Je voulais vous dire…


Un blog qui parle de politique, de social, d'environnement... De la vie quoi!


jeudi 12 juin 2008

Marillion for ever

C’est ma copine Cécile (Le Blog de Cécile Delalandre) qui m’a donnée l’idée de ce billet. Elle, elle a ressortit de vieux écrits plein de fougue et de poésie. Moi, comme je n’ai pas son talent, je vous ressors de la vraie musique de dernière mes fagots à moi. Je me suis dit que vous pourriez (peut-être) apprécier.
Alors voici deux vidéos qui représentent chacune le bout d’une histoire d’amour. Mon histoire d’amour. Ma plus grande histoire d’amour.

1985, Marillion est présent dans ma tête et dans mon cœur. Cet album accompagnera ma découverte du Grand Amour. La musique est différente de ce que l'on entend alors, indansable, pleine de surprise. Elle raconte une histoire. C’était au temps bénis des vinyles où les plages n’étaient pas coupées, où l’on pouvait enchainer trente minutes de musique non-stop. C’était l’époque ou l’on pouvait faire l’amour sur une seule face d’un 33 tour… C’était une époque merveilleusement insouciante, entre l’enfance et la vie d’adulte. Une époque faite de sentiments exacerbés, où chaque moment était vécu avec sa pleine totalité. Mes premiers concerts aussi… Dont celui-ci. J’avais 18 ans… Marillion était MON groupe. C’était MA musique. Je me la suis appropriée comme on revendique une signature ou un drapeau…


Six ans plus tard, Elle m’a quitté. Elle est partie et j’ai mal. Là c’est encore Marillion qui accompagne mon blues et rythme ma douleur. Le chanteur (Steve Hogarth) a changé, Steven Rothery a pris de la bouteille mais ses solos de guitare sont toujours aussi prenants (du time-code 2 :30 à 3 :53). La musique toujours comme un trait de crayon sous une phrase importante. Un trait qui vous tire des larmes dix-huit ans plus tard…

L’Irlande au centre de l’Europe

Heureux qui, comme un Irlandais, puisse voter en ce jeudi 12 juin… Heureux qui, comme un Irlandais puisse être consulté sur l’avenir de son pays…
Aujourd’hui l’Irlande doit se prononcer par referendum sur l’acceptation du traité de Lisbonne. Ce traité, fierté de notre Glorieux Président Elu, n’est en fait qu’une version « simplifiée » de la constitution européenne de 2005, refusée à l’époque, souvenez-vous, par le peuple français. Pour contourner la volonté du peuple notre nouveau Roi a donc décidé de passer par la voie parlementaire, plus sure, et une grande partie de la population s’était sentie… Comment dire… ? Flouée ? Baisée ? Empapaoutée ?
Les yeux de pas mal de français « nonnistes » sont donc braqués sur la verte Irlande, dans l’espoir que les gaëls vengent leur honneur bafoué. Car la règle veut que pour entrer en vigueur, ce traité soit accepté par l’unanimité des pays membres.
Vous remarquerez que je ne me prononce pas sur le fond de ce traité. Une fois n’est pas coutume, c’est la forme qui me préoccupe. Pourquoi, me direz-vous ? Parce qu’en ce qui concerne le traité européen, je n’en sais rien !
Il est de jours où je suis persuadé que l’Europe est une bonne chose (j’ai voté oui à Maastricht), d’autres où je me dis que j’ai envie que mon pays garde son indépendance (j’ai voté non en 2005)… En fait le processus est tellement complexe que je suis comme la majorité des français : Je n’en sais rien !
Par contre, je sais que la façon dont ce traité nous a été imposé est retorse et antidémocratique.
Si le gouvernement n’a pas voulu passer par la voie référendaire c’est par peur des gens comme moi, ces mauvais élèves qui ne comprennent rien !
Cependant, pour avoir été enseignant, je sais une chose. Si la classe n’a pas compris ce que vous avez voulu lui apprendre, si malgré vos efforts elle persiste à ne rien comprendre… Ce n’est pas la classe qu’il faut blâmer, c’est le professeur qui s’est planté !
Alors, comme pas mal de monde, je vais être suspendu à mon poste de télé pour connaitre la décision souveraine du peuple Irlandais. Et puis, je vais souhaiter bien fort que le non l’emporte, rien que pour embêter Sarkozy ! Je suis mesquin ? Peut-être… Mais j’ai encore ce droit, non ?

