Je voulais vous dire…


Un blog qui parle de politique, de social, d'environnement... De la vie quoi!


lundi 1 septembre 2008

Socialisme et crédibilité

Je sais, vous allez me dire que je suis un niais. Une espèce de candide indécrottable. Peut-être… Le fait est que, comme pas mal de gens de gauche, je me suis intéressé à l’Université d’Eté du Parti Socialiste, traditionnellement sise en la bonne ville de la Rochelle.

De derrière mon écran 20 pouces, j’ai tenté, je dis bien tenté, de suivre les événements. J’espérais vaguement que quelque-chose de bon en ressortirait… Je ne sais pas moi, un consensus, une sorte de front commun anti-Sarkozy, une ligne directrice… Bref, un truc. N’importe quoi, mais au moins un truc… !
La seule idée commune que j’ai entendu, et bien entendu car elle a été hurlée par tous, c’est que le PS se veut uni ! Uni, certes, mais tous veulent que le PS s’unisse derrière celui ou celle qui hurle le plus fort. Résultat : Une cacophonie indescriptible. Un bordel sans nom.
Le Parti Socialiste avait là une occasion, peut-être la dernière, de mettre un terme aux rivalités internes et de rassurer ses militants. Il n’en fut rien.
A quoi avons-nous assisté ? A des tractations de maquignons, des alliances et des trahisons, des petites réunions sur les terrasses des cafés avec des combinaisons improbables entre socialistes de toutes tendances essayant de concilier l’inconciliable. Notamment le libéralisme et le socialisme.
Ségolène Royal voulant démontrer qu’elle était au-dessus de tout ça n’a fait qu’une visite éclair. Du genre : Moi, je ne me mélange pas avec la plèbe et je suis confiante dans le vote des militants !
Le pauvre Moscovici qui tente une sortie avec Montebourg avant de faire lâcher par lui et de se retrouver à la rue, privé de dessert…
Tout cela est d’un pitoyable ! Le PS est décidément, encore et toujours, décevant.
Le seul grand vainqueur de cette université d’été est donc (roulement de tambour !) Nicolas Sarkozy… Celui-ci doit se gargariser de voir les représentants du plus grand parti d’opposition (en nombre de voies pour 2007) s’acharner à s’autodétruire. C’est tout bénef pour lui !

Deuxième sur le podium des grands gagnants de cette université d’été : Olivier Besancenot et son parti anticapitaliste en devenir… Je gage que de nombreux militants ont déjà décidé en leur fort intérieur d’adhérer au NPA dès que celui-ci verra le jour.
Au final donc, le Parti Socialiste se plaignait de ne pas être audible… Je peux dire aujourd’hui, qu’en plus, il n’est plus du tout crédible.

Post-scriptum : Pendant le même temps se déroulait une autre université d’été, celle du parti Communiste… Bon, on ne va pas parler des morts, vous êtes d’accord ?

dimanche 31 août 2008

Politique et galipettes

Vous avez été nombreux (enfin, pas mal…) à répondre au petit sondage qui a trôné ostensiblement dans le coin supérieur droit du présent blog, tout au sommet des brèves. Amis et visiteurs, je vous remercie d’y avoir participé.
La question posée était : « Pour vous, est-il envisageable de vivre avec un conjoint aux idées politiques opposées aux vôtres ? ». Et vous avez répondu NON à 59% (26/44), et OUI à 41% (18/44).
Pour moi, la réponse à cette question est aujourd’hui, indubitablement non. Mais, soucieux de savoir si j’étais dans la normalité, je me suis dis : « Ben, demande-leur et tu verras bien ! ».
En fait, je vais vous raconter pourquoi cette question m’est importante… Lors de ma dernière relation sérieuse, je sortais avec une femme aux idées de droite, raciste et ultranationaliste. Voter Le Pen était pour elle une fierté et elle ne cachait nullement ses idéaux. Seulement, voilà : C’était une femme (et ça l’est probablement toujours !) extrêmement sympathique, intelligente, marrante, excellente maitresse de maison et une amante passionnée et inventive…
Le seul problème est que dès que nous abordions des sujets de société, où la vision politique du monde est forcément impliquée, les choses dérapaient et nous nous trouvions alors devant un mur d’incompréhensions respectives.
Alors que je me plaignais de cette situation à ma mère, celle-ci, qui en avait marre de me voir toujours célibataire à 38 ans, me rétorqua que j’étais beaucoup trop exigeant et que je devais apprendre à mettre certaines choses de côté pour assurer l’harmonie de mon couple. Facile à dire ! Mais, en tous cas pour moi, difficile à mettre en œuvre. Tendrement attaché à cette demoiselle, j’essayais tout de même, et je fis des efforts. Je mis donc mes idéaux dans ma poche et mon mouchoir par-dessus. Je restais sourd aux remarques racistes, je changeais de sujet dès qu’une polémique pointait le bout de son nez. J’éteignais la télé à l’heure des infos pour ne pas créer d’incident… Bref, j’y mis du mien, vous en conviendrez. Mais c’était dur ! Oh putain que c’était dur… Finalement, au bout de quelques mois, nous nous séparâmes, pour des raisons autres que celles qui nous préoccupent aujourd’hui… Cependant, je me suis toujours demandé si c’était moi qui était trop sensible à ces choses, ou bien s’il était normal que les gens idéologiquement proche s’apparient.
Alors, les résultats du sondage montrent que vous êtes plutôt d’accord avec moi. Ce qui me rassure déjà un petit peu, cependant je m’étonne que ces résultats ne soient pas aussi tranchés que je ne le pensais…
Je pense pour ma part que tout est politique. Je veux dire par cette affirmation peut-être un peu usée, que le moindre geste qu’un citoyen puisse faire a une origine et une conséquence politique. C’est le propre du citoyen, au sens grec du terme, que d’être au cœur de la politique de sa cité. Il est partie intégrante du système…
Mais bon, j’ai peut-être tort, car si je regarde autour de moi, je connais quelques couples qui vivent, en apparence, très bien cette divergence d’opinion. Mais je dois reconnaitre que pour la plupart, l’un ou l’autre des partenaires dit ne pas aimer la politique, ou du moins s’en désintéresser. (Tous pareils !) Alors je pose la question aux dix-huit personnes qui ont répondu oui : Comment vous faites ? De quoi vous parlez ?
Je considère que l’amour se doit d’être une communion de corps et d’esprit. Il est frustrant de s’éclater au lit si c’est pour n’avoir rien à se dire en dehors dudit lit. De même, une parfaite entente se doit d’être complétée par des galipettes épanouissantes, sinon l’un ou l’autre ira voir ailleurs ! Mais bon, il semblerait que d’autres arrivent à faire autrement… Donc, je n’ai pas vraiment de réponse à mon questionnement…

