez facile à garder. Ils ne sont pas du genre à se faire la malle en douce le soir venu. Ils sont du genre contemplatif. Du coup ceux qui les gardent le deviennent un peu eux aussi. Et croyez-moi quand je vous dis que contempler les montagnes du Jura, c’est cool. Méga-cool.

Tout ça pour dire que le soir venu, alors que d’autres ne pensent qu’à rentrer chez eux pour jouir d’un repos bien mérité, moi et quelques-uns on était du genre à en redemander sans problème. Le travail à ce niveau-là, c’est du bonheur en barre et comme le bonheur est quelque chose qui passe, on ramasse tout ce qu’on peut, tant qu’on peut.

Mais peut-être devrais-je commencer cette histoire par le début… Le début, c’est quand à l’occasion d’une conversation avec le garde de l’ONC du coin (l’ONC c’est l’Office National de la chasse), j’ai appris que sur les bords du lac Léman, le long d’un petit cours d’eau nommé le Boiron, résidait une famille de castors
Une vraie famille avec le papa, la maman et les bébés castors. Ils vivaient tranquillos dans leur maison à castors, au milieu des fermes et des champs. Parfois ils s’en allaient bouloter les pommiers du voisin, mais bon globalement on les laissait en paix.
Je n’avais jamais vu de castors… Enfin pas en vrai je veux dire. Et franchement, je ne me doutais pas que l’on pouvait en observer encore en France. Aussi, lorsque le garde chasse nous proposa à mon collègue et à moi de participer à un affut nocturne histoire de vérifier si tout allait bien pour eux, nous avons sauté sur l’occasion.
Rendez-vous fut donc pris pour un soir de la semaine suivante.

Le jour venu, mon pote et moi étions tout excités par notre prochaine rencontre. Aussi, nous avons un peu fait la gueule lorsque le garde chasse vînt nous annoncer dans l’après-midi que nous ne pourrions pas aller voir les castors. Devant nos mines déconfites, il sourit et nous demanda alors si nous étions intéressés par quelque chose de mieux. Quelque chose de mieux ! Qui avait-il de mieux que d’observer des castors dans leur milieu naturel ?
En effectivement le garde avait mieux à nous proposer, beaucoup mieux.
En fait, s’il avait du décommander notre escapade c’était parce qu’il devait accompagner un groupe de chercheurs Suisses sur le territoire de la réserve. Et pas n’importe quels chercheurs, des types chargés du suivi de réintroduction du lynx sur le territoire de confédération, venus procéder à des captures et à des marquages chez nous en France. Et il nous proposait, si notre directeur était d’accord bien sûr, d’être présents lors de l’une de ces opérations en tant qu’observateurs de la Réserve Naturelle…

Comment ? Nous allions assister à la capture d’un lynx ! Des lynx, c’est quand même autre chose que des castors !

Heureusement le directeur ne fut pas difficile à convaincre. Il serait bien venu lui-même, mais une méchante réunion administrative le retenait. Il nous chargea cependant de bien faire notre boulot d’observateur et de lui pondre un compte rendu circonstancié.

Ah oui, faut quand même que je vous dise pourquoi ces Suisses étaient venus chez nous…

Nos amis suisses sont de grands défenseurs de l’environnement. Ca on le sait. Et donc, au début des années soixante-dix ils décidèrent de réintroduire un des plus beaux grands prédateurs que l’évolution nous ait laissé, le lynx d’Europe, ou lynx Boréal, ou encore Lynx Lynx pour les intimes.

Le problème, voyez-vous, c’est que non content de se reproduire assez facilement dans un environnement protégé, le lynx a également une très piètre connaissance des frontières ainsi qu’une énorme propension à prendre ses aises. Trente ans plus tard, nos amis les félins ont donc essaimé un peu partout et quelques-uns sont venus s’installer directement sur les plates bandes des voisins Français, Allemands et Italiens. Ajoutez à ça le fait que le territoire de chasse d’un lynx est au minimum de 10 000 hectares, et vous comprendrez que la rencontre entre le jurassien et la bête avec du poil sur les oreilles était inévitable.

Et c’est donc ce qu’avait fait une femelle, elle avait décidé de venir chez nous pour trouver un endroit sympa et pouvoir mettre au monde ses petits.
Il faut savoir que le lynx n’est pas vraiment casanier comme animal. Nous avons vu que son territoire peut être grand comme la moitié d’un département, et le félin passe donc son temps à arpenter ses terres pour se nourrir. Il ne dort au même endroit que le temps nécessaire pour lui de dévorer son chevreuil dominical. Aussitôt fait, il reprend la route à la recherche d’autre proies et peut ainsi parcourir des distances énormes.

La femelle dont nous parlons était équipée d’un collier émetteur, ce qui fait que les Suisses savaient en permanence où elle se trouvait. Lorsqu’ils se rendirent compte qu’elle ne s’éloignait plus de la forêt du Turet, au pied du col de la Faucille, ils supposèrent donc qu’elle devait avoir mis bas.
Une opération fut organisée afin de capturer le ou les petits, et de procéder éventuellement à des marquages et des examens. Et c’est à ça que le garde chasse nous proposait d’assister !

Du coup bien sûr, l’observation d’une bête famille de castors perdait son intérêt, vous en conviendrez…

Et donc, à la nuit tombée, nous voilà partis à la chasse au lynx !

A suivre…