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vendredi 19 septembre 2008

La bête est morte

D’habitude je n’aime pas crier victoire trop tôt. Ce n’est pas trop mon genre, même si je suis une personne plutôt encline à s’enthousiasmer facilement. Donc, je passe mon temps à me tancer et à me conseiller à moi-même la tempérance et la patience. Mais aujourd’hui je ne peux m’empêcher de crier victoire, et de me féliciter de la vigilance du bon peuple français.
EDVIGE est morte, et même si certains disent que la carcasse bouge encore, j’ai quand même assisté en direct à son exécution.
Hier, en fin d’après-midi, j’étais donc devant I-Télé afin d’assister en direct à la déclaration de la ministre de l’intérieur Michelle Alliot-Marie. Celle-ci s’exprimait devant la commission des Lois.
Point par point, j’ai vu MAM faire montre d’une spectaculaire gymnastique. En effet, chaque pan du décret précédent a été abordé, détricoté, et remonté dans le sens des libertés individuelles. Un exercice hors paire d’hypocrisie et de manipulation. A chaque fois que MAM redéfinissait un des points litigieux d’EDVIGE (qui ne s’appellera plus Edvige d’ailleurs !), on avait l’impression que cette modification était issue de sa propre conscience des libertés individuelles et de son sens moral ! C’était à la fois pathétique, avec un soupçon de drôlerie mâtinée de perplexité…

Donc, exit Edvige, et saluons la naissance de deux nouveaux fichiers dont les noms, qui ne seront probablement plus féminins sur le coup-là, ne sont pas encore définis.
Tout d’abord, Il n’y aura plus de confusion entre les activités publiques ou citoyennes et la délinquance. C’est heureux, car déjà que nous avons de moins en moins confiance dans nos institutions, ce n’est pas la peine de tout mélanger. Les « personnalités qui exercent un mandat ou jouant un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif » seront répertoriées dans un « répertoire » (comme c’est intelligent !) contenant simplement les noms, adresses et numéros de téléphone.
A ce propos, j’ai bien aimé la description de l’ânonnante MAM sur l’utilisation d’un tel répertoire : pour elle, cela sert essentiellement à lancer des invitations, chercher des interlocuteurs ou encore a délivrer des décorations… (sic) Bref, c’est un peu le who’s who de la vie publique, un répertoire des fonctions officielles et déclarées tenu au niveau des préfectures et non-plus au niveau national…

Ensuite, en ce qui concerne le point d’achoppement sur les délinquants de 13 ans et plus, un droit d’oubli sera instauré. Si le jeune se tient à carreau, on oubli au bout d’un certain temps ses erreurs de jeunesse. Au bout de combien de temps ? Mystère… Mais on parle cependant de 5 ans…
Bien. Je ne suis pas totalement débile et je sais bien que la délinquance se rajeuni à vue d’œil… Mais je crois également que l’on a droit au pardon et à l’oubli. Le propre du jeune n’est-il pas d’évoluer ? Donc, pour moi, ça c’est réglé.
On notera également la disparition de l’adjectif « susceptible » qui empoisonnait l’ensemble du texte. En effet, cette susceptibilité de l’action, cette hypothétique dangerosité, distillait la suspicion sur l’ensemble de la population. Les personnes fichées ne le seront dorénavant que pour des faits avérés. Et c’est tant mieux !
Bon, on a gagné, le peuple a gagné et nous pouvons nous réjouir, je crois, à juste titre. Cependant, je pense que l’on pourrait être en droit de regretter certaines choses.
D’abord, je trouve regrettable que cela soit à nous, le peuple, de devoir faire ce genre de choses. Dans un pays démocratique comme le notre, le gouvernement devrait maitriser quelque-peu ses actions ou, tout du moins réfléchir un peu plus avant de promulguer des imbécilités. Il est sensé exister des garde-fous pour empêcher un gouvernement de se la péter et de se prendre pour Dieu. Je pense particulièrement aux institutions de régulation, et à l’opposition. Force est de constater que ces régulateurs ont faillis, et que c’est le peuple français qui a dut se retrousser les manches pour empêcher le gouvernement de sombrer un peu plus dans la démagogie dictatoriale. Mais, ce n’est à priori pas sont rôle, au peuple !