Font chier les sondages !

Bon dimanche quand même !

vendredi 29 août 2008

Sarko pète un câble

Le fait est que je suis un peu perdu là… A un point tel que j’ai envie d’étaler ici ma perplexité. Mais que peut-il bien se passer dans la tête de notre président Sarko 1er ?
Hier, j’apprenais comme vous-tous, la solution imaginée pour financer le Revenu de Solidarité Active. Une taxe de 1,1% sur les revenus du capital. Youppie ! Voilà une mesure qui va dans le bon sens, me dis-je aussitôt. C’est vrai quoi, on finance une mesure d’aide au plus démuni par une taxe issue des placements et autres sources de revenus indirects. Si ça, ce n’est pas une mesure sociale, je ne m’y connais pas. D’ailleurs, il n’y a qu’à observer les réactions des uns et des autres pour constater que cette mesure fâche les patrons et les députés conservateurs de droite et embarrasse les gens de gauche. Les premiers déplorent le fait que l’on impose au peuple une taxe supplémentaire. C’est vrai quoi ! On n’a jamais rien solutionné en augmentant les impôts, c’est bien connu… Pour les seconds, le seul argument que l’on entend est que, face au bouclier fiscal de l’année dernière qui protège les revenus les plus élevés, cette « mesurette » compte pour du beurre. Michel Sapin, c’est même fendu d’un « Ce n’est pas une bonne action aujourd’hui qui va effacer le péché originel du bouclier fiscal ». Ce n’est pas faut, car 1,5 milliard ne feront jamais le poids face aux 15 milliards du paquet fiscal.
Mais bon, c’est un peu léger comme argumentaire quand même… Non ? Donc, un embarras certain, pour ne pas dire un certain embarras… Et qu’apprend-t-on dans La Tribune hier ? Une nouvelle taxe de 5% sur les intéressements et la participation serait à l’étude pour financer la sécurité sociale ! Mais c’est la Parisot qui va se mettre à hurler !
Alors ce matin, je vous avoue que je ne sais pas trop quoi penser. Qu’est-ce qui lui prend à l’autre tache ? Il a viré sa cuti pendant l’été ou quoi ? A moins que Ste Carla ne l’ait visité…
J’ai peut-être un élément de réponse, aussi je vous le soumets et vous me direz ce que vous en pensez…
Nous savons tous que ce qui importe à notre nano président, c’est avant tout son image. Ce type là veut qu’on l’aime et fera tout pour ça, même aller contre ses propres troupes. Sa cote de popularité étant au plus bas, il lui faut saisir la moindre occasion de reprendre la main, surtout dans la perspective d’une rentrée sociale plutôt chaude. En effet, quoi de mieux qu’une mesure sociale pour montrer sa bonne gouvernance et sa politique d’ouverture, coupant ainsi l’herbe sous le pied des socialistes et des syndicats ? De même, on commence à bien connaitre l’asticot, et l’on sait également qu’il ne fait jamais rien pour rien… Donc, à mon avis, il s’agit plus d’une opération de diversion qu’autre chose. Mais alors on peut se demander, une diversion pour masquer quoi ? Qu’est-ce qui va nous tomber sur le coin de la figure d’ici peu ? Soudain, j’ai la pétoche…
Allez les amis ! Dites-moi que je suis paranoïaque ! Dites-moi que je vois le mal partout ! Dites-moi que notre Glorieux Président Elu n’est pas aussi retors que je ne me l’imagine ! Dites-moi que mon antisarkozysme primaire m’aveugle… Rassurez-moi sur l’avenir de mon beau pays que j’aime…

lundi 25 août 2008

Ouf ! C’est fini…

Et bien ça-y-est ! C’est fini ! Les Jeux Olympiques de Pékin sont bel et bien terminés. Comme prévu, on a eut droit à une avalanche de promotion de ce qui ce fait de pire dans la nature humaine. La compétition, le marketing publicitaire, la promotion d’un nationalisme chinois exacerbé. Bref, que des motivations qui me font gerber. Donc, autant vous dire que je ne suis pas fâché que cela soit fini.

