Je voulais vous dire…


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samedi 16 mai 2009

Les Ch’tis, ou l’apologie de la médiocrité (?)

Bonjour-bonjour ! Aujourd’hui, malgré le ton enjoué que pourrait laisser présager la double salutation qui entame ce texte, je dois vous prévenir à l’avance, je n’ai pas particulièrement envie d’être ni joyeux ni tendre. Je me sens limite furibard, mais avec encore quelques soupçons de rationalité pour pouvoir analyser et justifier cet état. D’ailleurs, même si je sais que ça vous plait bien quand je pousse une gueulante, vous avouerez quand même que c’est un poil plus constructif lorsque celle-ci est accompagnée d’arguments… Non ? Ah bon, j’me doutais bien…

Comme vous le savez déjà puisque vous êtes des lecteurs attentifs, mon opérateur du câble me soumet régulièrement à la torture en m’offrant parfois quelques chaines de télé supplémentaires. Mon opérateur, Numéricable pour ne pas le nommer, ne sait pas que je suis pauvre comme Job, mais il continu néanmoins à me titiller le portefeuille pour voir s’il n’y resterait pas quelques piécettes à grappiller…
Donc, ce mois-ci ils ont fait très fort, puisqu’ils m’ont ajouté, non pas un mais deux bouquets supplémentaires à mon paysage audiovisuel. J’ai droit à Ciné-Cinéma et à Canal ! Et donc, c’était jeudi soir, j’ai pu enfin voir Bienvenue chez les Ch’tis sur Canal Plus Cinéma…

Et c’est de ça, et d’autres choses, dont je voulais vous parler aujourd’hui.
Ca va l’entrée en matière ? Pas trop longue ? Bon ok, alors on attaque.

Lorsque le film Bienvenue chez les Ch’tis est sorti je ne suis pas allé le voir. Tout simplement parce que je ne vais plus au cinéma depuis des années car c’est trop loin et c’est trop cher. Ça, c’était les raisons du départ. Ensuite, lorsque le buzz a commencé autour du film et que les entrées des salles montaient en flèche, je me suis dit que je n’irais pas le voir quand même… Je suis peut-être un asocial paranoïaque, mais moi, lorsqu’on me dit que quelque-chose est formidable, j’accueille cette affirmation avec indulgence, mais aussi avec circonspection. Et plus on en rajoute, moins j’ai envie de me bouger pour suivre le mouvement. Lorsque vous regardez passer un troupeau de moutons, et que vous en voyez un qui ne va pas dans le même sens que les autres, il y a de grande chance qu’il s’appelle Gwendal. C’est comme ça.

Et puis, au milieu du concert de louanges qui encensait le film, sa générosité, son humour etc… J’ai entendu quelques rares critiques qui m’ont paru frappées au coin du bon sens et j’ai eu tendance à les écouter elles, plutôt que de suivre l’enthousiasme ambiant…
Aussi, sans l’avoir vu, j’ai donc classé ce film dans la catégorie « paupérisation intellectuelle » de mon échelle de valeur. Je ne vous cache pas qu’au début, ça me faisait un peu chier de me retrouver au côté de Zemmour et Le Pen. Le groupe des antis-Ch’tis n’était certes pas énorme, mais il comprenait quand même quelques figures nauséabondes… Mais bon, on peut être un connard et avoir quand même un peu de jugeote. C’est ce que je me disais pour me dédouaner.

Donc, un an après sa sortie, j’ai enfin vu la merveille. Le film aux 20 458 104 entrées… Le film qu’un français sur trois est allé voir en salle. (Putain ! Quand on y réfléchit… C’est énorme !)
Et bien, vous voulez que je vous dise ? Je suis bien content de ne pas avoir dépensé mon fric pour ça… !
Quand j’ai vu que ça passait à la télé, je me suis dis : « Ah enfin ! Je vais pouvoir me faire un avis objectif sur la question… ». J’ai donc abordé ma soirée avec un minimum d’ouverture d’esprit. Je me suis installé confortablement sur mon canapé, et j’ai regardé les malheurs de ce directeur de la Poste confronté à une culture qu’il ne connait pas, aux préjugés (les siens, car vous aurez noté que les gens du Nord n’en n’ont pas…), le tout agrémenté de quiproquos plutôt téléphonés.

Au final, j’ai ris. Pas beaucoup, mais un peu quand même… La première chose que je me suis dit, c’est que c’était une comédie « honnête », mais en aucun cas un grand film. En tous cas pas un film digne de se présenter aux Césars, ça c’est clair… (Je mets un lien pour Azul…) Tout de suite après, j’en suis venu à m’interroger sur ce qui avait bien pu faire déplacer (et dépenser de la tune !) autant de français… Là, je vous avoue que je n’en sais toujours rien. Pour moi, c’est mystère et boule de gomme.
La promotion du film ? Je n’ai pas noté qu’elle ait été différente des autres.
Le sujet ? Déjà vu, revu et re-revu… Je n’ai pas d’exemples qui me viennent à l’esprit, là tout de suite, mais le coup de l’étranger versus coutumes locales, c’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, par contre, c’est que l’on situe l’action dans ne Nord… Mais comme d’habitude dans ce genre de film, on caricature à l’excès l’autochtone en se foutant de sa gueule.
Les acteurs ? Le casting est bon. Merad et Boon font du Merad et du Boon et ils le font bien… Mais ça on le savait déjà. M’enfin, rien de vraiment neuf.

Aussi, franchement, avec toute l’honnêteté du monde je ne vois pas trop ce qui a permis ce film de pulvériser les records au box-office…
Si ce n’est peut-être ce que j’appellerais l’effet « mouton de panurge ». Mais bon, pour que cet effet fonctionne il faut quand même qu’il y ait un minimum de consensus autour de valeurs communes. Et en ce qui me concerne, les seules valeurs que je distingue sont l’utilisation abusive des clichés, la parodie outrancière, et l’éloge de la médiocrité.

Soyons clair, je n’ai rien contre les gens du Nord. Mais alors rien du tout. Je n’irais pas vivre là-haut pour tout l’or du monde, mais ça n’a rien à voir avec leur accent bizarre, leur maison en briques rouges bizarres (Z’ont pas de pierres là-haut ?) ni même leurs spécialités culinaires bizarres… Ce n’est pas non-plus une question de météo. Parce qu’en fait, quand j’y réfléchis, ça ne m’effraierait pas d’aller vivre en Bretagne ou en Irlande… Donc, la pluie et le froid comme repoussoir, ça ne marche pas. Non, si je n’ai pas envie d’aller là-bas, c’est tout simplement parce que je suis bien où je suis. C’est aussi con que ça.

Mais il faut quand même reconnaitre que l’image que le film donne des gens du Nord n’est pas terrible. Ils sont limite débiles (je parle de l’image), mais on leur pardonne parce qu’ils sont sympas… