Je voulais vous dire…


Un blog qui parle de politique, de social, d'environnement... De la vie quoi!


lundi 11 mai 2009

Edward le manipulateur

Tout a commencé un vendredi matin. Ce vendredi matin. Celui de la semaine dernière si vous préférez… S’il y a une chose que j’aime bien faire en fin de semaine, c’est m’offrir une petite session de rattrapage des émissions Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet sur le site la-bas.org. Je me coiffe de mon casque, et je passe une heure ou deux à faire des réussites en écoutant l’émission en fond sonore… C’est ça qui est bien avec la radio, on peut l’écouter tout en faisant autre chose ! Bref, je venais d’écouter parler de la séquestration d’un patron (Pardon ! Du maintien sur site…), du malaise des matons dans les geôles de la république, et je salivais déjà à la perspective de passé une heure de plus à déguster l’émission suivante, au titre plus qu’alléchant à mes yeux : Propaganda, d’Edward Bernays, ou comment manipuler l’opinion en démocratie.

Le titre et le sous-titre s’annonçaient prometteurs… Moi, j’aime assez ce genre de sujet. J’aime à décortiquer les mécanismes de la manipulation. Ça me fascine, je ne sais pas pourquoi… En fait, si je sais. C’est parce que je reste en permanence étonné par le fait que ce qui me semble à moi si évident, fonctionne aussi bien…

Une heure plus tard, complètement sidéré par les trucs que je venais d’entendre, je laissais tomber mes réussites et je me lançais dans une recherche exhaustive sur le net, histoire de dégoter un maximum d’infos sur ce sacré Edward… J’étais persuadé de tenir un sujet d’article, et je n’avais pas tord, puisque vous êtes en train de le lire.

C’est que la vie de ce monsieur Bernays a été plutôt bien remplie ! Vous n’imaginez même pas ! Et en même temps, c’est un peu normal parce qu’Edward Louis Bernays est né en 1891 et est décédé en 1995. En 104 ans de vie, on a le temps d’en faire des choses…
Donc Edward, Ed si vous préférez, est né à Vienne en Autriche. Son oncle n’est autre que le célèbre Sigmund Freud… A l’âge d’un an, il émigre avec sa famille au Etats-Unis. Il y grandira donc sous la double férule de l’oncle Sam et de l’oncle Sigmund. C'est-à-dire : Le bizness et la psychanalyse freudienne.

Très jeune, il commença sa carrière comme imprésario. Lorsque la première guerre mondiale éclate, il tente de s’engager, mais ses lointaines racines germaines l’empêchent de rejoindre les troupes d’actives. Il sera donc affecté à l’état-major, ou son boulot sera de prêcher pour l’effort de guerre.
Au sortir de la guerre il s’installe à son compte et devient une espèce de conseiller… A l’époque on ne parle pas encore de conseiller en communication, ou en marketing, de spin-doctors ni même de relation publique. Et pour cause, c’est lui, Edward, qui va inventer tous ces concepts !
Car Edward est un visionnaire. Son enfance, son éducation, l’ont persuadé d’une chose, c’est que la masse, la foule, n’est régit que par une seule chose, l’irrationnel. Le ÇA de tonton Freud… Il s’inspire également des travaux du français Gustave Le Bon sur la psychologie des foules (1895). En clair, pour Edward, l’être humain, seul, est intelligent et réfléchi, en nombre, il devient bête et manipulable.
Fort de cette certitude, il proposa ses services à de nombreuses entreprises. Un de ses faits d’arme le plus éclatant fut d’amener les femmes à fumer… Vous ne me croyez pas ? Vous pensez que j’exagère ? Et bien regardez cette vidéo tirée du film « Chomsky et Cie » et on en reparle après…


Extrait Chomsky et Cie : Normand Baillargeon
envoyé par sijysuis - Check out other Film & TV videos.



Alors ? C’est-t-y pas formidable ça ? En 1929, Ed Bernays imagine se servir du mouvement des suffragettes pour y glisser la promotion de la cigarette et ainsi amener des millions de femmes à faire ce que précédemment elle trouvait dégradant et moche… C’est ce que l’on appelle de la manipulation de l’opinion. De l’instrumentalisation.

Mais le prolifique Edward ne s’arrête pas là. Il imagine que pour qu’un produit se vende bien, celui-ci a besoin d’une caution hautement morale. La bénédiction du père si vous préférez. Pour ce faire il recrute à grand renfort de cadeaux et d’espèces sonnantes et trébuchantes, un florilège de médecins pour affirmer avec la docte assurance qui est la leur, que ledit produit est bon pour la santé. Ainsi dans les années vingt-trente on vit fleurir un peu partout des publicités vantant les vertus amincissantes de la cigarette… Son influence bénéfique sur la douceur de la voix… Bref, ici encore on instrumentalise la médecine pour promouvoir un produit. La prochaine fois que vous verrez à la télé une pub pour un dentifrice qui vous affirme qu’elle est recommandée par l’UFSBD, l’Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire, demandez-vous si les choses ont changées en une centaine d’année… Pas vraiment. La recette est exactement la même.

Une autre de ses inventions à Edward, c’est ce que l’on appelle la bidirectionnalité du rapport entre le produit et le client. C'est-à-dire que pour lui le produit doit répondre aux attentes inavouées et subconscientes du client et communiquer en ce sens, mais également le client doit pouvoir communiquer avec son produit… Pour ce faire, il faut donc aller vers lui et carrément lui demander comment il imagine son futur produit…. Cela a beau avoir l’air simple et logique, mais Edward vient d’inventer le panel. Plus tard (1936), dans la continuité de cette idée l’institut Gallup vit le jour et ainsi commença une nouvelle ère, celle des sondages.

Vous en voulez encore des inventions à Edward ? Durant sa longue carrière, Bernays réussit à persuader les américains qu’il était sain de dévorer des tranches de bacon frits dans l’huile au petit-déj, son client était l’association de producteurs de porcs des Etats-Unis. Je n’en ai pas trouvé la preuve, mais la propagande « Got Milk ? » est inspirée/construite sur le même modèle de désinformation.
Il bosse également pur Procter & Gamble et réussit à faire acheter des millions de savons aux familles américaines en organisant des concours de sculpture. Il impose par contrat de faire fumer les cowboys dans les films d’Hollywood pour donner une image virile aux fumeurs… Après la guerre (la deuxième) il réussit via des officines dentaires crées de toute pièce, à désamorcer la peur du nucléaire en promouvant l’emploi du fluor, un résidu hautement toxique de la fabrication des bombes, dans les pâtes dentifrices… (Et oui… Ça marche encore !)