Par contre, il est un point qui me fâche particulièrement. Comme certains autres, j’avais espéré que les sportifs étaient des hommes et des femmes ayant en plus de leurs muscles, un cerveau. Ou, tout du moins, une conscience politique. Il m’apparait que ce n’est, hélas, pas le cas. Aucune manifestation de protestation. Rien, quedalle, peau d’zob… C’est à pleurer de la nature humaine. Il y a bien eut lieu quelques petites revendications en dehors des stades. Des manifestations aussi sporadiques que rapidement étouffées par une police omniprésente. Mais force est de constater que la dictature a gagné son vaste programme publicitaire. La chine a gagné cette manche et le monde le lui reconnait volontiers. Dans la presse, ce ne sont que félicitations dithyrambiques sur une organisation sans tâche, sur la beauté des cérémonies, la modernité des installations… Bref, on ne parle que de ce qui est visible. Le tape-à-l’œil. Et c’est finalement ce qui restera de ces jeux : De la poudre aux yeux, bien aveuglante.

Le président du CIO, Jacques Rogge, se déclarait hier content des effets positifs que les jeux ont eut sur la Chine… Des effets sur le long terme, précise t’il. Pour lui, la graine de la démocratie a été plantée en ce mois d’aout, mais elle devra sans doute attendre bien longtemps avant de germer. Je serais moins optimiste que ce monsieur…

Les chinois ont promis que les mesures écologiques prisent lors des jeux perdureraient. C'est-à-dire que les usines intra-muros fermées pour l’occasion, ne rouvriraient pas. Là, je n’y crois pas un seul instant. Car déjà la crise systémique globale frappe durement le pays, un temps épargné par un dumping gouvernemental uniquement axé sur la promotion des JO. L’inflation devient galopante (6,5% en aout) et après l’alimentaire se propage aux matières premières touchant l’industrie. Les 40 milliards de dollars qu’auront coutés ses jeux vont dangereusement manquer dans les mois à venir, et le gouvernement chinois envisage déjà d’injecter entre 40 à 50 milliards supplémentaires dans un plan de relance qui ne servira certainement à rien. Comme prévu par le think-tank Europe2020, la crise fera chuter l’empire chinois comme elle écrasera l’empire américain.

Les jeux olympiques étaient, dans l’esprit du baron de Coubertin, une façon de promouvoir un esprit de paix et de fraternité. C’était il y a longtemps, et maintenant les jeux ne promeuvent que le capitalisme outrancier et les marchands de sodas… Triste réalité.

Pourtant ce matin, je me dis que, peut-être, une fois que l’économie mondiale se sera autodétruite, des hommes reprendront le flambeau de l’olympisme pour revenir à des valeurs plus universelles. Peut-être…

samedi 23 août 2008

La forêt du Grand Tétras (3)

Aujourd’hui, on va attaquer les choses sérieuses ! Parce que, c’est bien beau de se balader en raquettes, de faire le mariole sur les places de chant et de faire fuir les oiseaux, mais il arrive bien un moment où il faut se mettre à bosser… Vous n’allez tout de même pas croire qu’on allait me payer des vacances dans le Jura pour mes beaux yeux (si-si !) tout de même ? Et vous auriez raison ! Le fait est que je ne passais pas tout mon temps sur mon étude. J’étais un employé de la réserve et, à ce titre, je participais à toutes ses activité : Que ce soient de la surveillance des impactes touristiques, comptage de chamois, comptage de touristes, inventaire floristique… Bref, mais journées étaient bien remplies et je ne comptais pas mes heures. Par ailleurs, j’avais comme mission annexe de peaufiner le travail réalisé lors de mon stage de formation. Ce travail consistait à réaliser un descriptif de la propriété forestière dans la zone de la réserve. C'est-à-dire de cerner au plus près les pratiques forestières, les types de propriétaires, etc… Pour ce faire, j’avais épluché le cadastre et analysé les données que celui-ci recèle. Vous seriez étonné de tout ce qui peut ressortir d’un tel fichier qui, au départ, sert à l’état pour asseoir l’impôt. C’est fascinant ! La continuité de cette étude était essentiellement de mettre au point un questionnaire destiné à tous les propriétaires, de le leur envoyer et d’analyser les réponses de manière statistiques. Pour affiner encore plus cette étude, j’organisais des interviews avec certains propriétaires, afin de cerner des notions difficiles à saisir sur un questionnaire papier. Des notions comme les relations affectives que les propriétaires de parcelles entretiennent avec leur bois par exemple. Du qualitatif rajouté au quantitatif. Je rencontrais également des acteurs de la vie publique, des maires, de fonctionnaires du ministère de l’agriculture, des écologistes, des éleveurs… Et c’est lors d’une de ces rencontres que me vînt l’idée première qui me permit de mettre au point ma méthodologie. Il s’agissait d’un représentant du programme Life Tétraonidés qui me parla des populations de tétras qui vivaient sur la troisième marche des plateaux jurassien, dans les forêts du Massacre et du Risoux. D’après son descriptif, les tétras y étaient nombreux et vivaient dans un type de forêt qui n’avait rien à voir avec celle que je rencontrais dans le territoire de la réserve ! Comment les populations d’une espèce pouvaient-elles adopter des comportements différents à quelques dizaines de kilomètres l’une de l’autres ? J’étais perplexe. Je pris conscience alors que la sous-population du Haut-Jura avait adopté un comportement particulier du fait des conditions particulières du milieu. Vous comprenez maintenant pourquoi je vous ai parlé de la géographie particulière du Jura dans l’épisode précédent ?
Donc, si je voulais décrire une pratique forestière cohérente avec mes tétras du Haut-Jura, il me fallait oublier tout ce que je pouvais avoir bien lu sur tous les autres tétras. Les miens, ils avaient une vie différente de leurs congénères, dans un milieu différent des autres.
J’avais découvert mon petit fil, et je n’avais plus qu’à le tirer doucement pour démêler ma pelote… Tous les travaux effectués par d’autres ne m’étaient d’aucune utilité… Il me fallait donc tout recommencer depuis le début : Décrire le milieu et ses spécificités, recenser les Tétras affiliés à ce milieu et voir si on pouvait en tirer des conclusions cohérentes.

