Je voulais vous dire…


Un blog qui parle de politique, de social, d'environnement... De la vie quoi!


vendredi 25 juillet 2008

Le territoire sacrifié

Bonjour tout le monde ! Allez, on va reparler un peu de la réforme des armées, ce que le gouvernement appelle pudiquement « plan de modernisation de la Défense ». Hier, j’ai regardé l’intervention du premier ministre François Fillon (premier ministre… Depuis un an, ces deux mots me font sourire !), accompagné du ministre de la défense Hervé Morin, et de Hubert Falco, secrétaire d’état à… L’aménagement du territoire. Ces trois là lançaient la refonte de notre système de défense et en annonçaient les conséquences pour des centaines de milliers de militaires et de civils. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cette réforme se fera dans la douleur, comme un peu tout ce qui se fait depuis un an.
Comme dans la plupart des choses, je pense qu’il convient de faire la différence entre le fond et la forme. Sur le fond, il existe un consensus général quant à la nécessité d’effectuer cette réforme. On est tous d’accord. Les militaires sont d’accord, le gouvernement est d’accord et les civils, jusqu’à présent s’en foutaient. D’ailleurs le premier ministre a bien expliqué que la menace ayant changée, notre armée n’avait plus besoin d’être spécifiquement orientée vers les anciens pays du pacte de Varsovie, la plupart ayant déjà rejoint l’Union Européenne. Donc, on a plus vraiment besoin de régiment de chars pour lutter contre l’envahisseur soviétique. On a plus besoin de bases aériennes de la FAS (Force Aérienne Stratégique) destinées à faire décoller des avions porteurs de missiles nucléaires (Non, ce genre de pruneau se balance maintenant en lousdé à partir de sous-marins, et leur portée à tellement augmentée que l’on peut maintenant frapper pratiquement tous les points de la planète sans être obligé d’envoyer un pilote…). Exit donc les bases de Mirages 4000 et 2000-N. De même l’artillerie n’est plus vraiment d’actualité ; On fait beaucoup mieux avec moins de matos en balançant des missiles guidés par lasers… Non, c’est vrai que les technologies ont tellement évoluées que certaines armes ne sont plus nécessaires. C’est comme ça.
Ce qui cloche donc, n’est pas le fond, mais la forme. Dans son discours le premier ministre répéta in-extenso la phrase de Nicolas Sarkozy : « L’armée a pour but de défendre la nation, elle n’a pas vocation à faire de l’aménagement du territoire » (Alors qu’est qu’il foutait là Falco ?). En clair, ça veut dire que le rôle social de l’armée est nié, que les implications humaines sont reniées. Dire une telle chose revient à supprimer tout simplement ce qui relie l’armée au peuple. D’autant que nier un des aspects du problème facilite grandement la tâche de ces réforma-tueurs. Puisqu’il n’y a pas de vocation sociale, il n’y a donc pas de problèmes sociaux… C’est réducteur, arrogant et criminel.
Concrètement quelques 83 sites vont devoir mettre la clef sous la porte. C'est-à-dire que 83 communes vont devoir se passer de rentrées fiscales, 83 communes vont perdre des élèves pour les classes. 83 communes vont voir leur marché immobilier prendre un coup derrière les oreilles. 83 communes vont devoir se passer d’une partie de leurs contribuables… Et je ne parle pas des 54 000 postes militaires qui vont être supprimés… Ceux-là, ils ont signé, c’est pour en chier. Et puis les ordres sont les ordres, le Fillon, il l’a bien rappelé aussi. Ceci est une réforme voulu par le chef des armées, votre chef, donc vous obéissez. Point barre. Non, vraiment, c’est ni fait ni à faire ce truc là. Par contre vous noterez que certains ont réussi à sauver leur peau… Depuis l’annonce du livre blanc, moult maires, députés et autres sénateurs ont fait le siège de Matignon pour négocier leur présence sur la liste ou non. Ainsi, certains régiments se sont vus maintenus alors que logiquement ils auraient dû passer à la trappe (Mourmelon par exemple). Alors bien sur, le gouvernement promet une enveloppe de 370 millions pour aider ces communes à passer le cap… mais cela suffira t’il ? N’est-ce pas plutôt un verre d’eau destiné à faire passer la pilule ? Il est clair que ces dernières semaines, l’activisme et le lobbyisme ont fonctionné à fond les manettes auprès des instances supérieures.
Si l’on regarde la carte des installations démantelées, on note que c’est essentiellement dans le nord-est de la France que les dégâts seront les plus importants. D’un côté, c’est logique puisque la plupart des sites, destinés à combattre le communisme, se trouvaient dans cette région. Mais d’un autre côté, il s’agit d’une région qui a déjà pas mal souffert. Une couche de plus donc, dans la triste destinée de cette partie de la France…
A titre d’info, je m’aperçois que la base de Taverny va fermer… C’est là que Sarko fit son service national et qu’il en retira une haine tenace de la chose militaire. La vengeance est un plat qui se mange froid dit-on.
Alors mes amis, vous qui êtes dispersés aux quatre coins de la France. Dites-moi un peu quel impact concret cela aura sur votre région. Les expériences de terrains seront toujours les plus parlantes.