lundi 9 juin 2008

Les questions dangereuses

Je voudrais aujourd’hui porter votre attention sur quelque chose qui me semble du plus haut intérêt pour notre démocratie.
En effet, depuis quelque temps circule au sein des écoles primaires un questionnaire destiné à « évaluer » les élèves de CM2. Ce questionnaire s’inscrit dans une démarche initiée par le gouvernement dans le cadre de la nouvelle politique destinée à remédier à l’échec scolaire à la sortie du primaire. Il est émit par la Direction de la Prospective, de l’Evaluation et de la Performance (Rien que le nom m’énerve !).
Bon, c’est bien pour nos bambins, me direz-vous. Le problème c’est que lorsque l’on lit ledit questionnaire, et plus particulièrement sa partie 4, on s’aperçoit que les questions sont quelque peu « bizarres ». Je dirais même inquiétantes.
Pour préciser les choses, sachez qu’il s’agit de questions que l’instit pose à l’enfant, en tête à tête. Même si il est précisé que l’on doit signifier à l’enfant qu’il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises réponses, celui-ci se déroule quand même dans un climat plutôt formel, avec le stress que cela implique.
Vous pouvez retrouver l’intégralité du questionnaire en cliquant
ICI, mais je vous livre déjà quelques questions, comme ça, juste pour que vous vous fassiez une idée…
Première question : Tu es un garçon ou une fille ?
Deuxième et troisième question :
Ta mère ou ton père son nés en France ?
Quatrième question :
Quelle langue parles-tu à la maison ?
Cinquième question :
Quel âge as-tu ?
Vous noterez que l’on rentre dans le vif du sujet dès que le sexe de l’enfant est identifié. Cash, le questionnaire s’intéresse de près au cercle privé de l’enfant.
Puis arrivent les questions laissant une part d’interprétation plus large… Je rappelle quand même qu’il s’agit de minots de 10 ou 11 ans à qui l’on demande une appréciation sur leur propre comportement.
En voici une qui me parait significative, intitulée « Ce que je pense de ce que je fais en classe ». Parmi les réponses proposées, on peut trouver :
-En classe, je travaille parce que j’aurai honte de moi si je ne travaillais pas.
-J’essaye de répondre aux questions de l’enseignant(e) parce que j’ai honte de moi quand je n’essaie pas.
-J’essaie de répondre aux questions posées parce que c’est agréable de répondre aux questions.
(Celle-là elle est gratinée…)
Et allez, pour finir :
Je dirais que la réputation de mon école est : Très mauvaise, mauvaise, assez bonne, bonne ou très bonne.

Je ne sais pas ce que vous allez en penser, mais moi ce genre de questionnaire me débècte.
Tout d’abord, parce que l’école ne doit pas se mêler de la vie privée des élèves. Ce genre de données statistiques est pour moi inutile et représente une atteinte flagrante aux libertés individuelles. Il ne manquerait plus qu’il demande carrément à l’enfant si son père ou sa mère a sa carte de séjour !
De plus, je ne suis pas certain qu’un enfant de 10 ans soit capable de répondre aux questions concernant sa situation dans le système éducatif. Cela demanderait quelques éclaircissements (C’est à toi qu’je cause Cazo !).
Alors pour être complet je me dois de vous dire que la partie 4 a été finalement retirée in extremis par le ministère, via un mail en date du 22 mai. De même un autre questionnaire destiné lui aux parents d’élèves de 6ème, comportant dix-huit pages de questions relatives à la nationalité, la langue parlée, les revenus, etc., a dû être retiré en catastrophe (Voir à la fin du questionnaire de CM2).
Il n’est pas présomptueux de croire que le gouvernement persiste dans sa politique de contrôle des personnes. Cela fait maintenant un an que la Cnil est obligée d’intervenir dans des tentatives plus ou moins discrètes de fichage (voir cet
article de Libé). Mais à chaque fois, ce genre de questions odieuses se retrouvent sur des formulaires ou des questionnaires transmis via nos enfants. Quand il ne s’agit pas, comme ici, de questionner directement l’enfant sur sa famille… Une dernière précision. Le remplissage du questionnaire destiné aux parents d’élèves de 6ème était obligatoire… Sous peine d’une amende de 300€ !