En somme Edward Bernays est le roi, the father of spin, le père de la désinformation. Bien évidemment, lorsqu’on a tellement finalisé ses théories sur le comportement des masses, et que l’on arriverait sans doute à vendre des cônes glacés à des Inuits, il est presque évident que les travaux de Bernays vont trouver une application pratique auprès des politiciens.

Dès 1921 il est embauché par le président Harding, puis par son successeur Coolidge. Grâce à une habile propagande auprès des média il réussit à faire admettre au peuple américain que Coolidge, qui était tristounet et sans envergure, était en fait un marrant plein de charisme. A cette époque il finalise sa théorie de l’engineering consent, l’ingénierie du consentement. Il considère que la masse est tellement régie par ses émotions qu’elle doit être contrôlée et restreinte par une élite. Pour lui : « La voix du peuple exprime la pensée du peuple et cette pensée est formée pour lui par ses meneurs et par les personnes qui comprennent la manipulation de l’opinion publique. (tiré de Propaganda paru en 1928) ».

Pas étonnant donc que ce genre de propos trouva une résonnance toute particulière auprès d’un certain Goebbels. Celui-ci déclara maintes fois avoir été largement inspiré dans son travail par le gentil Edward ainsi que par Gustave le Bon.

A partir des années vingt et pendant presque toute sa carrière, Bernays travailla avec les gouvernements américains successifs. Pendant la deuxième guerre mondiale il émargea à l’OSS, Office of Strategic Services, l’ancêtre de la CIA, où il travailla à l’impact psychologique de l’utilisation de l’arme atomique.

En 1950 il avait à la fois comme client la compagnie United Fruit et la CIA. La compagnie fruitière inquiète de voir ses terres menacées par le gouvernement guatémaltèque de Jacobo Arbez Guzman, et donc son monopole sur le commerce de la banane mis en danger, soumis le problème à Edward. Celui-ci imagina et orchestra une campagne de presse gigantesque pour dénoncer les dérives « communistes » de ce pauvre Guatemala… A un point tel que l’opinion publique américain en vint même à exiger que son gouvernement agisse. Le Président élu Guzman fut renversé en 1954 par un coup d’état organisé par la CIA. Il s’ensuivit alors des années de terreur, et on inventa bientôt le terme « république bananière » !

Une des dernières grandes figures politiques qui fit appel aux talents d’Edward, fut Golda Meir. Elle lui confiât la tache de mettre en place un réseau chargé de la promotion de l’image d’Israël auprès du public américain… Ainsi naquit ce que l’on appelle maintenant le lobby pro-israélien.

Edward Bernays fait partie de ces illustres sous-fifres qui façonnèrent le vingtième siècle et par là-même la société dans laquelle nous vivons. La plupart de ses clients, j’imagine, voient en lui un immense visionnaire qui fit progresser à pas de géant la société et l’économie mondiale. D’autres pourraient considérer Edward comme un psychopathe dangereux… Le fait est que ses travaux, et surtout les applications qu’il en tira, sont aujourd’hui utilisés en permanence. Dès que nous ouvrons notre télévision, dès que nous lisons un article dans un journal, il y a de fortes chances que nous soyons en présence d’une application directe de ce qui naquit un jour dans la tête de cet homme. Edward s’est inspiré des travaux de son tonton Sigmund et les a utilisés au service du libéralisme politique et économique. Je ne suis pas certain que le tonton en question lorsqu’il imagina ses théorie, pensait que l’on puisse aller si loin avec…

Alors bon, comme je n’ai pas envie de vous laisser en l’état, persuadé que vous êtes cernés et que toute protection est inutile, je vais, pour finir, vous raconter une dernière petite histoire…

En 1990, un type qui écrit alors un livre sur l’histoire des relations publiques apprend avec stupeur que le bon Edward est encore de ce monde. Il décide alors de rencontrer cette légende vivante (99 ans !). Rendez-vous est pris, et l’auteur se rend donc chez Bernays pour lui poser des questions. Malheureusement pour lui l’ancêtre a encore de la ressource et il se fait balader par ce maître de la manipulation… Un peu déçu quand même, le type va pour repartir et décide d’appeler un taxi. Bernays lui dit alors que c’est beaucoup trop cher et qu’il vaut mieux prendre les transports en commun. Puis le vieux commence à raconter que lui il n’avait jamais conduit, qu’il avait toujours eut des chauffeurs. D’ailleurs il se souvient très bien de l’un d’eux qui trimait toute la journée pour lui, et qui s’écroulait de fatigue le soir venu. Et Bernays d’ajouter : « C était le bon temps. C’était avant que les gens n’acquièrent une conscience sociale… ».

Comme quoi, au soir de sa vie, ce vieux machin qui mit au point les techniques de désinformation les plus tordues, persuada les foules de consommer des produits dont-ils n'avaient pas besoin et qui en plus étaient mauvais pour leur santé, inspira des dictatures… Ce vieux croulant, au soir de sa vie reconnaissait qu’il y avait une chose contre laquelle ses méthodes ne pouvaient rien. La conscience sociale.

Alors mes amis, cultivons-là notre conscience sociale ! Et le meilleur moyen pour commencer à le faire, c’est de connaitre la vie de ce sacré Edward !

Je vous rajoute un lien vers un article qui m’a vachement aidé, c’est sur le site : Le Crachoir.

jeudi 7 mai 2009

J’me réveille

J’ouvre un œil, le droit, puis je le referme. Je laisse passer un moment et je réessaye. Plus lentement.

J’entraperçois une lumière grise qui tombe devant la porte de ma chambre par l’escalier. Oui, chez moi la lumière tombe. Qu’est-ce que j’y peux moi si ma maison est à l’envers… On y rentre par le premier étage, et on descend ensuite dans les chambres. C’est ainsi parfois lorsqu’on habite sur le flanc d’une colline.

Donc une lumière tombe. Ça veut dire que le jour est en train de se lever. C’est pas encore complètement fait, mais c’est en train. A croire que les photons timides ont pu quand même traverser mes paupières et alerter le neurone de permanence. Celui qui n’était pas occupé à rêver…
Peu à peu, celui qui ne rêvait pas rameute tous ses copains et ensemble ils commencent à se ranger en ordre de bataille. Ils s’organisent en phalange. Chacune a son boulot. Y’en a qui vont s’occuper de mon corps, le masser en douceur et le faire repartir.
Y’en a d’autres qui vont jouer les assembleurs de cases… Ils vont se mettre à ranger le bordel de mon cerveau. Vous me direz que c’est un peu normal… Après la nuit qu’ils ont passée, à batifoler dans tous les sens au gré de mes rêves… C’est un peu le boxon. Et c’est donc justice qu’ils rangent derrière eux.
Au fur et à mesure que les cases s’assemblent, mes pensées se font moins chaotiques. J’émerge. Je commence à savoir qui je suis, où je suis… Je me positionne dans l’espace et dans le temps.
Je me demande si j’ai des choses importantes à faire aujourd’hui… Oui, il faut que j’écrive… J’ai envie d’écrire, mais sur quoi ? J’en sais rien.
C’est pas grave… Je trouverais bien.

Mes bras et mes jambes fonctionnent maintenant. Je repousse la couette. Je roule sur moi-même d’un quart de tour. Je plie les guiboles et dans un mouvement de morse je redresse ma carcasse. Les pieds au sol, le cul sur le lit et les coudes sur les genoux.
On dirait que j’ai du mal à quitté cette position groupée… Pourtant, il va bien falloir. Oui, mais pas encore…
D’un geste je ramasse le téléphone qui a dormi à côté de moi sur le sol. J’ai pas de réveil, alors un portable avec le son coupé, ça le fait très bien. J’y jette un œil histoire de voir si mon instinct ne m’a pas abusé… On ne sait jamais. Peut-être qu’il va me dire que je peux encore essayer d’inverser le processus ?
Mais non, il est 05H55. Encore une fois le réveil que j’ai dans la tête à bien marché. Je me dis qu’il y en a qui ont besoin d’une machine pour les empêcher de se réveiller trop tard. Moi c’est l’inverse. Ma machine elle me sert à me prévenir quand il est trop tôt…
Mais là ça va… Presque six du mat, c’est raisonnable.

Ça y-est je suis debout. Les guiboles fonctionnent en mode autonome. Elles me portent machinalement. Je grimpe l’escalier en colimaçon, la main sur l’axe en hêtre poli. A mi-chemin un bruit étrangement strident saccage la belle ordonnance que mes neurones commençaient tant bien que mal à agencer… Putain d’chatte !
Je grogne, menaçant. Un grognement de bête sauvage. Un grognement lourd de menace… Un truc qui veut dire : « Toi, ma vieille, t’as intérêt à fermer ta gueule si tu veux pas recevoir un coup d’latte dans les gencives ! »
Rituel matinal. Elle le sait qu’il faut pas m’gonfler avant que j’ai eu le temps d’avaler mon café… Elle le sait ! Depuis l’temps ! Dix-neuf ans qu’elle m’emmerde tous les matins en miaulant ! Dix-neuf ans que je grogne ! Et dix-neuf ans qu’elle s’assied ensuite en silence sur son cul de chat, en plein milieu de la cuisine, histoire que je sois obligé de faire un écart ou de l’enjamber… Elle veut bien se taire pendant cinq minutes, mais quand même pas se faire oublier pour autant !

Allez ! On va attaquer la journée… Je ne sais toujours pas ce que je vais écrire aujourd’hui. Peut-être qu’aux infos je vais trouver l’inspiration ? Hier soir j’avais pourtant une idée… C’était quoi déjà ? Je ne sais plus… C’est pas grave. J’aurais qu’à raconter comment je me lève le matin… Ça pourrait être sympa. On verra bien.


lundi 4 mai 2009

Les mystères du dictionnaire

Quand j’étais petit garçon, je lisais beaucoup. Enormément même… Je dévorais un peu tout et n’importe quoi, tout ce que la maigre bibliothèque familiale recelait plus celle de mon grand-père un peu plus étoffée. Dans la seconde j’y trouvais surtout des ouvrages sur la deuxième guerre mondiale, romans et récits ainsi que la fameuse édition Fleuve Noir si riche de romans d’espionnage à la sauce Guerre froide… Bien avant l’âge de douze ans, je pouvais déjà parler facilement de l’opération Barbarossa, de la bataille de Stalingrad ainsi que de la résistance sur le plateau des Glières. Mais aussi je vivais mes premiers émois lorsqu’OSS 117 caressait la gorge offerte d’Irina, la pulpeuse espionne du KGB. Bien que très jeune, j’avais bien compris que la gorge en fait, était une ancienne façon de décrire ce qui se situait un peu plus bas sur le corps de la femme… Bref, pour m’évader un peu d’un climat familial délétère, je me plongeais dans la fiction et l’imaginaire.

Mais je ne lisais pas que de la fiction, j’adorais lire aussi le… Dictionnaire ! Chez mes parents nous avions un exemplaire du Larousse illustré, et pour autant que je m’en souvienne je passais des heures à l’éplucher ! Ca commençait toujours de la même façon, avec une recherche dans un but précis : Je l’ouvrais pour trouver une définition ou une orthographe, puis bien vite je digressais… D’abords vers les pages contigües, puis vers la planche en noir et blanc ou en couleur la plus proche… Je m’extasiais devant les architectures exotiques. J’analysais on ne peut plus sérieusement l’évolution de l’épée depuis le glaive romain jusqu’à la baïonnette pour MAS 36. Je décortiquais avec soin les planches colorées où s’ébattaient dans une même forêt luxuriante ce que l’Asie recelait de mammifères. Je rêvais pendant des heures devant les cartes de pays lointains…

En fait, maintenant que je ne suis (presque) plus un petit garçon, je me rends compte que ce que je recherchais dans les dictionnaires et dans les encyclopédies était complexe.
Je voulais rêver pour oublier ma vie de tous les jours, mais je cherchais également à apprendre des choses.
Je sais, ça peut vous paraitre bizarre que lorsqu’on a dix-douze ans on ait envie de faire autre chose que de jouer ou de regarder la télé… Sauf que chez moi, la télé était rigoureusement réglementée et que je me suis vite aperçu que la lecture comblait bien plus efficacement l’ennui que les légos ou les petits soldats… En plus, après faut ranger et c’est chiant !

Et puis, je me suis rendu compte très vite que le savoir, la connaissance était une arme efficace contre les méchants que j’avais à combattre chaque jour. Car quand on est gamin, on ne s’en rend pas forcément compte sur le moment, mais la vie est très dure. Donc, l’arme gwendalienne par excellence devint le savoir. Avec lui, je renvoyais dans leurs buts les plus vindicatifs de mes camarades de classe. Avec lui, j’échafaudais bientôt mes plans de défense contre la pression familiale… Bref, savoir des choses que les autres ne savaient pas me rendait spécial à mes propres yeux, c’était ma façon à moi de me distinguer des autres et croyez-moi à l’époque j’avais bien besoin de ça !

Bon, tout ça pour vous dire que je suis curieux d’apprendre et que j’aime les dictionnaires… On va encore dire que je suis un spécialiste des entrées en matière qui n’en finissent pas, mais que voulez-vous… Au départ je veux vous parler d’un truc, qui me fait penser à un autre truc, qui demande que j’explique encore un autre truc… Et moi, je me laisse embarquer dans l’onanisme littéraire et comme toujours, j’en fais des tonnes… mais bon, à force vous devez avoir l’habitude, non ?

En fait, au départ, je voulais vous raconter une histoire.

Un jour, il y a huit ou neuf ans, je ne sais plus trop, je me suis laissé embarquer dans un vide grenier par un collègue de travail et sa bande de copain… Pour moi, ce fut une première, et une dernière aussi… Mais bon, toujours est-il qu’au bout de quelques heures je m’arrêtais devant un mec qui vendait des bouquins. Sur l’étal assez bien achalandé je tombais alors en arrêt devant les deux tomes intitulés Le Larousse pour tous.
L’aspect défraîchi de sa couverture, la couleur jaunâtre de ses pages, la finesse de ses gravures, tout cela fit que je craquais littéralement pour ce dictionnaire, et il m’en coutât 30 francs. (Vous vous souvenez de notre monnaie nationale ? Elle ne vous manque pas un peu ? A moi si…)
Sitôt revenu chez moi, j’ai commencé à farfouiller un peu dedans à la recherche d’une information sur la date d’édition… Et bien, j’ai eu beau chercher partout, impossible de dégoter une date quelconque ! Rien dans les pages intérieures, rien nulle part…
Sur le coup j’étais bien embêté je vous l’avoue… C’est alors que j’ai eu l’idée de prendre le problème à bras le corps et d’enquêter. J’ai tracé sur une feuille de papier la ligne du temps en y notant les dates qui me semblaient importante.
La première chose qui m’a sauté aux yeux, c’est qu’en regardant une carte au hasard, j’y vis l’Empire des Indes. Diantre ! C’est donc que mon dico était antérieur à l’indépendance, c'est-à-dire 1947… 47 c’est après la deuxième guerre mondiale, donc je cherche à guerre… Rien concernant un conflit mondial ! Même pas la Grande Guerre ! Serait-il possible que ces deux bouquins miteux soient antérieurs à 1914 ? Je continus donc en cherchant des indices sur les cartes du monde J’y découvre avec une joie enfantine des noms aussi bizarres que lointains : Les Empire Allemand, Russe, Chinois, Austro-hongrois, l’Indochine, l’AOF, l’AEF…
Avec ce Larousse, j’ai non-seulement l’impression de voyager dans l’espace, mais aussi dans le temps. C’était génial !
Finalement, c’est en regardant à Aviation que j’ai eue ma réponse. En effet, le dernier modèle présenté était le monoplan Blériot qui datait de 1913… Le mystère était donc résolu. J’avais donc entre les mains l’édition d 1913 du Larousse pour tous !

Je ne vous cache pas que ces deux tomes sont pour moi les deux bouquins les plus précieux de ma bibliothèque… Je ne les lis pas souvent, un peu comme si je voulais économiser mon plaisir, mais à chaque fois que je le fais, je voyage.
Je voyage, comme je vous l’ai déjà dit, dans le temps et l’espace. J’ai sous les yeux la preuve évidente que la connaissance est une chose en perpétuelle évolution. Que bien finaud serait celui qui peut dire de quoi demain sera fait…

Et puis, en feuilletant de -ci de-là, je tombe parfois sur une trace laissée par le ou les propriétaires successifs de ces livres. Un mot souligné, un marque-page… Comme à la page 580 du premier tome. Une feuille de papier y est glissée. Un simple petit tract publicitaire ventant les mérites des postes TSF de la marque Hermès prévue spécialement pour les régions montagneuses ! Il propose des crédits à partir de 45 francs par mois et un cadeau surprise à tout acheteur ! Un bout du feuillet manque dans le coin supérieur gauche… Sans doute quelqu’un aura-t-il eu besoin d’écrire une petite note…

A la page 250 du deuxième tome, alors que la lettre R magnifiquement ornée annonce les définitions des mots commençants par elle, un énigmatique feuillet violet plié en deux me laisse perplexe. Il s’agit d’un plan tracé au crayon noir, indiquant comment se rendre de Grenoble à Aix les Bains par le tramway, le train et la route… l’écriture est soignée, bien qu’apparemment malaisée. Je me demande pourquoi la lettre R…

Enfin, au détour de la page 200 du premier tome, alors que monsieur Larousse me dévoile d’un côté la carte de la Bolivie, et de l’autre commence à me parler de la famille des Bonaparte… Un edelweiss séché vit là, caché. Il est là depuis je ne sais combien d’année, attendant de me surprendre sans doute ? En tous cas, il me fait m’interroger : Portait-il bonheur à quelqu’un ? Qui était cette personne ? Où vivait-elle ? Peut-être cela a-t-il un rapport avec la TSF spéciale montagne, et le tramway qui va de Grenoble à Aix les Bains ? Oui, sans doute…