mardi 22 juillet 2008

Le geste serbe

Qu’apprends-je ce matin alors que je sirotais mon premier mug de café ? L’on vient d’arrêter Radovan Karadzic à Belgrade. Comme ça, tranquillement, alors qu’apparemment il prenait le bus, les services secrets serbes aurait appréhendés l’ex-leader des serbes de Bosnie dans la matinée de vendredi dernier. Personnellement, je n’y croyais plus, et le procureur du TPI Carla Del Ponte non-plus. Et je vais même aller plus loin, je suis étonné que l’on est enfin arrêté cet homme. Et voici pourquoi :
Tout le monde se souvient un peu, quand même, de la guerre qui a déchiré l’ex-Yougoslavie dans les années 90. Le massacre de Srebrenica (8000 morts), le siège de Sarajevo (10000 morts), l’épuration ethnique à l’encontre des populations musulmanes de Bosnie et de Croatie, les camps de détention, bref, les accusations ne manquent pas à l’encontre de ce sinistre personnage. Karadzic est donc inculpé de crime contre l’humanité par le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY, voir l’article sur le CPI du 15.07.2008), de génocide, persécutions, exterminations, meurtres, déportations, actes inhumains et prises d'otages. Joli CV, à n’en pas douter, et malgré le nombre de charges pesants contre lui, ce bourreau continuait à vivre tranquillement en Serbie, pratiquement pas inquiété par le gouvernement et très peu recherché par les forces de l’ONU. Cette cavale aura durée 13 ans sur fond de bisbille entre Europe et Etats-Unis, et aurait pu se prolonger, car c’était prévu comme ça dés le début. Je m’explique :
A la fin de la guerre, il a bien fallut constater que la Yougoslavie, cette entité artificiellement maintenue en vie par Tito et le régime communiste pendant des années, n’existait plus. Le pays fort de la région, la Serbie, venait de se faire taper sur les doigts par les forces combinées de l’OTAN et de l’ONU, et ne demandait qu’à se faire oublier un peu. Le problème est que les idées radicales de Karadzic étaient, et sont peut-être encore, largement répandues dans le pays et le bonhomme, ainsi que ses sbires, considérés comme des héros. Lorsque le temps fut venu de reconstruire le pays, les serbes se tournèrent donc dans un bel ensemble communautaire vers Karadzic et sa flamboyante chevelure… Malheureusement pour lui, ce fidèle allié des USA c’est retrouvé en disgrâce vis-à-vis du l’opinion public européen, et avec un mandat d’arrêt international aux fesses, ça fait plutôt désordre pour un futur président de la république Serbe. Un deal fut donc mit au point par les américains pour calmer, autant que possible, la situation dans la région. Radovan Karadzic acceptait de se retirer définitivement de la vie politique, et en échange les Etats-Unis s’engageaient à ce qu’il soit recherché « mais jamais trouvé »… Ce sont les propres termes d’un des représentants du Département d'Etat. Recherché, mais jamais trouvé… C’est dingue, et pourtant ça a marché pendant 13 ans ! Le leader serbe se baladait au nez et à la barbe de tout le monde, mais n’était jamais appréhendé… Carla Del Ponte en était toute énervée, et elle quitta son poste de procureur l’année dernière en ayant un seul regret : Ne pas avoir mis Karadzic sous les verrous.C’est chose faite aujourd’hui. L’ex-leader serbe devrait être transféré dans les prochains jours vers La Haye où il sera jugé.
La question est donc de savoir ce qui à bien pu changer depuis ce fameux deal. Qu’est-ce qui a fait que la Serbie a changé son fusil d’épaule et décidée d’arrêter Karadzic ? Et bien tout simplement, un nouveau gouvernement vient d’être nommé il y a à peine dix jours, pro-européen, qui a bien entendu les conditions énoncées pour un rattachement à l’UE : Livrer les criminels de guerre. Comme quoi, si on doutait de la non-volonté politique d’arrêter ces monstres, cette subite réussite démontre bien qu’il s’agissait de cela : une protection tacite et organisée d’un criminel de guerre. La donne a changée donc pour les Serbes qui espèrent rapidement intégrer l’union et pour ce faire doive montrer des signes de bonne volonté. Quid d’une éventuelle réaction américaine ? Rien pour l’instant. En attendant, ce qui est sur, c’est que du côté de Washington on doit faire la gueule et espérer que certaines accointances serbo-américaines resterons secrètes…
N’oublions quand même pas que sur la liste des personnes « activement » recherchées, se trouve également Ratko Mladic, bras armé de Karadzic, qui lui court toujours… Mais pour combien de temps ?

jeudi 17 juillet 2008

Petite leçon d’économie pour les nuls

Alors oui, on sait tous que le monde va mal, que nous sommes dans ce que certains appellent une crise systémique globale qui va étrenner des bouleversements financiers, sociaux et politiques majeurs pour les années à venir… Mais il faut bien avouer qu’à moins d’avoir un bac+5 en économie, la plupart des informations que nous donnent les médias nous passent par-dessus la tête. Subprimes, bulle immobilière américaine, prêts à risques… Tous ces mots sont bien trop compliqués pour nos cervelles, ou tout du moins sont tellement abstraits que le quidam moyen n’entrave quedalle. Ce qu’il voit le quidam, ce sont les conséquences, c'est-à-dire ce qu’il met dans son assiette tous les jours, le plein d’essence de sa voiture, le prix du pain et du lait. Point barre.
Mais bon, on ne va pas subir pour autant cette suite de catastrophe sans en comprendre un minimum, non ? Aussi, je vais vous faire part de ce que moi j’ai compris, et je vais tenter de vous le faire partager, avec mes mots à moi. Et au final, vous verrez que ce n’est pas si compliqué que ça.
Alors voilà : En France, lorsque vous voulez acheter une maison vous allez voir votre banque pour demander un prêt. Ok ? Ce prêt, il peut vous être accordé ou pas, et cela va dépendre de plusieures choses. Mais la plus importante est votre capacité à rembourser : C'est-à-dire vos revenus actuels et futurs, ainsi que d’éventuelles cautions vers qui la banque va pouvoir se retourner en cas de défaut de paiement. Donc, le principe fondamental est que l’on ne prête de l’argent qu’à ceux qui sont capables de le rembourser. Normal, simple, classique.
Mais, voyez-vous, chers amis lecteurs, les américains, eux, ils ne font pas comme ça… Non non non ! La philosophie propre à ce pays de pionnier, de self-made-man qui conquière sa place au soleil à la sueur de son front tout en gagnant la « struggle for life » a fait que l’on ne prête pas de l’argent à un individu mais en fonction d’un marché… J’explique : Dans le marché de l’emploi US, les choses sont tellement aléatoires et changeantes que vous pouvez perdre votre job du jour au lendemain et ce, quelque soit votre statut. Un caprice d’actionnaire : Viré. Une baisse des bénéfices : Viré. Votre tête ne plait pas au petit-chef : Viré… Et ainsi de suite… Donc un banquier US, il ne va pas pouvoir faire confiance à un travailleur lambda et à sa capacité à maintenir le même train de vie tout au long de la durée du prêt. Logique, puisque celui-ci peut devenir SDF du jour au lendemain ! Non, le banquier US va se baser sur les sacro-saintes lois du marché. Dans sa tête, le banquier US, et conformément à la règle de vie américaine qui veut que le marché ne peut que progresser (et oui, je sais, ça parait débile, mais ils y croient/croyaient dur comme fer !), il va prêter l’argent nécessaire à l’achat de la maison en fonction de la valeur de revente que celle-ci aura à l’échéance du prêt. De plus, ce prêt sera à taux variable, indexé en fonction du taux directeur de la banque centrale américaine, cela va de soit. L’être humain ne rentre plus en compte puisque c’est la croissance qui se chargera de rembourser le prêt. Cette façon de fonctionner, pour aussi exotique qu’elle puisse paraitre, a fonctionnée pendant des années permettant à des personnes sans réels revenus fiables d’avoir accès à la propriété. Encore une fois je précise que même cela peut paraitre individuellement risqué, cette pratique c’est révélée collectivement sûre et rentable pendant des décennies. Jusqu’à ce que le dieu tout puissant du marché immobilier et sa demi-sœur, la déesse de la croissance abandonne les Etats-Unis…
Il arriva donc ce que n’importe-quel néophyte peut comprendre : L’édifice s’est écroulé.
En premier lieu, ce sont les américains moyens qui n’ont plus pu rembourser leurs crédits et se sont retrouvés en faillite personnelle. Puis les banques, qui ont donc saisi les maisons, ne se sont plus arrivées à recouvrer leurs créances en revendant le bien immobilier puisque le marché baissait… Faillite des banques donc. Puis cela à fait boule de neige. Les avoirs vérolés de ses banques éparpillés aux quatre coins de l’économie mondiale sous forme de portefeuille d’action et de fonds d’investissement ont commencé à plomber l’ensemble des marchés boursier et… Nous en sommes là.
Alors voilà, cette crise mondiale est essentiellement due à une conception erronée de l’économie. La croissance, cette déesse que vénèrent tant d’économistes, c’est avéré une bien piètre idole. Elle a abandonné ses disciples qui se sont noyés dans leurs propres certitudes. Le résultat : l’économie de la terre entière est secouée, des peuples vont crever de faim, des familles entières vont souffrir. Tout ça à cause d’une foi aveugle en un marché-roi, régulateur de la vie des gens et finalement destructeur. Shiva a revêtu un habit aux couleurs de dollars, et sa vengeance va s’appliquer sur le monde…
Bien ! Moi, c’est comme ça que j’ai compris les choses. Ce qui ne veut pas dire que j’ai forcément tout saisit ! Si vous avez à redire à cette analyse, n’hésitez pas ! (Mais allez-y mollo quand-même… J’ai ma fierté…)