Nous devons donc prendre acte de cet état de fait, et prendre en main notre destin…
Ensuite, je m’interroge sur ce précédent décret qui, de l’aveu même de MAM et selon les directives présidentielles, était « volontairement imprécis ». Nous devons donc comprendre que l’attitude de Sarkozy est dorénavant claire. Ce type, ce petit dictateur en devenir, passe son temps à tester sa marge de manœuvre. Comme un gamin teste les limites de ses parents. Si nous ne prenons pas garde, nous allons nous réveiller un beau matin dans un pays où les libertés auront disparues. Donc, vigilance, vigilance, vigilance.
Allez ! Juste pour le fun. Z’avez vu le Fillon, qui alors même que MAM faisait son exercice d’équilibriste a voulu montrer qu’il existait en « sommant » sa ministre de revoir sa copie ? Petit problème de timing au sein du gouvernement ? J’en rigole encore…

lundi 9 juin 2008

Les questions dangereuses

Je voudrais aujourd’hui porter votre attention sur quelque chose qui me semble du plus haut intérêt pour notre démocratie.
En effet, depuis quelque temps circule au sein des écoles primaires un questionnaire destiné à « évaluer » les élèves de CM2. Ce questionnaire s’inscrit dans une démarche initiée par le gouvernement dans le cadre de la nouvelle politique destinée à remédier à l’échec scolaire à la sortie du primaire. Il est émit par la Direction de la Prospective, de l’Evaluation et de la Performance (Rien que le nom m’énerve !).
Bon, c’est bien pour nos bambins, me direz-vous. Le problème c’est que lorsque l’on lit ledit questionnaire, et plus particulièrement sa partie 4, on s’aperçoit que les questions sont quelque peu « bizarres ». Je dirais même inquiétantes.
Pour préciser les choses, sachez qu’il s’agit de questions que l’instit pose à l’enfant, en tête à tête. Même si il est précisé que l’on doit signifier à l’enfant qu’il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises réponses, celui-ci se déroule quand même dans un climat plutôt formel, avec le stress que cela implique.
Vous pouvez retrouver l’intégralité du questionnaire en cliquant
ICI, mais je vous livre déjà quelques questions, comme ça, juste pour que vous vous fassiez une idée…
Première question : Tu es un garçon ou une fille ?
Deuxième et troisième question :
Ta mère ou ton père son nés en France ?
Quatrième question :
Quelle langue parles-tu à la maison ?
Cinquième question :
Quel âge as-tu ?
Vous noterez que l’on rentre dans le vif du sujet dès que le sexe de l’enfant est identifié. Cash, le questionnaire s’intéresse de près au cercle privé de l’enfant.
Puis arrivent les questions laissant une part d’interprétation plus large… Je rappelle quand même qu’il s’agit de minots de 10 ou 11 ans à qui l’on demande une appréciation sur leur propre comportement.
En voici une qui me parait significative, intitulée « Ce que je pense de ce que je fais en classe ». Parmi les réponses proposées, on peut trouver :
-En classe, je travaille parce que j’aurai honte de moi si je ne travaillais pas.
-J’essaye de répondre aux questions de l’enseignant(e) parce que j’ai honte de moi quand je n’essaie pas.
-J’essaie de répondre aux questions posées parce que c’est agréable de répondre aux questions.
(Celle-là elle est gratinée…)
Et allez, pour finir :
Je dirais que la réputation de mon école est : Très mauvaise, mauvaise, assez bonne, bonne ou très bonne.

Je ne sais pas ce que vous allez en penser, mais moi ce genre de questionnaire me débècte.
Tout d’abord, parce que l’école ne doit pas se mêler de la vie privée des élèves. Ce genre de données statistiques est pour moi inutile et représente une atteinte flagrante aux libertés individuelles. Il ne manquerait plus qu’il demande carrément à l’enfant si son père ou sa mère a sa carte de séjour !
De plus, je ne suis pas certain qu’un enfant de 10 ans soit capable de répondre aux questions concernant sa situation dans le système éducatif. Cela demanderait quelques éclaircissements (C’est à toi qu’je cause Cazo !).
Alors pour être complet je me dois de vous dire que la partie 4 a été finalement retirée in extremis par le ministère, via un mail en date du 22 mai. De même un autre questionnaire destiné lui aux parents d’élèves de 6ème, comportant dix-huit pages de questions relatives à la nationalité, la langue parlée, les revenus, etc., a dû être retiré en catastrophe (Voir à la fin du questionnaire de CM2).
Il n’est pas présomptueux de croire que le gouvernement persiste dans sa politique de contrôle des personnes. Cela fait maintenant un an que la Cnil est obligée d’intervenir dans des tentatives plus ou moins discrètes de fichage (voir cet
article de Libé). Mais à chaque fois, ce genre de questions odieuses se retrouvent sur des formulaires ou des questionnaires transmis via nos enfants. Quand il ne s’agit pas, comme ici, de questionner directement l’enfant sur sa famille… Une dernière précision. Le remplissage du questionnaire destiné aux parents d’élèves de 6ème était obligatoire… Sous peine d’une amende de 300€ !