J’aime ce dictionnaire. J’aime voyager avec lui, dans lui, à travers lui. Il me fait rêver…

Voilà ! J’ai fini ! Je voulais vous parler de ce livre parce que je l’aime, et je voulais que vous l’aimiez vous aussi. Oh, peut-être pas exactement celui-là, mais en tous cas que vous sachiez apprécier les mystères et les enseignements qui résident parfois dans les vieux bouquins tout défraichis qui sentent le moisi… Ils sont beaux ces bouquins. Beaux et riches à la fois.

samedi 2 mai 2009

dimanche 26 avril 2009

Mauvaise humeur

Bon, on est dimanche… Et en plus de ça, il pleut… Enfin, pas vraiment, pas encore, mais le ciel est tellement gris de cette promesse que ça revient au même. Pas vraiment de quoi pavoiser ni de quoi envisager de passer la journée sous un angle autre que celui de la maux-rose-ité. Mais bon, la couleur du ciel n’y est pour rien… Elle vient juste clore cette semaine pas vraiment réjouissante par une couleur en adéquation avec la sensation du jour. On ne va pas lui en vouloir. Au ciel. C’est pas sa faute.
C’est juste que si Dieu existait, on pourrait commencer à imaginer tout un tas de desseins camouflés derrière des coïncidences et se dire que tout est écrit. Qu’il faut fermer sa gueule, parce que c’est ainsi que nos parents ont fait et que de toute façon on y peut rien. Et qui tu es d’abord pour vouloir faire autrement ? Tu crois que t’es trop bien pour ne pas vouloir faire comme tout le monde ? Tout se mérite en ce monde mon petit monsieur ! Y’a pas de raison que tu échappes à tes responsabilités ! Ouf ! Je m’égare un peu là…

Bref, j’ai pas la banane, ni la patate d’ailleurs. Aucun fruit, ni aucun légume ne saurait décrire l’humeur du jour… Pas même un animal (quoique...) ou encore une plante, rien de ce qui vit sur cette terre ne ressemble à l’humeur humaine. Et après tout, c’est peut-être aussi bien ainsi.

Je pourrais sans doute vous faire une liste longue comme le bras de tout ce qui ne va pas et concoure à cette humeur du jour. En commençant par cette nouvelle « encyclopédie » participative du nom de Métapédia… Un truc immonde que j’ai découvert il y a deux jours et qui me donne envie de vomir… J’imagine déjà les gosses, confondre avec Wikipédia et y puiser des infos révisionnistes et fascistes pour ensuite les recracher en tout bonne foi dans une rédac ou un devoir…

Puis, il y a ce reportage d’Arte sur les droits de l’homme à la sauce charia qui va certainement trouver un écho favorable dans les colonnes du site précité…

La loi sur le port des cagoules qui punit de trois ans de prisons qui oserait en porter une lors d’une manifestation… Super, si les touaregs veulent un jour revendiquer quelque-chose, ils sont pas dans la merde ! Un truc bien électoraliste à l’approche des européennes… Tien ! Les Européennes ! Parlons-en : J’sais même pas pour qui je vais voter… Quand je vois que tout ce qui nous vient de Bruxelles est teinté d’un néolibéralisme achevé, j’me demande si ça vaut bien le coup… Putain ! j’vais quand même pas voter De Villiers quand même !

Il y a aussi Monsieur Hulot à qui on a piqué sa pipe, Coco Chanel qui se retrouve privée d’affichage sous prétexte qu’elle fume dans son pieu, Gérald Dahan qui se voit exclu des antennes de France-Télévision parce que la pochette de son DVD montre une caricature de l’autre nain… Vous en voulez de la censure ? En voici en voilà ! Et la meilleure en plus ! Celle qui vient de l’intérieur (sans mauvais jeu de mot).

Y’a quoi encore… Les excuses (les deuxièmes) bidons de Ségolène Royal qui n’a pas compris qu’un bon coup de comm se doit d’être unique et que répéter ce genre de chose, c’est se voir entaché d’hypocrisie… Ou de nullitude, mais ça on le savait déjà.

Et je ne vous parlerais pas non-plus de ces milliers de travailleurs que l’on jette comme des malpropres, et que l’on crucifie parce qu’ils ont le culot de ne pas accepter leur sort en silence… Tout ce buzz devant un syndicaliste qui pette un câble et démonte une préfecture ! Et alors ? Il a bien fait moi j’vous l’dis ! Non mais ! On ne va pas se laisser sodomiser sans filer des coups de lattes quand même !

Bon, comme vous le voyez, j’ai pas mal de raisons pour ne pas apprécier ce dimanche… Je sais ! Je vous avais promis que je ne ferais pas de liste, mais que voulez-vous, je me dois quand même un peu d’argumenter mon propos… Je ne vais pas me contenter de vous balancer que ce fut une semaine de merde et vous laisser là à mariner dans votre jus. Ça ne se fait pas, et j’ai de l’éducation, merde !

Bon, il faut que je vous dise quand même : Il a un truc qui m’a fait plaisir à la toute fin de cette semaine pourrie. Vendredi soir, je me suis tordu de rire pendant deux heures en regardant le spectacle de Christophe Alévêque, « Debout ! » sur France 4.
Je me suis marrer tant et tant que j’ai décidé de vous en faire profiter un peu. C’est ce que j’appellerais en toute modestie : Ma contribution pour lutter contre les dimanches gris, le libéralisme, les démagos, les fachos, et les cons en général. Rien que ça.
Quand il s’agit de propager le cynisme, la mauvaise foi, l’humour noir et l’intelligence des mots, je ne m’en prive pas.
Alors dégustez, si vous le voulez bien, sans modération aucune, cette demi-heure que je vous propose. Vous verrez, après on se sent mieux !