mercredi 16 juillet 2008

La photo de la semaine


Jeux de lumière...

mardi 15 juillet 2008

Justice oui, mais pas pour tout le monde

Il faut bien le dire, on s’attendait à ce qu’un jour un telle événement se produise… Le procureur de la Cour Pénale Internationale, Luis Moreno-Ocampo, vient de réclamer un mandat d’arrêt contre le président en exercice du Soudan, Omar el-Bechir, pour crime de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. C’est une première qui ne restera pas sans conséquences.La Cour Pénale International (CPI) créée en 1998 siège à La Haye au Pays-Bas. Elle est une émanation des Nations Unies qui par ce biais voulait donner des suites judiciaires aux « crimes les plus graves ayant une portée internationale ».
En clair, la CPI se réserve le droit de poursuivre toutes personnes convaincues de crimes de guerre, de crime contre l’humanité par un tribunal indépendant du conseil de sécurité de l’ONU. C'est-à-dire en principe, non-soumis aux pressions diplomatiques diverses. 106 pays ont actuellement acceptés de se soumette à ce principe comme vous pouvez le voir sur la carte ci-contre. Accepter d’être potentiellement jugé pour de tels crimes est, à mon avis, un signe de civilisation, voir une reconnaissance, devant la scène internationale, d’un droit supérieur qui limite les exactions et les dérives guerrières. C’est une bonne chose. Seulement tous les pays du monde n’ont pas ratifié ce fameux traité… Et pour ces pays, on peut légitimement supposer que si ils ne l’ont pas fait, c’est par crainte d’être poursuivit un jour. On notera que parmi ces pays, les Etats-Unis font triste figure… Et oui, il faut savoir que la USA se sont toujours opposé à être jugés pour d’éventuels crimes qu’ils seraient amenés à commettre lors de leurs guerres… Lors de la seconde invasion de l’Iraq, les USA avaient fait des pieds et des mains pour faire adopter un texte les exemptant de toutes poursuites. En ce qui concerne le mandat contre Omar el-Béchir, là aussi les USA protestent et réclament de la tempérance...
Pour le champion mondial de la démocratie flamboyante qui dénonce depuis des années les massacres du Darfour, c’est une attitude assez révélatrice de ce que ce pays est prêt à faire pour inculquer son mode de vie aux autres, non ? Et en fait, ils ont raison les ricains. Car depuis quelques années, il y aurait de quoi faire en matière d’inculpation de militaires et de politiques américains. A commencer par ceux qui ont inventé Guantanamo par exemple… Mais bon, ne critiquons pas trop, car dans le pays de l’oncle Sam, plusieures actions sont en cour pour traduire en justice le président Bush… Est-ce qu’elles aboutiront un jour, là est la question…

lundi 14 juillet 2008

Le déshonneur du président

Pour ceux qui on eut la curiosité de jeter un coup d’œil à mon CV, il y a une ligne qui ne paye pas de mine. Une petite ligne de rien du tout, volontairement minimisée, presque autocensurée, mais qui revêt cependant pour moi une grande importance. Parmi mes multiples expériences professionnelles, c’en est une qui m’a marqué au plus profond de ma personnalité. Une expérience de deux ans, à une période charnière de ma vie, qui compte énormément pour moi mais que j’évite cependant de trop claironner. Bref, ces deux années font partie du processus fondateur du Gwendal.