Fort de cette compréhension soudaine, je m’attelais à la tâche. Qu’est-ce que j’avais comme matos pour pouvoir travailler ? J’avais le terrain et les rapports de présence de Tétras sur le territoire de la réserve. J’avais des fiche de descriptions du milieu propices aux Tétras, misent au point par les naturalistes du programme LFE. J’avais également en main les derniers travaux de deux ingénieurs Herbert et Reibero, sur la typologie des futaies jardinées et irrégulières que l’on rencontre sur les plateaux, les pentes et les sommets du Jura. J’avais toutes les pièces du puzzle, et comme dit l’autre : Y’avait plus qu’à !
A ce stade de mon histoire, je vous engage à relire mon article sur la futaie jardinée. Ca vous remettra en tête les caractéristiques de ce type de peuplement… Pour ceux qui ont la flemme, je vous en rappelle quand même le principe énoncé par notre maître à tous (les forestiers écolos), j’ai nommé le grand, l’immense JP Schutz : Futaie constituée d’arbres à houppiers non contigus, occupant tout l’espace vertical, dont la structure se maintien de façon analogue dans l’espace et le temps, sur une surface restreinte et où on pratique toujours le même genre d’intervention : Le jardinage… Le jardinage ou coupe jardinatoire étant une opération sylvicole réunissant en une même intervention les cinq critères suivants : Régénération, éducation et sélection, régularisation de structure, récolte, et interventions sanitaires et forcées. (Le régime du jardinage, Schutz, 1989).Herbert et Reibero avaient affiné encore plus la théorie en mettant en place une typologie descriptive spécifiquement rattachée au Jura… Cette typologie décrit sept types de milieux forestiers :
Typa A : Structures jardinées à matériel sur pied modéré, diamètre supérieur à 60 cm. Développement des tiges sans contraintes. Régénération abondante. Feuillus limités à 20%. Bonne répartition spatiales et géographique des tiges.
Type B : Structures jardinées riches à fort pourcentage de Gros Bois. Excédent de GB et déficit de PB et de BM. La faiblesse du nombre des perches et de la régénération est un indice de vieillissement. Diamètre d’exploitabilité généralement élevé.
Type C : Structures jardinées à faible matériel sur pied, résultant souvent de fortes coupes ou de chablis importants. Régénération surabondante, et bouquets denses de perches. Peuplements clairs.
Type D : Structures régularisées par excédents de Petits Bois. Peuplement jeune à volume sur pied modéré. Semis et perches en nombre suffisant. Structure souvent proche du type A, mais peu de GB, forte densité et nombre élevé de PB qui ne permettra pas le développement normal des catégories inférieures.
Type E : Structures régularisées par un excédent de Bois Moyens. Volume sur pied raisonnable. Nombre de PB et de perches correct. Régénération insuffisante. Type le plus répandu dans le Jura.
Type F : Structure régularisées et vieillies par excédent de GB. PB peu nombreux et dominés, à majorité de sapin. Régénération très déficitaire. Parfois peuplement à deux étages. Le volume à l’hectare étant un critère non caractéristique.
Type G : Peuplement à très faible matériel sur pied. Surface terrière inférieure à 10 m² et volume supérieur 100 m3/ha.