Christophe Aleveque - Les moustiques
envoyé par BeeAwolF




Christophe Alévêque - Je suis angoissé
envoyé par Jack_Neylon

mercredi 22 avril 2009

Bienvenue en Sarkoland…

Mais qu’est-ce qu’il se passe avec ma ville ? On est dans la capitale de Sarkoland ou quoi ?
Voilà encore ce matin le genre de question qui m’habite alors que je m’apprête à vous relater ma petite expérience de la visite présidentielle. Je suis dans l’expectative, le questionnement, la déception aussi…

Pour ne rien vous cacher, dès ce lundi, lorsque j’ai appris (fortuitement) que notre bien aimé Président Glorieusement Elu comptait descendre sur la Côte d’Azur pour y prononcer un discours sur la sécurité, je me suis demandé si j’allais faire quelque-chose… Ou pas.
Après quelques longues minutes de réflexions, je me suis dit qu’une occasion comme celle-là ne se représenterait pas de sitôt et qu’il serait dommage que je n’y assiste pas.
Deux raisons ont motivé ma décision d’y aller : D’une part, j’étais curieux de « toucher du doigt » ce que j’avais vu à la télé sur les visites hautement sécurisées de Sarkozy, c'est-à-dire les quartiers bouclés, les passants refoulés, les forces de l’ordre omniprésentes, les manifestations, les échauffourées… Bref, je ne m’en cache pas, j’avais une petite envie malsaine d’assister à de la baston. Je voulais être le témoin de quelques abus de pouvoir et, le cas échéant, être capable de les dénoncer ici-même. Je sais ! Ce n’est pas très glorieux comme motivation, mais je me dis que quelque-part elle est un peu humaine malgré tout.

Ensuite, deuxième raison, je me suis dit que si je voulais être en adéquation avec moi-même, avec ce blog, avec vous mes lecteurs ; Si je voulais être cohérent avec mes attentes et les vôtres… Et bien, il fallait bien que je me sorte un peu les doigts du cul et que je bouge mon lard ! Bref, que je prenne quelques risques…
Or donc, la veille au soir ma décision était prise j’allais me rendre sur les lieux et voir un peu ce qu’il s’y passait. A partir de là, j’ai essayé de me renseigner plus avant sur cette visite. J’ai parcouru le net à la recherche d’informations, assez rares il faut bien le dire, et j’ai appris que l’ex-ministre de l’Intérieur comptait se rendre en deux endroits distincts.

Tout d’abord dans le quartier des Moulins, vers 11H00 pour y inaugurer le tout nouveau bunker des poulets… Oh ! Pardon ! Le tout nouveau commissariat de police ultramoderne, high-tech et tout, et tout… Puis, au centre Acropolis, vers midi, pour y faire un discours et y annoncer quelques mesurettes de bon aloi en ces temps de crises…

« Oh cruel dilemme ! » « Où vais-je donc pouvoir me rendre pour satisfaire ma soif de vérité ? » Me suis-je demandé… Etant donné mes motivations, celles dont je vous ai parlé plus haut, j’ai assez vite opté pour la visite du commissariat. Tout d’abord parce que c’est plus près de chez moi : Je veux bien bouger ma graisse mais si je peux faire plus simple, je ne m’en prive pas ! Ensuite, je me suis dit que les Moulins, c’est un des deux quartiers « sensibles » de Nice… La police n’y rentre qu’avec l’appui des chars et jouie d’une réputation on ne peut plus dégradée.

Un tout nouveau commissariat, d’après ce que j’ai pu lire ICI, serait plutôt vécu comme une provocation…
« Super ! » me dis-je. Si je veux satisfaire ma soif de sensationnel c’est donc là qu’il faut que je me rende !

Le lendemain, hier donc, je me préparais pour une journée que je supposais pleines de lacrymos et de courses effrénées… Papiers en règles, bouteille d’eau, foulard, et batterie de mon APN chargée à bloc. Vers 09H00, je montais dans le bus qui devait m’amener vers les lieux de la petite sauterie. Je me disais qu’il valait mieux prévoir large niveau timing, tant la circulation devait être perturbée… Chemin faisant, alors que je me rendais compte que finalement ça roulait plutôt bien, je me demandais jusqu’à quelle distance j’allais bien pouvoir continuer sur cette ligne avant qu’elle ne soit détournée…

A l’approche des Moulins, je levais les yeux de mon bouquin, pour constater que rien ne semblait gêner la progression du bus. Tout à coup, une passagère pousse un petit cri de surprise et désigne du doigt une longue file de camionnettes estampillées Police Nationale. On approche ! Me suis-dis.
La flicaille est là, en tenue de combat… Enfin presque, en semi-tenue dirons-nous. Une centaine de mètres plus loin, alors que j’approchais de la digue des Français, toujours dans mon bus qui ne semblait pas vouloir dévier de sa route, j’aperçois enfin l’objet de l’inauguration. Le nouveau commissariat ! ‘Tain qu’il est grand ! Mais c’est une caserne ma parole !

Tranquillement, comme si de rien n’était, le bus passe devant l’entrée où poireaute déjà un parterre d’uniformes divers et de journalistes, pour aller… S’arrêter quelques dizaines de mètres plus loin ! Pile à l’arrêt habituel que j’utilise pour me rendre à l’ANPE !
Je descends, et là, je vous l’avoue, je suis resté un peu con… Mais qu’est-ce que c’est que ce pataquaisse ? Ya dégun ? (Et oui, il m’arrive de m’exprimer en provençal dans ma tête !)

Je prends ma première photo d’où je suis, celle-là à côté. A part quelques barrières et très peu d’uniforme autour, rien ne semble bloquer le quartier. La circulation est maintenue… Quelques badauds sont accoudés aux barrières et jettent un regard interloqué sur le spectacle. Puisque rien n’entrave ma progression, et que je suis vachement en avance (il est 10H15), je me promène parmi eux et capte quelques bribes de conversation. La plupart ne savent même pas ce qu’il se passe ! Je le crois pas ! Mais je suis où là !