Je suis lieutenant de réserve dans l’armée de l’air, et j’appartiens au GFCA, le Groupement des Fusiliers Commandos de l’Air. Et oui ! Je suis ce que l’on appelle un bourrin, un cocoye, un foutu para, un killer de première… Ou de moins j’ai été entraîné pour ça, et pendant deux ans je fus un officier exemplaire, très bien noté et respecté de ses hommes. J’ai même fortement envisagé d’intégrer l’école des officiers d’active… Bon, j’arrête là les fleurs, mais si je vous dis tout ça c’est que je me sens plus que légitime pour parler de l’armée, et c’est ce que je compte faire aujourd’hui.

Nous sommes le 14 juillet 2008 et c’est la fête nationale. C’est le jour de l’année ou l’on célèbre la révolution française et la naissance de notre nation, républicaine et laïque. Mais c’est aussi le jour ou la nation rend hommage à son armée. Et cette année, et c’est le moins que l’on puisse dire, l’armée n’est pas vraiment en ordre de marche.

La faute en est à ce fameux Livre Blanc publié le mois dernier et qui a rendu nos bidasses plus que furieux. A raison d’ailleurs comme nous l’allons voir. A cela s’ajoute l’accident de Carcassonne et la démission forcée du général Cuche… Là s’en est trop pour des officiers qui sont pourtant conscients de la nécessité de réformer l’armée en profondeur. Car c’est vrai, l’armée française est en piteux état.

Un peu d’histoire pour expliquer les choses. La suppression de la conscription, le service militaire, initiée par Jacques Chirac en 1996 entra officiellement en vigueur en 2001. Le problème est que malgré les multiples rapports et études diverses, l’état n’a pas vraiment anticipé la professionnalisation de son armée et a laissé pourrir tout un pan de son service public. A cela s’ajoute le fait qu’en supprimant le service militaire, l’état a également perdu cette occasion de créer dans la vie d’un homme un rendez-vous unique avec son pays. Une période qui permettait à chaque français de côtoyer ses contemporains, toutes catégories sociales confondues. Quoi qu’on en dise, cette période, qu’elle fut de 12 ou 10 mois, créait du lien social, avec son économie, ses règles et ses traditions.

Donc les militaires, tous grades confondus, sont conscient qu’il faut réformer l’armée française. Mais le problème est que ce qu’a proposé le gouvernement de Sarkozy est loin de leur convenir. Trop administrative, trop mercantile, pas assez humaine, voilà en gros ce que reprochent les officiers à cette réforme. Et surtout, et ça c’est le pompon, c’est une réforme qui s’est engagée sans eux. C'est-à-dire que même les plus hauts gradés n’ont pas été consultés sur ce qu’ils pensaient être le mieux pour leur métier.

Alors pourquoi à votre avis ? Et bien tout simplement parce que Sarko n’aime pas l’armée. Elle représente pour lui tout ce qu’il abhorre. Vous imaginez, le nain, le conseiller municipal de Neuilly, obligé d’apporter le café aux généraux de la base de Taverny en 1978 pendant son service militaire ? Ce fut sans doute une humiliation sans borne pour son égo déjà surdimensionné. Certains disent que depuis, le kaki l’indispose et qu’il lui préfère le bleu des uniformes de la police. Mais je crois que surtout les valeurs militaires ne sont pas celles de Sarkozy. La culture du devoir, de l’honneur, de la collectivité, du sacrifice, de la dignité et de la responsabilité, tout ça le dépasse, c’est hors de sa compréhension.

Pourtant les militaires ont votés en masse pour Sarkozy. Sauf que maintenant ils le regrettent. Car finalement qu’importe que le chef de l’état soit de droite ou de gauche, l’important c’est qu’il soit un chef, et un chef ça ne trahit pas ses hommes. Et ce Livre Blanc est une trahison : 54 000 personnels en moins, soit 17% des effectifs. Des régiments entiers dissous, des casernes fermées. Vous imaginez si cela devait arriver dans une autre partie de la fonction publique ? Mais je crois que la goutte d’eau qui a fait débordé le vase c’est la « démission » du général Bruno Cuche, chef d’état-major des armées à la suite de la fusillade de Carcassonne… En effet, alors que de nombreux copains de Sarko sont maintenus dans leur fonction en dépits de résultats plus que négatifs, l’officier le plus haut gradé de l’armée est obligé de présenté sa démission. Mais ce que l’on ne dit pas, c’est que Sarkozy c’est ainsi débarrassé à peu de frais d’un personnage gênant, opposé à la réforme et très influant. C’est injuste, et pire encore, c’est déshonorant.

Mon ex beau-père me disait, alors que je lui demandais conseil sur la meilleure façon de commander (il était Lieut-Co à la retraite de la Sécurité Civile), qu’un bon officier c’était quelqu’un qui ne disait pas « en avant », mais « suivez-moi ». J’ai toujours respecté cet adage et je l’ai suivit tout au long de ma vie militaire. Et je me rends compte que notre chef de l’état ne l’applique pas, car c’est un mauvais chef. Point barre.

Alors, oui, je sais… Vous vous demandez bien comment on peut être un militaire et de gauche en même temps. Et bien, je vous assure que c’est possible ! Avec beaucoup de concessions et pas mal de patience, c’est possible. Car il y a dans l’armée des valeurs communes à tous les bords politiques. Mais parmi toutes celles que j’ai citées plus haut, il en est une qui surpasse tout les autres. C’est l’honneur. Et force est de constater que depuis plus d’un an, Nicolas Sarkozy nous a démontré qu’il en manquait cruellement…

dimanche 13 juillet 2008

La forêt (6)

C’est quoi le bois ?

Cela va peut-être vous étonner (ou pas), mais je crois profondément qu’il existe un lien entre l’homme et l’arbre. Un vieux lien, puissant qui doit dater du temps où nous nous baladions dans les frondaisons, nous nourrissant de ce que les branches nous donnaient, nous cachant dans les méandres des rameaux pour nous protéger… C’était le temps où nous n’étions que de vagues mammifères à quatre mains, bien avant que l’on décide de descendre de nos maisons-arbres pour parcourir la terre sur nos deux pattes arrières qui par la même occasion changèrent de nom pour devenir des jambes.

Même si nous avons, en quelques sortes, grandis en nous redressant (oui je sais, elle est même pas drôle…), nous ne nous sommes pas éloigné de nos arbres pour autant. Peut-être qu’au fond de nos cellules, perdu au sein d’une chaîne d’acides nucléiques, il existe une trace, un souvenir, un fantôme génétique qui nous dit que les arbres sont nos amis. Et ils le sont. Ce sont de vrais potes sans qui nous ne serions pas ce que nous sommes actuellement. Ils nous ont tout donné. Tout. Cela à sans doute commencé lorsque de l’une de leur branche cassée nous en avons fait des bâtons pour fouiller la terre à la recherche de tubercules. Accessoirement ces mêmes bâtons nous ont été utiles pour éloigner les importuns… Prédateurs affamés, ou bien, comment dirais-je, nos propres congénères à la philosophie différente… Les grands costauds qui voulaient nous piquer nos guenons ! Leurs amis qui voulaient manger nos baies… Bref, ce bout de bois nous a été vachement utile pendant un temps. Merci les arbres !

Puis vînt le feu… Alors là, le feu ce fut toute une histoire. Un accident tout d’abord, sans doute. En fait on sait pas… Mais c’est un fait qu’un beau jour, c’était en aout, les hommes comprirent que le feu c’était cool. Ca tenait chaud, ça faisait fuir les prédateurs affamés (oui, ceux-là même qui nous pourrissaient la vie précédemment !) et qualité non-négligeable, ça donnait un meilleur goût à la barbaque. Tout d’un coup on inventa donc la notion de foyer et la gastronomie. Un grand pas que ce fut ce truc là ! Qui plus est, le feu se nourrissait de bois, et notre coopération avec ce végétale s’en trouva renforcée.