Vous êtes paumés ? Non mais, faut me le dire si vous-y comprenez quedalle… Bon, je vais expliquer un peu tout ça. En foresterie on distingue trois types de bois. Le Petit Bois (PB) c’est l’arbre qui est en dessous du diamètre d’exploitabilité défini par le milieu et l’essence. En générale, ça tourne autour de 42,5 cm. Le Bois Moyen (BM) c’est l’arbre immédiatement proche de ce diamètre et le Gros Bois (GB) c’est l’arbre qui le dépasse. Vu ? Une bonne futaie jardinée se caractérise par une répartition de ces diamètres selon une courbe exponentielle décroissante. C'est-à-dire que l’on doit avoir plus de PB que de BM et plus que de GB comme vous pouvez le voir sur la courbe ci-dessus.
La surface terrière, nous informe sur le degré d’occupation de la parcelle. Elle s’exprime en m²/ha et peut nous permettre de calculer le volume du peuplement à l’hectare qui lui s’exprime en m3/ha. En fait, la surface terrière est obtenue en additionnant la surface qu’occupe chaque tronc d’arbre à une hauteur donnée (1,50m) cela nous permet de définir l’aspect clairièré ou non de la parcelle. Confronté à la densité (nombre de tiges à l’hectare) et à la hauteur moyenne, la surface terrière nous permet également, via un abaque spécifique, de calculer le volume de l’arbre moyen (VAM) qui lui nous dira si la parcelle est productive ou pas…
Je sais… Ca a l’air hautement rébarbatif tous ces chiffres (d’ailleurs ça l’est, même pour moi), mais sachez que c’est avec ça que bosse le technicien forestier. Il a besoin de savoir tout ça pour arriver à « visualiser » sa forêt. Pour prévoir là où il faudra intervenir, quand il le faudra et surtout comment il le faudra. On est loin des données strictement naturalistes vous en conviendrez !
A l’analyse de cette typologie et à sa confrontation avec mes propres renseignements, j’eu bientôt la confirmation de la différence qu’il existait entre le Haut-Jura et le reste de la chaîne de montagne. Dans les forêts plus basses en altitude, les Coqs se trouvaient plus volontiers dans des futaies de type A. C'est-à-dire une forêt assez dense et riche. Alors que dans les zones de la réserve, c’était plutôt dans des milieux de type E, F et G. Des zones de prés-bois (*) avec un faible volume sur pied, et de vastes zones libres… En fait mes Tétras affectionnaient cette limite ou la forêt laisse place à l’herbe rase et aux champs de fleurs. Là où la végétation cède devant l’apprêté du climat avant que de disparaitre au profit des névés éternels… (Amis poètes, bonjour !)
Mon plan était désormais au point. Je n’avais plus qu’à parcourir les parcelles à Tétras, faire les relevés nécessaires à l’obtention des données citées ci-dessus, entrer tout ça dans des feuilles de calculs compliquées et heureusement informatisées (merci Excel !) et enfin je pourrais dire qu’elles étaient les forêts propices aux Tétras. Avec tous les chiffres qui vont bien pour satisfaire les gens de l’ONF et les syndicats forestiers de la région !
Il me fallut avant tout ça imaginer une feuille de relevés. C'est-à-dire un formulaire type, sur lequel inscrire toutes les données. Ensuite apprendre à mes collègues à s’en servir et comment récolter ces données… Comment on mesure la hauteur d’un arbre, son diamètre. Comment on estime le couvert forestier en pourcentage (à vue de pif, combien de pourcentage de ciel vous arrivez à voir en levant les yeux !) ce genre de choses… Pour la fiabilité de l’étude, il fallait que nous soyons tous « raccord », c'est-à-dire que nous remplissions de la même façon cette sacrée fiche ! Enfin, vînt le choix des zones à étudier. Une fois toutes ces choses faites, nous étions prêts.
Il faut que vous sachiez que lorsque vous avez 250 ha de forêt à recenser, à une altitude qui varie entre 1200 et 1475 m et une pente comprise entre 5 et 40%, vous n’allez pas réellement compter et mesurer tous les arbres. C’est impossible. Enfin, si c’est possible, mais je n’avais pas le temps. Donc il fallait avoir recours à la méthode statistique. J’ai divisé la surface à étudier en un quadrillage hectométrique, et à chaque intersection nous effectuions nos relevés dans un rayon de 10 m. Par extrapolation, cela permet ainsi d’avoir une cartographie complète de la zone. Cela nous prit deux semaines pour tout faire. Deux semaines de travail sur le terrain à avancer à la boussole dans des endroits parfois impénétrables (pas de GPS à l’époque !). A mesurer, compter estimer. A remplir ces fameuses fiches avec autant de soin qu’il est possible lorsqu’il pleut et que votre stylo est nase. A essayer de comprendre pourquoi vous vous retrouvez 100 m plus loin que ce qui est prévu sur la carte et de devoir tout recommencer depuis le début… Bref, ce furent des moments géniaux.
Nous travaillions surtout le matin tôt, avant les chaleurs estivales. Pendant cinq à six heures, nous déroulions notre topofil (**) et nous faisions notre description du milieu. Les rencontres avec la faune étaient courantes, nous croisions des chevreuils, des chamois, des renards… Et des Tétras bien sur ! Par deux fois je me fis surprendre par une envolée intempestive de ce satané volatile ! Je restais saisi, comme la première fois ou nous nous rencontrâmes…
Vers quatorze heures je rentrais chez moi pour prendre une douche avant de retourner au bureau pour rentrer les données de la journée dans l’ordinateur. Bref, comme je vous le disais, c’étaient des journées bien remplies. Mais, même si j’abattais gaillardement mes dix heures de boulots par jour, je m’en foutais royalement. Il est tellement plaisant et gratifiant de faire un travail qui vous plait. D’ailleurs était-ce vraiment un travail ? Pour certains esprits chagrins nous passions pour des dilettants, qui passaient leur temps à prendre l’air dans la montagne pour finalement pondre des règlements liberticides… Pour ma part, j’avais l’impression de faire œuvre utile. D’apporter ma modeste pierre à l’édifice de la protection de la nature, à la science et à ma propre expérience.