Heureusement qu’il y a encore des enseignants vigilants, sinon cela ferait bien longtemps que nous serions tous fichés !
Mais peut-être le sommes-nous déjà ?

samedi 7 juin 2008

Idée gourmande

Les galettes de sarrasin.
Tout le monde connait les fameuses galettes bretonnes ? Non ? Oui ? Bon, on va faire comme si c’était non, sinon cet article n’aurait pas lieux d’être…
Les galettes, c’est comme les crêpes, sauf que ça ne se fait pas avec de la farine de blé, mais avec de la farine faite avec les graines d’une légumineuse plutôt rustique qui s’appelle le Sarrasin ou Blé noir ou Fagopyrum esculentum. Bon, je vais pas vous faire un laïus sur le côté « bon pour la santé » du produit… D’abord parce que ça me gave, puis parce que l’essentiel n’est pas là. L’important c’est que c’est bon. Point barre.
Ors donc, chers amis voici comment, moi Gwendal, je fais mes galettes.
La première chose importante c’est que pour une pleine maturation gustative, il vaut mieux vous y mettre la veille… je sais c’est chiant, mais faite-le quand même. La deuxième chose, encore plus important, ne lisez surtout pas la recette qui vous est proposée sur le paquet !
Donc, vous prenez une jatte, un saladier, bref un truc assez grand et vous versez votre farine dedans (avec 500g vous faites une douzaine de galettes). Ajoutez-y une cuillère à soupe d’huile d’olive, une ou deux pincées de sel et basta ! Ne rajoutez pas, je répète, ne rajoutez surtout pas de farine de froment à la mixture ! C’est ce qu’ils font dans les crêperies et c’est une hérésie. Puis vous rajoutez de l’eau à température ambiante, tout en mélangeant jusqu’à obtention d’une pâte pas trop épaisse mais quand même un peu plus qu’une pâte à crêpe. Vous laissez reposer au frigo quelques heures, puis vous vous mettez aux fourneaux pour faire vos galettes. Avant ça, n’hésitez pas à rajouter un peu d’eau car la pâte aura épaissie un peu dans l’intervalle.
Vous prenez une grande poêle (25cm minimum) à fond plat. Y’a pas besoin que ce soit une poêle spéciale, faut juste qu’elle répartisse bien la chaleur sur toute la surface. Vous huilez la poêle bien chaude avec une mouillette et au boulot ! Ne vous attendez pas à faire des galettes aussi fines que des crêpes, c’est pas possible et c’est pas le but. Donc vous faites vos galettes à la chaîne et vous les remisez au frigo jusqu’au lendemain. La première phase du plan galette est terminée.
Le lendemain vous ressortez vos galettes et là commence le vrai plaisir du créateur, la symphonie improvisée. Vous vous servez des galettes comme des feuilles de brik que vous farcissez à l’envie avec tout ce qui peut vous tomber sous la main. L’essentiel c’est que cela soit bon.
Je vous livre deux petites recettes perso que j’affectionne particulièrement.
Vous fait fondre une noisette (ou une noix…) de beurre ½ sel dans la poêle et vous faite réchauffer une galette. Vous cassez un œuf dessus (ou deux), une poignée de fromage râpé, et de fines tranches d’andouille de Guémené. L’andouille de Guémené est meilleure que celle de Vire et en plus elle se détache en petites lamelles qui tapissent mieux la galette. Vous recouvrez le tout avec une deuxième galette, et vous laissez dorer sur les deux faces… A déguster bien chaude ! On peu aussi replier le tout, façon « calzone ». C’est vous qui voyez…
Deuxième préparation. Vous faites revenir à part des noix de St-Jacques dans un peu de beurre ½ sel, qu’une fois cuites vous disposerez dans la première galette. Nappez de crème fraiche épaisse. Recouvrez d’une deuxième galette et laissez dorer…
L’intérêt des galettes c’est que c’est pas cher à faire. De plus la farine de sarrasin à vraiment un léger goût acide que se marrie bien avec les produits doux. Vous pouvez agrémenter vos galettes avec tout ce qui vous tombe sous la main. Une tranche de jambon, une tomate coupée en dés, du foie gras… les fonds de frigo quoi !
Dans la plus pure tradition familiale qui veut que la Bretagne rencontra un jours l’Afrique du nord, j’ai essayé avec une petite purée d’aubergine et des tranches de chorizo. C’était divin !
L’inconvénient c’est que ce n’est pas un plat très convivial. En effet le maître de maison se doit d’être aux fourneaux pour préparer les galettes selon les gouts de chacun et ne peut donc pas être assis à deviser avec ses invités… A moins d’avoir une cuisine américaine bien sur…
Voilà les amis. Je vous souhaite un bon appétit !