Au fil des siècles, que dis-je, des millénaires, l’homme appris à se servir des arbres pour tout et n’importe quoi. De ses fruit il fit des tartes, de ses branches il se chauffa, de son troncs il fit des maisons. Comme pour le cochon, tout est bon dans l’arbre. Cela dura quelques milliers d’années, jusqu’à ce qu’on découvre que la terre recelait des produits qui brulaient plus longtemps en dégageant plus de chaleur. Le charbon en premier, puis le pétrole… Et là, en entre vous et moi, c’est à ce moment que commencèrent les emmerdes. Mais bon, c’est un autre sujet.

Donc, pendant ces millénaires vous pensez bien que l’homme, qui à la différence de l’arbre a un cerveau, n’est pas resté les bras croisés à profiter de la manne arborescente. Il s’est penché sur son copain de façon à l’analyser sur toutes ses coutures, à améliorer ses processus de transformation, à optimiser ses produits dérivés… Il est comme ça l’homme. Faut toujours qu’il dissèque tout ce qui lui tombe sous la main, qu’il analyse et essaye de comprendre. Quitte à en faire trop parfois et à oublier le vrai sens des choses. Mais là encore, c’est un autre sujet.

Alors qu’est-ce que c’est que le bois ? C’est bien joli de dire que ça sert à tout, mais encore faut-il savoir pourquoi. En fait, ce qui intéresse l’homme c’est ce que les gens de science appellent le xylème. C'est-à-dire la partie centrale du tronc qui est constituée de bois « mort ». Comme vous pouvez le voir sur la photo illustrée ci-dessous, nous avons donc au centre le bois (xylème), le cambium qui est la zone frontière entre la partie vivante et la partie morte de l’arbre, puis le liber et enfin le suber (le liège ou l’écorce, comme vous voulez !).

J’ai mis des guillemets au mot mort, vous l’aurez remarquez. Tout simplement parce que dans le xylème circule la sève. Enfin, pas toute la sève seulement ce que l’on appelle la sève brute, celle qui monte des racines. On l’appelle ainsi en opposition à la sève élaborée qui, elle, circule dans le liber et est issue de la photosynthèse.

Le liber, c’est l’usine à fabriquer des cellules. C’est là que les cellules se multiplient vers l’extérieur et font ainsi croître l’arbre. Croître, certes mais dans le sens de la largeur j’entends, parce que pour ce qui est de la hauteur, ce sont les bourgeons terminaux des branches qui s’en occupent. Les cellules croissent donc, et non pas croassent, à chaque saison, fabriquent de la cellulose, puis sèchent et deviennent des fibres de bois.

La saison suivant, elles sont recouvertes par de nouvelles cellules et ainsi de suite. Cette succession d’étape peut se voir sur chaque souche d’arbre, c’est ce que l’on appelle les cernes du bois. Et comme chacune sait ( ?) chaque cercle d’accroissement représente une année de végétation et l’on peut donc compter l’âge des arbres. En fait, pour vous dire la vérité, l’arbre pousse deux fois dans l’année. Au printemps et en été. Au printemps, alors que la vie reprend ses droits sur la végétation les cellules fabriquées par le liber sont alors larges et aux parois fines ; En été le déficit hydrique fait que les cellules seront alors plus petites et plus épaisses. C’est cela que nous appelons les cernes… Une partie plus sombre (plus dense) pour le bois d’été et une partie plus claire (plus aérée) pour le bois de printemps (voir photo ci-dessus).

Mais les cernes ne servent pas seulement à épater vos gamins en estimant l’âge d’un arbre. Elles sont également riches d’autres renseignements. En effet, si on les observe avec soin, les petites cellules peuvent nous raconter bien des choses… Comme le temps qu’il faisait il y a quelques années par exemple. Si on peut voir des cernes extrêmement proches les unes des autres, ont peut dire que pendant la période concernée, le temps était plutôt frisquet, ou bien qu’il n’a pas plut… C’est comme si vous aviez sous les yeux un témoignage du passé, une machine à remonter le temps…

Lorsque l’on coupe un arbre, que ce soit un tronc ou une branche, cambium et liber sèchent et disparaissent. Il ne reste plus alors que le bois et l’écorce.