Pendant le temps qu’il me restait, j’ai donc baguenaudé… Peu à peu, je me rends compte que je me suis bel et bien planté… Moi qui imaginais le pire, souhaitais le pire pour être franc, je me retrouve dans une gentille inauguration au service de sécurité plus que restreint. Les gens qui sont là ne sont présents que parce qu’ils passaient par là et rien de plus… Pas de claque umpiste ni de manifestants ulcérés… Rien. Je les entends parler entre eux, ils sont curieux et intrigués comme s’ils allaient apercevoir un truc pas banal, mais pour autant pas si important que ça… Il y en a même qui partent, parce qu’ils ont tout simplement d’autres choses à faire…

La déception que j’ai ressentie au début, est vite remplacée par l’affliction. Une telle absence de conscience politique me désespère. Je me sens un peu seul avec mes idées de citoyens responsable, concerné et militant… J’ai l’impression de faire tache parmi tous ces badauds inconscients.
Dans les rassemblements populaires, il n’est pas rare que l’on sente physiquement la communion des pensées… Vous voyez de quoi je parle ? Vous êtes là, et vous savez que votre voisin à peu ou prou les mêmes choses dans la tête que vous… De même, si vous allez à une manifestation à laquelle vous êtes opposés, vous pouvez sentir que l’engouement général ne va pas dans le même sens que le votre…
Mais là, je ne ressentais que le vide. Le néant culturel, politique et humain. J’avais l’impression de me balader parmi ce que je considère être le pire des dangers : L’indifférence. J’évoluais parmi des vaux qui n’attendent qu’une chose, leur ration de maïs.

J’engageais de piètres conversations avec de simples quidams à peine concernés. Autour de moi les enfants demandaient à rentrer à la maison… Des ménagères s’en allaient pour préparer la popote… Des joggeurs, après un temps d’arrêt ponctué d’étirements, reprenaient leurs courses…

Et puis le cortège est arrivé. Le chef de l’Etat, le premier personnage du pays est descendu de sa belle limousine pavoisée au couleur de la France pour serrer quelques paluches et s’engouffrer presque immédiatement dans le bâtiment. Un cerbère aux épaules aussi larges que sont costume était étroit m’oblige à me déplacer pour me pour trouver un meilleur angle… L’œil rivé à l’œilleton de mon appareil je cherche ma cible… Clic ! C’est bon, j’l’ai eu ! De dos…
Autour de moi, quelques voix prononcent le nom de la ministre de la Justice : C’est Rachida ! C’est Rachida !
Ah bon ? Elle était là ? Moi j’ai rien vu avec mon œil dans le viseur… J’écoute mon voisin qui me dit qu’il a vu aussi « la ministre des policiers » mais qu’il ne se rappelle plus comment elle s’appelle… D’un ton dégouté que j’ai du mal à maitriser, je lui rétorque : « Alliot-Marie… ».

Pendant que l’aréopage présidentiel fait son petit tour dans le bunker aux couleurs du pays, je m’intéresse au va-et-vient des personnels de sécurité. Je repère le GIPN posté sur le toit qui scrute les environs à la jumelle. Les gardes du corps en civil fument la clope en attendant que ça se passe… Non, pas tous… L’un d’eux (lui en dessous) traverse la rue et se dirige vers ma droite en appelant d’un geste un collègue. Ils refont un passage de la droite vers la gauche, le premier parlant à l’oreille de l’autre… Mon voisin dit alors à voix basse : « Ah ! Je crois qu’ils ont repéré quelque-choses… ».
Sans réfléchir, je lui réponds sur le même ton : « Oui, je crois que c’est moi… ».
Malgré les lunettes de soleil, il m’avait bien semblé que leurs regards étaient dirigés sur moi… J’en étais à me dire que ma réflexion était peut-être un peu prétentieuse et qu’à se sentir différents de ceux qui m’entourent je virais paranoïaque lorsque un homme s’est littéralement matérialisé à mon côté ! (Je ne l’ai ni vu ni entendu arriver le bougre !) Il est près, très près, il me coince contre la barrière de sécurité…
« Bonjour Monsieur » me dit-il à voix basse mais d’un ton poli.

Les choses se sont alors très vite passées. Alors que je répondais à son bonjour d’un ton vachement naturel (si !) j’avisais son regard braqué sur mon sac. Alors même qu’il allait me demander de l’ouvrir pour vérifier son contenu, j’obtempérais avec le sourire ! Si bien qu’il n’eut pas l’occasion de finir sa phrase ! Rassuré par son contenu, mais peut-être un peu déstabilisé par mon anticipation des événements, il balbutia un « Merci Monsieur, bonne journée ! ». « Bonne journée à vous ! Ais-je répondu avec un large sourire légèrement provocateur.
Mon voisin me demanda alors comment j’avais fait pour deviner. Je lui répondis crânement que c’était évidant… Je gardais pour moi, les battements saccadés de mon cœur et les tonnes de questions qui me traversaient l’esprit. Qu’est-ce qui avait pu me rendre suspect à leurs yeux, si ce n’est mon propre sentiment d’être différents des autres ? Vaste sujet qu’à mon avis je n’ai pas fini d’explorer !


Une quarantaine de minutes après l’entrée du roi dans son château fort, les protagonistes de la scène s’agitèrent soudain. On écrasa les clopes, la voiture démarre et les plantons de service reprennent leur position. Encore plus vite qu’il n’était rentré, Notre PGE descend les marches du commissariat et s’engouffre dans la limousine. Je n’eu que le temps de prendre deux photos plutôt moches, mais que j’ose vous montrer quand même ! Les autres ministres, Woerth, Dati et Alliot-Marie empruntèrent la porte de derrière… (?)

Moins de cinq minutes après le départ du cortège présidentiel, la circulation reprenait ses droits et je sautais dans le premier bus en direction de mes pénates. Fin de l’histoire.

Alors, maintenant que j’ai fini de vous raconter cette journée de moins de trois heures, il me faut bien faire un petit bilan…
Tout d’abord, même si je ne renie en rien mes motivations premières, je dois encore et toujours me méfier de mes préjugés. Je m’attendais à ce que la vérité soit moche, j’étais venu pour ça, et il n’en a rien été. Tant mieux, me direz-vous… Ou pas, c’est selon. Les débordements sont certes regrettables, mais ils sont aussi le signe d’une certaine adéquation entre le combat que je mène et la conception que j’ai de la situation actuelle… Mais de là à assister à un tel manque de réaction !
Positivement ou négativement, je m’attendais à ce que les gens réagissent… Mais non, ils se sont sentis à peine concerné par la chose.