mercredi 4 juin 2008

Tabac : De la prévention à la ségrégation


La TéléLibre, avec cette vidéo signée Barbara Wol interviewant Danielle Charest auteur de « Haro sur les fumeurs, jusqu’où ira la prohibition ? », me donne encore une fois l’occasion de pousser une (petite) gueulante sur un sujet qui me titille le cervelet depuis un bout de temps. La répression croissante contre le tabagisme se transformant peu à peu en une répression contre les fumeurs.


Je sais, tu sais, il/elle sait, nous savons, vous savez, ils savent tous que le tabac n’est pas bon pour la santé. Bien. C’est un point acquis sur lequel je ne reviendrais donc pas. Mais j’ai constaté, comme Danielle Charest, que les démarches entreprises pour lutter contre cette mauvaise habitude prenaient de plus en plus l’allure d’une croisade liberticide, avec son cortège de stigmatisation et d’ostracisme.
J’ai commenté, un peu comme une provocation jetée comme ça sur la table, en disant que les non-fumeurs manquaient de nos jours singulièrement de respect et de politesse. Et en fait, je ne suis pas si loin de la vérité.
Je considère que fumer, comme ne pas fumer, est une liberté. A ce titre cela impose des droits et des devoirs. Le droit principale étant bien sur de pouvoir le faire sans craindre de voir surgir un car de CRS à la moindre clope allumée. Les devoirs qu’impose le fait de fumer (ou non) sont, à mon sens, de l’ordre du respect de l’autre. Et je rappelle que celui-ci doit fonctionner dans les deux sens.
Malheureusement, certains extrémistes de la santé, et là je pèse mes mots, ont cru bon de mêler la loi à ce qui n’aurait jamais dû n’être qu’une convention sociale, un comportement basiquement civil comme ouvrir la porte aux dames, baisser le son pour ne pas déranger son voisin qui a bossé toute la journée ou bien encore laisser sa place aux personnes âgées dans les transports en commun.
Hors donc, la Loi est passée par là. Cela a commencé par l’interdiction de la publicité, puis l’interdiction de fumer dans les lieux relevant des services publics, puis dans les entreprises et enfin dans les lieux de convivialité que sont les bars, les restaurants et les discothèques. La prochaine étape annoncée est l’interdiction de fumer sur les terrasses des lieux conviviaux précités, et à court terme carrément sur la voie publique. La sphère privée se joint également à la lutte. Les entreprises, les bailleurs ajoutent de plus en plus ce critère comme pouvant orienter le choix d’un employé ou d’un locataire…
Non, sérieusement, vous ne voyez pas la dérive ? Vous ne vous rendez pas compte vers où ce train de conventions légalement imposées nous emmène ?
Alors on va parler clair et net. Le tabac, au même titre que l’alcool, le cannabis, la coke, l’héro, etc. contient des produits qui outre le fait d’être nocifs pour la santé rendent leur consommateur dépendant. Médicalement parlant, le fumeur est comparable à un alcoolique ou un héroïnomane. Sa dépendance physique et psychologique est avérée et se soigne de la même façon que tous les autres « drogués ». Et c’est là qu’est le véritable scandale de la lutte anti-tabac. Car un fumeur ça se soigne, ça ne s’exclu pas.
Mais non, encore une fois, l’être humain préfère s’attaquer aux plus faibles de ses congénères plutôt que de traiter le problème dans le bon sens. Les fumeurs sont mis aux bans de notre société alors qu’ils devraient être aidés. Les fumeurs devraient être soignés plutôt que d’être mis en prison.
Et que dire du comportement des cigarettiers ? Nous savons tous, fumeurs et non fumeurs que les cigarettiers sa décarcassent pour que les cigarettes soient de plus en plus addictives, rapidement et sur le long terme. C’est de la captation de clientèle, agressive et immorale. Un comportement de dealer. Et contre ces gens-là on ne fait rien ?
Non, mes amis, c’est beaucoup plus simple de frapper d’ostracisme le consommateur imbécile qui s’est fait prendre dans le filet de l’addiction. C’est beaucoup plus simple de critiquer la faiblesse de l’autre, son « vice », son manque de volonté bref, sa situation de citoyen de deuxième classe.
Voilà en quoi la dérive de la lutte anti-tabac est, à mes yeux, liberticide. Parce qu’elle impose de fait, la ségrégation d’une partie de la population qui n’est pas aux normes de l’hygiène. Et comme le dit Danielle Charest, lorsque l’on commence à mélanger santé et morale, c’est la porte ouverte à tout un spectre de comportements eugéniques. Relisez bien la définition de ces mots : ségrégation et eugénisme, et vous verrez que je suis dans le vrai.