Le bois c’est donc ce qui reste de ces multiples successions de cellules. Ces cellules, comme vous les avez vus sur les photos, sont en fait plus longues que larges, un peu comme les fibres musculaires. Cette particularité fait que le bois a une excellente résistance mécanique dans les sens longitudinal et une faiblesse dans le sens radial. C’est compliqué ? Bon, on va faire simple… Imaginez que vous prenez dans les mains une petite botte d’herbes folles. Ok ? Bien. Vous tenez la botte avec vos deux mains, et vous vous apercevez que vous pouvez la remuer dans tous les sens, la tordre et la triturer à loisir. Vous pouvez toujours courir pour séparer vos deux mains ! Impossible de casser quoi que ce soit. Maintenant, si vous prenez cette même botte et que vous la disposez debout sur une table, il est alors très facile de la séparer en deux, en trois en même en de multiples parties ! C’est cela la résistance longitudinale et radiale, et c’est cette particularité cellulaire qui fait du bois un matériau extraordinaire. Oh, pas tous les bois, non, parce que chaque essence a sa propre forme de cellules. Prenez par exemple des cellules de pin, elles seront plus grosses et moins imbriquées que celles du chêne… Ce qui explique pourquoi le pin est plus léger et moins résistant que le chêne. (Je vous préviens, là j’ai simplifié au max, parce qu’en fait il y a plein d’autres différences… !)

C’est donc du xylème dont les hommes se servent. Une fois que la sève brute s’est évaporée, les cellules durcies en font un matériau solide, durable et surtout léger. Et ça, l’homme il l’a bien compris. Si l’on décide d’utiliser le bois sous forme de planche, pour faire de l’ameublement par exemple, on découpe le tronc et laisse le temps faire son office de sécheur… Pour info, on dit que pour bien faire les choses, il faut une année pour un centimètre de planche. Une planche de 5 cm prendra donc… Deux ans et demi pour sécher convenablement. (Zaviez compris qu’il y a deux côtés à une planche, hein ?). Bon, ça c’est ce que dit mon vieux père… Parce que dans la vraie vie des gens qui ne pensent qu’à l’argent et au temps que ça leur coutent, l’homme, il à inventer les fours à chaleur tournante et ventilée. Ca va plus vite, mais c’est pas dit que c’est meilleur pour la qualité du bois. Je suis même sur du contraire.

Une fois que le bois est sec, et bien vous faites ce que vous voulez avec… Enfin presque. Parce que n’oubliez pas qu’il est constitué de cellules imbriquées et que les qualités mécaniques vont être différentes selon que vous découpez au centre du tronc, sur les bords, dans le sens longitudinal, en biais, etc… Prenez le schéma ci-contre. A, c’est le tronc. La découpe symétrique du bois de cœur permet la fabrication de poutres (C) ou de poteaux très résistants. Pour la fabrication de planches, la découpe radiale (B) permet la meilleure résistance. Par contre les découpes tangentielles (D) donnent des planches qui peuvent se voiler en séchant. Pour corriger ce voilage, et bien on assemblera plusieurs planches les unes aux autres par des tenons et des mortaises (dispositif mâle/femelle) et on prendra garde d’alterner le sens des cernes pour contre balancer l’effet de voilage. Comme c’est montré ci-dessous.


Mais quelque soient ses fabuleuses qualités mécaniques, le bois est différent des autres matériaux. On dit qu’il est vivant. Vous savez pourquoi ? Et bien c’est simple : Vous avez compris que le bois une fois sec ce n’est, somme toute, qu’un ensemble de cellules creuses, d’alvéoles pleines d’air. Et dans l’air, il y a de l’eau à l’état gazeux. Au bout d’un moment le bois va se mettre au diapason de son environnement aérien et ainsi capter des particules d’eau. Au gré des saisons il va gonfler, s’étirer, se rétrécir, il va travailler comme on dit. C’est ça qui le rend vivant. Qui n’a pas pesté contre une fenêtre qui ferme mal l’hiver ? Ou mieux, qui n’a pas entendu craquer une vieille armoire la nuit ? C’est flippant non ? Ben moi ça ne me fait rien parce que depuis que je suis tout petit je vis dans le bois, avec du bois, sur du bois. Allez, une petite dernière et après je vous laisse tranquilles. Les petites cellules, étant donné qu’elles contiennent de l’air, elles font du bois le meilleur isolant thermique qui soit. Le type qui a inventé la laine de verre ou le polystyrène n’a fait que copier notre ami l’arbre. Sans vraiment y arriver complètement d’ailleurs…

Bon, maintenant je pense que vous en savez un peu plus sur la structure du bois. J’espère n’avoir pas été trop barbant avec la biologie végétale, même si, je vous jure, j’ai omit plein de choses pour ne pas trop vous gonfler ! Mais bon, il fallait en passer par ces bases si vous voulez comprendre plein d’autres trucs que je vous raconterais plus tard… Et oui ! J’en ai pas fini avec vous, mes petits forestiers en herbe !