Allez ! Je vous laisse pour aujourd’hui. Je crois que vous en avez déjà assez bavé comme ça. Dans le prochain et dernier épisode, je vous parlerais des résultats que j’ai obtenus, et des conséquences qui en découlèrent…


(*) Le prés-bois est un terme suisse qui décrit un paysage particulier où se mêlent les pâtures et les bouquets d’arbres. On dit aussi pâturage boisé.
(**) Le topofil est un instrument de mesure de la distance qui se présente sous la forme d’un fil biodégradable relié à un compteur, que l’on déroule derrière soi.

mardi 19 août 2008

Ca commence à bien faire

C’est un méchant coup porté à nos troupes déployées en Afghanistan. Dans la soirée d’hier, une soixantaine de soldats appartenant aux 8ème RPIMA, 2ème REP et au régiment de marche du Tchad, ont été accroché dans une embuscade. Malgré le soutien aérien, les combats ont durés toute la nuit, et au matin, le bilan humain était plutôt lourd : Dix morts, 21 blessés.
Ce sont les lois de la guerre, aussi je ne n’épiloguerais pas sur cette tragédie. Par contre il est intéressant d’analyser les conséquences d’un tel événement. Les Français sont présents en Afghanistan depuis 2002 auprès d’une coalition composée d’une trentaine de pays, avec à leur tête les Etats-Unis. Cette invasion, appelons un chat un chat, avait pour but de mettre à mal le régime des talibans et accessoirement de mettre la main sur le cerveau des attentats du 11 septembre… Sept ans plus tard, les talibans sont toujours là, et même sont revenus en force avec le soutien d’une population lassée par tant d’années d’occupations. L’administration mise en place par l’ONU est un fiasco, l’Afghanistan est devenu le premier pays producteur d’opium au monde, et Ben Laden court toujours… Bref, triste bilan. En février de cette année le président Sarkozy décida de renforcer notre présence dans le pays avec un envoie de 700 hommes supplémentaires, pour un effectif total de 3000 soldats. Il s’agit là clairement d’un rapprochement avec l’axe Atlantique, et d’une mise en résonnance de la politique étrangère de notre pays avec celles des USA. Pour preuve, les déclarations de Sarkozy à la suite de cette bataille sont étrangement empruntes de la même rhétorique que celle communément utilisée par Georges W Bush : « la France est résolue à poursuivre la lutte contre le terrorisme ». Quel terrorisme ? Il s’agit juste de préserver un axe d’approvisionnement en pétrole et en gaz issus des anciennes républiques soviétiques via l’océan indien… Rien de plus.
Depuis 2002 les français n’avaient perdu que 14 hommes. Aujourd’hui le chiffre en est presque doublé. Alors que la refonte drastique de nos armées est en cour, avec son cortège de chômage et de drames sociaux, comment risque de régir l’opinion publique face à de telles pertes ? D’autant que, nous l’avons vu, les résultats ne sont pas là ? Pour ma part, la réponse à ces questions est claire. Barrons-nous vite de ce bourbier et laissons les américains tenter d’imposer leur mode de vie aux autres tous-seuls. Ils se rendront bien compte tout seul que c’est une chose impossible.

vendredi 15 août 2008

La forêt du Grand Tétras (2)