lundi 2 juin 2008

La forêt (4)

La futaie irrégulière ou jardinée

Je m’aperçois qu’il est peut-être temps pour moi de me remettre à ma petite rubrique forestière. En effet, voilà un peu plus de trois semaines que j’ai publié l’article sur les taillis… Ca manque de suivit mon petit Gwendal ! Mais en même temps, vous conviendrez que j’ai été un peu occupé ces temps-ci… Non ? Si ? Ah bon, c’est gentil, merci…
Allez, c’est parti ; Et accrochez vous parce que aujourd’hui ça va être du lourd, et on va compliquer un peu les choses.

Je rappelle donc, les formes forestières que nous avons déjà abordées : La futaie régulière, avec ses tiges de même âge, même diamètre et même essence (on dit équienne et mono spécifique chez les pros !). Le taillis, issu de rejets poussant sur des souches et formant des peuplements de petites dimensions (je parle en tour de poitrine, bien sur). Et le taillis sous futaie (TSF), qui est un mélange des deux premiers.

Avec le TSF, nous avons vu que la diversité écologique était grandement améliorée, du fait du mélange des essences et de la multiplication des étages forestiers. Le mélange des essences crée un sol beaucoup plus riche : C’est un peu comme lorsqu’on varie son alimentation, on est en meilleure santé. Et bien pour les sols c’est pareil. Plus les végétaux en décomposition son variés, plus l’humus du sol est riche. Donc fertile, donc productif, donc nourrissant pour la faune et la flore qui l’habite. Cette biodiversité est accentuée lorsque l’on dispose de peuplement en étage. Une haute futaie majestueuse, pas trop fermée, accompagnée par un sous bois dense et varié, constituera un habitat fabuleux pour un grand nombre d’espèces animales. Enfin, avec de tels peuplements, le forestier dispose de moins de production certes, mais plus de débouchés commerciaux pour ses bois.
Malheureusement pour le forestier colbertiste, cartésien, borné et têtu comme un fonctionnaire breton, la gestion régulière qui fut la règle absolue pendant des centaines d’années, ne peut pas toujours s’appliquer. En effet, il est parfois des situations où une coupe rase ne peut s’envisager. Je pense notamment au terrain de montagne : Si vous raser une forêt sur une forte pente, il y a de grandes chances que le terrain glisse et se retrouve au fond de la vallée, avant même que la nouvelle génération est fini de pousser (ça ferait désordre…). Nos glorieux ingénieurs ont donc développé un mode de gestion dit « irrégulier » pour éviter les glissements de terrain intempestifs. Vous noterez au passage le terme »irrégulier ». Un adjectif comme un gros mot, un furoncle sur le paysage parfaitement lisse de la Forêt Française…
Bref, ce mode de gestion fut longtemps considéré comme un pis-aller, une appellation sous laquelle ranger tout ce qui est bordélique ou qui ne produit que des queues de cerise. Pour preuve, dans mes cours de sylviculture qui datent de 1992, c’est comme ça qu’est décrite la futaie jardinée !

Techniquement voilà en quoi ça consiste.
On peut avoir deux sortes de forêt irrégulière (ou mélangée ou jardinée, c’est pareil). La forêt mélangée par parquet ou pied à pied.
Dans le premier cas, le peuplement sera constitué d’une mosaïque de petites surfaces ne dépassant pas quelques ares (les parquets), dans lesquelles règne une dynamique régulière (un are = 10 x 10 m). C'est-à-dire que la forêt est un peu comme un patchwork. Dans chaque morceau de tissu, imaginez que vous avez une futaie régulière en miniature. Chaque petit bout de forêt sera traité selon les règles de la futaie régulière : ensemencement, éclaircies et coupe rase. Ok ?
Le mélange pied à pied, c’est un peu plus compliqué puisque l’art consiste à ce que le peuplement soit absolument vierge de toute régularisation. Chaque arbre est alors considéré comme un individu propre, qui se doit d’être envisagé dans sa totalité. L’arbre, l’écosystème directement proche, sa position par rapport à ses voisins, son potentiel, etc. Autant vous dire qu’à ce niveau là de sylviculture, ce n’est plus de l’exploitation forestière, c’est du jardinage.
D’ailleurs, la seule intervention à faire dans un peuplement jardiné s’appelle la coupe jardinatoire (j’adore ce mot ! Jardinatoire… Ca me fait penser à jubilatoire…). Cette coupe consiste à intervenir très régulièrement (tous les ans) et en même temps sur tous les étages forestiers : On y pratique aussi bien la coupe d’éclaircie pour dégager les tiges prometteuses, que les coupes sanitaires pour éliminer les arbres malades ou déformés et bien sur, les coupes de récolte.

Pour caricaturer (à peine), le forestier se doit de se balader dans sa forêt avec un sécateur, une scie à main, une binette, une tronçonneuse et un solide bagage technique en bandoulière. Le jardinage demande de la technicité. On est loin des travaux habituels pratiqués par des bucherons bas de plafond ou de la mécanisation à tout va.
Economiquement, la grande différence est que le forestier mobilise tout au long des saisons, tout un tas de produits différents. Cela demande d’avoir derrière soi une filière bois dynamique et microstructurée, capable de valoriser toute la gamme des produits dérivés du bois. Pour faire simple, fini les grosses scieries capables de débiter des troncs pré-formatés à la chaîne, et bonjours les petites unités multicompétantes qui produisent à l’échelon local.

Visuellement, la futaie jardinée va ressembler à l’image que vous vous faites d’une forêt naturelle. Avec ses troncs d’arbres morts laissés là exprès, pour attirer les insectes. Ses tiges parfois diffuses, parfois drues. Ses petites clairières secrètes ou pousse des fleurs dans un bosquet de saules et où coassent des grenouilles, parce que le forestier sait qu’une source suinte sous l’humus. Parfois on rencontre un arbre improbablement arrivé là, par les vents ou le gésier d’un geai, qui sait ? Ou bien c’est la main du jardinier qui tente une expérience en plantant un poirier au cœur de sa forêt pour attirer les abeilles ? Certains arbres ne seront jamais abattus… Ils mourront de leur belle mort ou d’un caprice d’Eole. Et même morts, ils donneront encore quelque chose à leur voisinage. Tout cela semble s’enchevêtrer en une joyeuse bousculade vers le soleil. A la différence qu’en jardinage on ne contraint pas la compétition naturelle, on joue avec elle. Sans parler de toute la vie que cette forêt attire à elle. La chevrette à peine née peut se réfugier au cœur d’un taillis touffus sous la surveillance nocturne d’une chouette squattant le creux d’un chêne centenaire. Bref, vous avez l’impression de pénétrer dans la forêt mère de toutes les autres, regorgeant de vie, où la progression est difficile tellement la vie foisonne.
Et le paradoxe fabuleusement ironique de la chose est que la forêt qui ressemble le moins à une forêt gérée par l’homme, est celle qui nécessite au contraire le plus sa présence…