Aussi, je ne peux m’empêcher de me poser tout un tas de questions qui n’ont, malheureusement, pour l’instant aucune réponse :
La vision du combat que je mène, de ma colère et de mon désir de résistance est-elle juste ?
Ne sommes-nous pas, finalement, qu’une pathétique minorité enfermée dans ses certitudes mais hélas inconsciente du vrai désir populaire ?
Ou bien, et là j’ai peut-être déjà un début de réponses, les minorités agissantes n’ont-elles pas un plus grand combat à mener contre l’inertie et la passivité que contre le pouvoir en place ?

Vaste champ de réflexion que je vous laisse défricher à votre guise mes bons amis… Mais, à mon avis, la route est encore longue avant que le peuple ne se réveille.

samedi 18 avril 2009

Confiance et propagande

Depuis hier, je fouine. Je fouille, je creuse, j’investigue… En vain.
Je cherche partout, de par le net, de quoi illustrer le sujet que je voulais aborder avec vous aujourd’hui, et pauvre de moi, je n’y arrive pas. Du coup je me demande si c’est bien la peine que je consacre ma matinée à écrire sur le sujet…
M’enfin, on va quand même essayer. Je devrais pouvoir me débrouiller avec les réactions suscitées par l’info plutôt qu’avec l’info elle-même.

Or donc, voilà comment les choses se sont passées pour que vous en soyez à me lire en ce beau week-end du mois d’avril.
Hier-midi, alors que je regardais « l’édition spéciale » sur Canal, j’entends parler d’un sondage commandé par ETHIC (?) qui, d’après lui, révélerait que selon 43% des français, les médias parleraient trop de la crise, et même, comble de l’horreur, contribueraient à son aggravation.
Me désintéressant des commentaires des chroniqueurs sur le sujet (ils étaient complètement à côté de la plaque selon moi, puisqu’ils entraient dans le jeu de la culpabilité), je me lève alors de table, j’essuie mes mimines, et je me dirige à grands pas vers mon ordi situé à 2,31 m de mon assiette de pâtes, pour y taper E-T-H-I-C… Ben oui ! J’suis comme ça moi ! Quand il y a un truc qui me chiffonne, je vais voir un peu de quoi il retourne !

Et là, oh surprise, voilà que mon moteur de recherche me dévoile avec son manque de pudeur habituel ce qu’est exactement le mouvement ETHIC
Rien que de voir la tronche de Sophie de Menton à la Une de leur site internet, je me dis illico que les dés sont pipés et que je vais avoir là matière à pondre un article…
Vous savez bien, j’aime assez décrypter les sondages, surtout lorsque ceux-ci sont tendancieux et sujets à caution… Et sur ce coup-là, je me disais que j’allais avoir de l’or en barre !

Je sauvegarde donc le lien, et je note sur mes tablettes de consacrer une de mes matinées prochaines à disséquer ledit sondage et de pondre un pamphlet bien senti sur le sujet…

Et c’est donc ce que je m’apprêtais à faire ce matin, pour mon plus grand plaisir et j’espère également le votre… Sauf que j’ai eu beau remuer le net en tous sens, impossible de mettre la main sur une quelconque information relative à ce fichu sondage ! Rien ! Quedalle ! Wallou !
Même chez l’institut de sondage qui a commit « l’enquête », GN Research, impossible de dégoter quoi que ce soit !

La seule chose que j’ai trouvé, c’est un sondage datant de novembre 2008 et traitant du même sujet mais avec des chiffres un peu différents. D’ailleurs, vous noterez en agrandissant la photo ci-contre que les réponses aux questions sont fort éloignées de l’article du Figaro qu’elles ont inspirées… D’ailleurs, puisque l’on parle du Figaro, il semblerait qu’en ce qui concerne ledit sondage, le dernier impossible à trouver, cet aimable opuscule soit un des seuls à aimer jouer les relayeurs de ce type de sondage… (Voir l’article du 14 avril 2009)

Bref, tout cela sent de plus en plus l’arnaque… Alors, résumons-nous :
Nous avons, une association de patrons qui aime à communiquer sur les bons côtés du libéralisme (Le slogan « J’aime ma boite » et les campagnes en faveur des entreprises dans les écoles, c’est eux).
Nous avons un institut de sondage spécialisé dans le marketing et la communication « client ».
Et, enfin, nous avons un journal pro-gouvernemental et appartenant ouvertement à la droite néolibérale qui se charge de relayer les messages des deux officines précitées…

Oh mais dis-donc ! C’est-y pas merveilleux comme système de propagande ça ?!?! Car, en fait il s’agit bien de cela : De la propagande ! Pire, de la désinformation ! Du bourrage de crâne destiné à influencer avec de faux arguments les esprits les moins curieux !

L’article du 14 avril du Figaro n’est donc que du rabâchage, destiné à désigner un bouc émissaire facile (les médias). Une redite, même pas crédible car sans preuve, du message que les libéraux bon teint espèrent nous faire entrer dans le crane, et qui est : Retrouvez confiance !
Ah… Cette fameuse confiance… Moteur intangible du capitalisme. Critère évanescent de la consommation… Depuis qu’elle s’en est allé avec les milliards des banques, tout semble aller de mal en pis ! Ils voudraient bien qu’on la retrouve cette croyance aveugle dans le système et que nous recommencions à jouer les gentils consommateurs bien dociles et bien naïfs…
Et pour que cela arrive peut-être un jour, ils nous serinent et rabâchent toujours les mêmes rengaines. Même si pour cela il faut utiliser l’artifice le plus éculé du monde : Le mensonge.

Je sais bien que je peux paraitre bien naïf à mon tour que d’énoncer l’évidence (Certains ici même me le font parfois remarquer), mais je crois moi aussi, en quelque sorte, au bienfait de la répétition. Le démontage systématique de cette propagande, outre le fait que cela m’amuse, est une façon de lutter contre elle. Car si un jour on omet de le faire, elle risque alors de porter ses fruits.

Par ailleurs, histoire d’étayer un peu mon questionnement, je vous signale que le site payant d’@rrêt Sur Image, relève lui aussi l’incohérence du propos et le manque de preuves du Figaro…

Allez ! Je vous souhaite un très bon congé de fin de semaine !