Bien… Où en étais-je ? Ah oui ! Ma première rencontre avec la bête… C’était lors d’un affût organisé autour d’une place de chant…
Mais avant d’aller plus loin, il faudrait peut-être que je vous décrive un peu quelles sont les caractéristiques de la vie privée du Tetrao urogalus… Ce n’est pas pour vous faire marner, mais je me dois de respecter quelques rigueurs scientifiques et narratives… Ben oui ! Si je ne vous explique pas ce qu’est une place de chant, vous ne comprendrez pas ce que je pouvais bien faire là, à cet endroit précis, à me geler les noix à cinq heures du matin ! Non ? Si ? Bon…
Grace aux lumières naturalistes de mon collègue, j’en appris donc un peu plus sur la vie de notre oiseau. Le Grand tétras, comme je vous l’ai dis auparavant, est un animal sensible aux changements du milieu. Cette sensibilité est essentiellement due au fait que chaque période de l’année induit chez lui un comportement, alimentaire et social, bien particulier. Et ce milieu, dans le Jura, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est assez exceptionnel, du point de vue géographique comme du point de vue climatique.
Je m’explique : Le Jura est un massif montagneux assez bizarre. En effet, si l’on regarde attentivement une carte, et plus particulièrement l’orientation de son relief, on remarquera que le massif jurassien est en fait un peu comme un escalier… Imaginez donc un escalier orienté vers le sud-est. Le sol, c’est la Bresse du Jura, une zone d’étangs et de vastes forêts qui s’arrête brusquement aux environ de Lons-le-Saunier. Là se trouve la première marche. Une hausse brusque du relief, transporte le promeneur sur un premier plateau en pente douce, d’une altitude moyenne de 500 m. C’est un paysage magnifique de vallons et de pâturages. Puis arrive la deuxième marche, qui va nous faire grimper jusqu’à 700-800 m d’altitude… Là ce sont les forêts profondes du Haut Jura. Puis une troisième marche nous conduit à un dernier plateau situé entre 900 et 1000 m. On est là dans un climat rigoureux proche de la taïga russe. Le thermomètre en hiver flirte régulièrement avec les -25°C. Il est même des endroits que l’on appelle des « glacières », dont le sol ne dégèle jamais ! Enfin, dernière étape et non des moindres, la Haute Chaîne, qui emmènera le randonneur fatigué jusqu’à 1700 m sur une crête pelée, balayée par les vents et la froidure. Ce même randonneur prendra bien garde à ne pas faire un pas de plus, car s’il n’y prête pas attention, c’est la dégringolade jusque dans le lac Léman, 1300 m plus bas !
Voilà donc le Jura. Cette succession de plateau a un effet particulier sur la faune et la flore… En effet, l’escalier dont je vous parlais va accentuer l’effet du climat continental et ainsi créer en haut des marches des conditions climatiques que l’on ne rencontre qu’à partir de 2500 m dans les Alpes. On arrive à la limite de végétation arbustive, la neige perdure six mois de l’année… Bref, des conditions de vie quasi extrêmes, mais c’est dans ces conditions-la que vit le Grand Tétras.
Alors, qu’elles sont plus précisément les caractéristiques d’un biotope à Tétras ? Elles sont au nombre de trois.
Premièrement, il faut de la surface. Le Tétras est un oiseau territorial qui a besoin, pour assurer son cycle annuel, d’une superficie énorme pouvant aller jusqu’à 200 hectares par individu. C’est beaucoup. Cela implique donc que l’on doive protéger des zones de plusieurs milliers d’hectares pour pouvoir assurer la viabilité d’une population entière. La densité optimale observée, aussi bien en Scandinavie, en Russie et dans le Jura, est de 3 à 4 individus adultes au Km².
Ensuite, il faut impérativement que la zone de vie soit riche en nourriture hivernale. L’hiver, l’alimentation du Tétras est spécialisée sur quelques espèces de résineux. Dans le Jura, c’est le sapin qui est privilégié, alors que dans d’autres régions, l’animal préférera les aiguilles de pins. Il faut donc que le sylviculteur prenne garde à conserver dans sa forêt un certain nombre de hauts sapins pour assurer la survie de l’espèce. Toutefois, une dizaine d’arbres bien situés peuvent suffire à l’alimentation d’un oiseau, mais nous verrons plus loin que c’est pas aussi évident que ça à réaliser.
Enfin, l’ouverture du milieu. Le Grand tétras affectionne les forêts à faible recouvrement arborescent et arbustif pour deux raisons. Un faible recouvrement permet le développement d’une strate sous-arbustive, notamment des framboisiers et autres baies, qui constitueront l’essentiel de la nourriture estivale. Une strate herbacée est fondamentale pour la reproduction car elle est riche en insectes divers (fourmis, larves, criquets…). Cela constituera l’unique source de nourriture pour les poussins pendant les premiers mois de leur vie.
De plus le Tétras a un comportement « anti-prédateur » basé sur le fait de voir avant d’être vu. Il a donc besoin d’avoir en permanence une vue dégagée sur son environnement immédiat pour pouvoir repérer à l’avance les bestioles qui voudraient le bouloter (renard, martre, autour, lynx…). A cela s’ajoute que ce bel oiseau est un bien piètre voilier. Vous l’avez bien regardé ? Franchement, on le comparerait plus à gros hydravion des années 40 qu’à un Rafale, non ? Le fait est qu’une telle bestiole est plutôt poussive au décollage, et que son poids l’handicape lourdement (si je puis dire !) quand il s’agit de changer brusquement de trajectoire. On ne compte plus les vols de Tétras interrompus brusquement par un pylône électrique incongrument placé sur sa route…

Donc, je récapitule : En gros, il lui faut de la place, avec une forêt ouverte et quelques sapins au milieu. Concrètement ça doit ressembler à la jolie photo que vous pouvez voir ci-contre. C'est ce que l'on appelle un paysage de prés-bois, et j'y reviendrais plus tard... Je peux cependant déjà vous dire que ce paysage bucolique à souhait n’est pas qu’un don de la nature. Il est issu en fait des pratiques agricoles propres aux Hauts du Jura, c'est-à-dire essentiellement l’élevage de vaches de race Montbéliarde (Meuh !) et plus particulièrement la production de lait pour la confection du comté…


En parallèle à ce descriptif du milieu, il convient de mettre l’accent sur trois périodes-clefs de la vie de l’urogalus. L’hiver, le printemps et l’été.

L’hiver dans le Jura, c’est l’enfer pour notre ami le Tétras. Et ce pour les raisons géographiques et climatiques que je vous ai expliqué plus haut. De novembre à mars, c’est une période de vie arboricole et une alimentation quasi exclusive basée sur l’apport énergétique de quelques pousses de sapins… Vous en conviendrez avec moi, c’est pas très folichon comme nourriture, ce qui fait que l’animal est en équilibre précaire du point de vue nutritionnel.
Il est faible. Le moindre dérangement peut l’inciter à vouloir s’enfuir, à décoller, et cela lui demande énormément d’énergie. Nombreux sont les Tétras retrouvés mort d’épuisement au cœur de l’hiver pour avoir été dérangé par des randonneurs en raquettes ou des skieurs hors-pistes…
Le printemps, c’est la saison des amours ! Vers fin avril-fin mai, on assiste au rassemblement des mâles (de 3 à 6) sur des sites traditionnels où chaque coq défend alors un territoire de moins d’un hectare. La place de chant étant une arène située à la jonction des différents territoires et c’est là que les coqs, vont faire montre de leur plus belles plumes et de leur plus belle voix. Et que ça se gargarise, et que ça fait son beau ! Bonjour mesdames, zavez vu comme j’ai une belle arcade bien rouge ? Ca veut dire que je suis plein à ras bord de testostérone. Et cette queue en éventail ? Zavez vu cette Queue ? Eh ! Toi ! Dégage de ma place de chant ou je t’arrache la tête à coup de bec ! Allez Mesdames voyez comme je suis le plus beau ! Le plus fort ! Ne vous inquiétez pas, j’aurais de quoi toutes vous satisfaire ! C’est spectaculaire, violent, bruyant et ça ne dure pas très longtemps… La preuve en image, avec cette petite vidéo, que voici que voilà, tralala !



Un mois après cette débauche orgiaque, les femelles, ivres de bonheur, s’en sont retournées sur leur propre territoire et donnent naissance à une couvée d’une demi-douzaine de poussins. Commence alors l’élevage des jeunes à base de protéines d’insectes bien gras pour une croissance rapide.
L’été, c’est la mue. L’oiseau change alors de sous-vêtement pour se préparer à la saison froide. Il emmagasine de quoi tenir l’hiver, et mange à peu-près tout ce qui est comestible. Fruits, fleurs, graines, pousses, tout y passe. Jeunes comme adultes ont donc besoin d’une strate basse abondante et riche.

Voilà, en gros, quelles sont les caractéristiques d’un milieu à Grand Tétras. Vous l’aurez remarqué, c’est assez varié, et il est difficile de trouver toutes ces qualité sur une petite surface. C’est pourquoi la gestion forestière en matière de protection des tétraonidés se doit d’être considérée à une plus grande échelle que celle de la simple parcelle forestière. Il faut voir grand, à l’échelle du massif forestier tout entier. Problème : Cela implique plusieurs propriétaires, plusieures communes… Politiquement, financièrement la tâche s’en trouve grandement compliquée. C’est pourquoi le statut d’une réserve naturelle est un atout puisqu’elle fédéralise les actions et motive les financements.

Bon, on va s’arrêter là pour aujourd’hui, et surtout si vous me trouvez un peu trop nébuleux ou désordonné, n’hésitez pas à me le dire dans vos commentaires… je compte sur vous !

Pardon ? Comment-ça j’ai oublié quelque chose ? Ah oui ! Autant pour moi…
Or donc, un beau matin de mai bien frisquet je me suis retrouvé à faire le poireau dans l’espoir d’apercevoir mon premier coq de bruyère. Nous étions quatre valeureux bonhommes à nous être levé dès trois heures du mat pour pouvoir nous mettre à l’affût avant que le jour ne se lève… Nous avions choisi une place de chant connue pour être assez fréquentée et nous espérions pouvoir observer quelques bestioles… Nous nous installâmes donc sous des filets de camouflage à différents points de la place de façon à encercler la zone. Nous étions distants d’environ 50 m les uns des autres et nous ne bougions pas un cil… Les consignes étaient aussi claires que strictes. Pas de bruit, pas manger, pas fumer, rien… Il fallait être aussi immobile et silencieux qu’un gros caillou. Ce fut long, très long… Le Tétras est sensé commencé sa parade aux premières lueurs du jour. Mais ce matin là il devait faire une grasse matinée car une heure après le lever du soleil, nous n’avions encore rien vu ni rien entendu ! Je commençais à me dire que nous étions encore trop tôt dans la saison, que la chaleur du printemps n’avait pas encore réveillée ses gros paresseux. Au bout d’encore une heure de coititude, il devait être neuf heures du matin, quelque chose comme ça, j’ai craqué. J’en pouvais plus. J’avais froid, j’avais faim, j’avais envie de pisser et surtout j’avais envie de m’en griller une. Je me suis donc levé et j’ai fait quelques pas pour me dégourdir les guiboles. Le soleil était maintenant assez haut et réchauffait la clairière près de laquelle je me trouvais. Des volutes de vapeurs s’élevaient dans l’air. C’était magnifique. Du coin de l’œil, je vis un de mes camarades se lever à son tour, je le saluais de la main et continuais ma petite promenade…
Tout à coup, alors que je marchais tranquillement, un grand bruit se fit entendre à moins d’un mètre de moi. Un bruit énorme. Imaginez trois à quatre kilos de volatile se précipitant dans les herbes, ses ailes battant le sol à pleine puissance, pour prendre son envol. J’ai fais un bon sur le côté et je crois même avoir crié de surprise. Un tétras venait juste de décoller sous mes pieds ! J’eu juste le temps de tourner la tête pour voir une silhouette noire grosse comme un dindon tracer entre les branches basses des arbres pour disparaitre derrière un affleurement rocheux. Je venais de voir mon premier Tetrao urogalus ! J’en avais le cœur qui battait la chamade et les mains qui tremblaient. Ce n’était pas tant la surprise qu’il m’avait causé, le bougre, que le plaisir d’avoir enfin vu l’objet de mon travail acharné depuis deux mois. J’étais aux anges, et en même temps je me sentais coupable de l’avoir fait fuir ainsi… Mon camarade le plus proche, qui avait suivit la scène de loin, me rejoignit et me demanda de confirmer ce qu’il avait cru distinguer. Je le lui confirmais : Oui, je venais de faire ma première rencontre avec cet oiseau mythique ! Pendant les mois qui suivirent, j’eu l’occasion de l’apercevoir deux fois encore. Mais jamais je ne ressenti de nouveau cette émotion qui me submergea en cette belle matinée ensoleillée du mois de mai 1995…

Allez, les amis ! Suite au prochain épisode. On entrera dans le vif du sujet en abordant l’étude proprement-dite, c’est à dire la méthodologie et la recherche de données.

A plus !