Donc, je vous disais que la gestion en futaie jardinée était considérée à l’origine comme un pis-aller. Cependant, en Allemagne et en Suisse, certains ingénieurs se sont mis à théoriser plus avant cette pratique en tentant dans faire une vraie science, et ce dès la fin du XIXème siècle. Il faut savoir qu’à la fin de la deuxième guerre mondiale tous les plans de pépinières qui auraient pu reboiser le pays dévasté par les bombardements, partaient en France pour faire la même chose. Faute de matière première, les forestiers teutons ont donc dû se montrer innovant et imaginer un type de forêt qui se renouvelle tout seul… Il fallut encore quelques années pour que les travaux aboutissent et que les premiers résultats se fassent sentir. Et c’est en 1989 que parut le premier traité forestier sur le jardinage : Le fabuleux, le magnifique, le révolutionnaire, je veux dire : « Le régime du jardinage » de J.Ph Shütz de l’université de Zurich!
Alors bien sur, vous imaginez bien que cette vision d’une forêt anarchique à souhait (en apparence) n’est pas vraiment faite pour plaire aux fonctionnaires de nos Eaux et Forêts nationaux. Pour ces messieurs (-dames) prôner une telle hérésie forestière relevait de la folie. Certains y ont même vu des implications politiques et philosophiques. Si vous saviez ce que j’ai pu entendre mes amis ! Les gauchistes écolos s’attaquaient aux sacro-saintes écritures du manuel de l’aménagement forestier ! Haro sur les dissidents ! Un vrai front de conformisme se levait contre ces théories suspectes venu de l’étranger.


C’est dans ce contexte que j’ai découvert le mouvement prosilva. PROSILVA est un groupement de propriétaires forestiers séduit par cette idée de gestion peut conformiste et qui milite pour sa diffusion dans toute l’Europe. On y croise des grands propriétaires, des renégats de l’ONF, des techniciens écologistes, bref des amoureux de la forêt qui considèrent que diversité écologique peut rimer avec production de bois de qualité. Et c’est par ce biais que le mouvement s’impose peu à peu. A mon époque le principal argument contre la futaie jardinée, outre la vieille image des forêts de montagnes, était la rentabilité. Et bien, depuis vingt ans les études ne cessent de prouver que ce mode de gestion est économiquement viable. Mieux, il permet dans certains cas de dégager plus de bénéfices qu’un traitement en futaie régulière !


Mais cela demande que l’on se sorte les doigts du cul. Le forestier doit être en permanence dans ses parcelles pour surveiller, bichonner, tailler, dégarnir, élaguer. Les coupes doivent être douces, je dirais chirurgicales. Le débardage (le fait d’enlever le tronc d’arbre du lieu de coupe pour l’emmener vers un chemin ou une route) se doit d’être furtif, léger comme une plume, pour ne pas mettre en péril le fragile équilibre du vivant. On doit repenser les tracteurs, les adapter avec des roues souples et ne jamais débarder lorsque le terrain est humide. On revient à des techniques ancestrales comme l’utilisation de cheval… Ah la beauté du travail d’un percheron dans le sous-bois ! Quel spectacle ! Qu’elle communion !

Vous l’aurez compris, j’aime ce type de forêt. C’est pour moi ce qui ce fait de mieux dans la sylviculture. C’est beau, tout simplement. Ce qui me fait sourire cependant c’est qu’il y a des chances que vous, je parle du public lambda amateur de promenade dominicale, vous ne l’aimerez pas beaucoup. Parce qu’elle n’est pas abordable au premier venu. Parce qu’elle parait sale, négligée… Son désordre apparent et sa vigueur vous empêche de progresser. Dès les premiers mètres, vous perdez de vue vos repères. Saviez-vous que des études ont démontré que 80 à 90% des gens qui se promènent en forêt ne s’éloignent jamais à plus de 200 m de leur véhicule ? La forêt fait encore peur, et la futaie jardinée encore plus que les autres. Les humains du XXIème siècle ne savent plus se diriger sous ses frondaisons. Elle est mystérieuse… Elle est l’endroit où les loups et les trolls foisonnent. Le lieu des contes de fées et des cabanes de sorcières. En fait, elle est le vivant symbole de ce que l’homme a perdu en grandissant.
J’espère sincèrement que maintenant que vous en savez un peu plus, vous n’aurez plus peur. J’espère que vous aborderez les forêts comme il se doit, avec respect. Respect du vivant bien sur, mais aussi respect du travail des hommes et des femmes qui ont fait ce qu’elles sont.