Heureusement qu’il y a encore des enseignants vigilants, sinon cela ferait bien longtemps que nous serions tous fichés !
Mais peut-être le sommes-nous déjà ?

samedi 26 avril 2008

Big Brother et moi

Il y a quelques jours, alors que je surfais paisiblement sur la toile invisible du net, je me suis livré à un petit exercice narcissique en essayant de taper mon prénom sur le moteur de recherche Google. Qui ne l’a pas déjà fait me jette le premier sa souris à la figure !
Il me faut vous dire que j’ai toujours été fier de mon prénom. C’est ma petite particularité à moi. Mes instituteurs et mes profs se sont toujours souvenu de moi grâce (ou à cause) de lui. Il faut admettre que dans le sud de la France et pendant les années 80 c’était plutôt rare de croiser un Gwendal. Mai bon, je digresse.
Donc, en tapant mon prénom, je suis tombé sur 280 000 occurrences. Je ne les ai pas toutes lues, bien sur (j’ai autre chose à foutre dans la vie), mais je les ai survolées. J’ai appris qu’en 67, l’année de ma naissance, 5 autres bébés ont porté se prénom et que nous somme actuellement environ 3500… Damned, je digresse à nouveau !
Bref, je surfe et ne voilà-t-y pas que je tombe à la 231ème ligne sur… Moi ! Il s’agissait en fait d’un commentaire que j’avais laissé sur la Télé Libre concernant le parcours de la flamme olympique. Intrigué, je décide d’affiner la recherche et je tape alors Gwendal, Télé Libre, et là je tombe sur la plupart de mes commentaires laissés sur se site.
Vous allez me croire naïf, mais cela m’a fait un choc. Je venais de prendre conscience que s’exprimer sur un média sis sur le web prêtait à conséquence. Non pas que lorsque je poste mes commentaires sur la Télé Libre je ne fasse pas gaffe à mes propos. Loin de là. C’est même pour moi une espèce de devoir que de m’appliquer à m’exprimer correctement et à faire des commentaires un tantinet réfléchis. Mais bon, de là à laisser une trace à l’échelle mondiale… J’étais loin de me douter.
Ma première réaction fut un sentiment de révolte contre le système informatique et le géant Google. Quoi ! J’étais désormais fiché ? Ma vie privée n’était-elle pas ainsi violée, mes libertés bafouées ? Moi qui me méfie comme de l’eau qui dort de tout ce qui peut entraver ma liberté individuelle, je me sentais pris au piège. Comme lorsque je me suis aperçu que la SNCF avait gardé mon numéro de carte bleue une semaine après mon achat de billet. Me savoir ainsi fiché me dérangeait terriblement.

Puis, j’ai un peu réfléchi à tout ça, et comme toujours avec la réflexion vient la tempérance des sentiments. Lorsque j’ai décidé de m’exprimer sur la Télé Libre, ce fut un acte militant, une décision importante pour moi. J’agissais en toute connaissance de causes et j’en assumais les conséquences. Il me fallait donc assumer également le fait de me retrouver sur la toile via mes commentaires. A partir de là, ma contribution auprès de ma Télé préférée n’en n’a recelée que plus de signification.
Puis quelques temps plus tard, je suis tombé sur un article d’Agora Vox. Celui-ci s’intitulait «
Avez-vous une réputation numérique ? ». L’auteur parlait justement des traces que nous laissons sur le net et de l’utilisation que peuvent en faire certaines personnes. Imaginons qu’un futur employeur un peu parano décide d’éplucher le web à la recherche d’informations me concernant… Que trouvera-t-il ? Si elle est persévérante, cette personne pourra connaitre mes opinions politiques par exemple. Non pas que j’en ai honte, loin de là, mais cela pourrait me porter préjudice dans certaines sphères… J’ai déjà eu à souffrir d’une mauvaise réputation professionnelle, à cause de ça, je n’ai plus jamais pu être technicien forestier… D’où mon questionnement.
Donc, j’en arrive à la conclusion suivante. Alors que le tout-numérique nous envahit, que nous nous servons d’outils de plus en plus interconnectés, la dispersion des informations personnelles est une réalité. On pourrait certes s’en décrier et hurler au loup, de même que l’on pourrait ne pas adhérer tout simplement à ces nouvelles technologies. Mais le fait est que nous en avons désormais besoin. Sachant cela, c’est à l’internaute, au citoyen, de faire attention à se qu’il écrit, à ce qu’il est, sur le web. Non pas pour dissimuler ou biaiser, mais pour au contraire être en accord avec lui-même. Cette révolution informatique arrivera peut-être à faire de nous des personnes un peu plus responsables, qui assument leurs paroles et leurs écrits. Des personnes plus vraies ?
En tout cas, on peut l’espérer.