Pour ceux qui en ont la possibilité, je vous engage à vous rendre dans la forêt du Nouvion en Thiérache… C’est le top de la sylviculture Prosilva en France. Pour l’anecdote elle appartient au conte de Paris et elle est gérée par le Baron de Turckheim… Le papa de charlotte !

samedi 31 mai 2008

Pourquoi les docteurs vous mentent ?

Alors voilà. Vendredi je me suis rendu à ma visite mensuelle chez mon chirurgien attitré. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en sortant je l’avais plutôt mauvaise. Pour ceux qui débarquent je vous suggère de vous reporter aux deux articles concernant mon peton en cliquant sur le tag « cheville ». Vous saurez ainsi toute l’histoire sans que j’aie besoin ici d’y revenir…
Donc, je souffre d’une complication opératoire nommée algoneurodystrophie, que l’on essaie de me soigner depuis un mois par des injections d’hormones plusieures fois par semaine. Outre le fait qu’elles me font un mal de chien, les résultats sont quasi inexistants. Non, pas quasi, inexistants tout court. Je ne vais pas mieux, et j’ai même l’impression que ça empire…
Donc, je vais à ma visite de contrôle, la gueule enfarinée, en comptant bien demander à mon toubib qu’elles peuvent être les autres options pour palier à cet inconvénient majeur qu’est une douleur persistante.
Je ne vais pas vous retranscrire la conversation dans le texte, cela serait bien trop chiant pour vous, mais voici en substance ce qu’il en est ressorti :
Tout d’abord, il savait que le traitement ne marcherait surement pas. (Génial, je me suis fait perforer les fesses pour rien !)
Ensuite, étant donné mon état il était illusoire que je fusse rétabli en six mois (initialement prévus), voir même neuf. Pour lui il vaut mieux tabler sur les un an de convalescence… (Prend ça dans la tronche Gwen !)
Pour finir, la cerise sur le gâteau, pour lui, je devrais m’estimer heureux que de souffrir autant, car j’avais échappé de peu… à l’amputation. (re-baffe dans ma tête !) En effet, toujours vu l’état de ma cheville, si un microbe était venu se balader lors de l’opération… je n’y coupais pas. Enfin si… mais bon, vous avez compris…
Ah non ! J’oubliais un truc. Pour lui, c’est probablement le matériel en place qui est responsable. Ce qui veut dire que d’ici six mois-un an, je repasse sur le billard à coup sur !
Dois-je vous préciser que je n’étais pas au courant de tout ça ? Ce n’est pourtant pas faute d’avoir posé des questions.
Bref, je ne suis pas sorti de l’auberge et la roue de la charrette est toujours dans l’ornière… Il m’a cependant orienté vers un neurologue spécialiste de la douleur. D’après ce que j’en sais, ces gens là vous apprennent à gérer votre douleur plutôt que de l’enlever…
De mon côté, j’ai pris rendez-vous avec un ostéopathe pour la semaine prochaine (Et oui, je vous ai écouté !). Il veut bien me recevoir mais doute de pouvoir faire quelque chose.
Ironie du sort, de retour dans mes cartiers je tombe sur une convocation de la CPAM qui s’interroge de mes arrêts de travail à répétition ! Ils me font bien rigoler ceux-là !
Voilà où j’en suis les amis.
Inutile de vous dire que le moral en a pris un coup. Moi qui pensais vraiment être remis pour le mois de juin lorsque j’ai décidé de me faire opérer, je suis bien loin de mes projets initiaux.
Il est une chose plus difficile à vivre que de devoir remettre ses projets à plus tard, c’est de savoir qu’en l’état actuel des choses, on ne peut pas faire de projets.

Pour ce qui est de remonter sur un bateau par exemple, je dois me forcer à ne plus y penser. (Ci-contre c’est un OVNI 35, le bateau de mes rêves !)
Mais bon, rassurez-vous amis internautes ! Pour l’instant je rumine ma mauvaise humeur, mais je sais que bientôt je retrouverais un moral d’acier ! La preuve, d’avoir écrit ces lignes me fait me sentir déjà mieux !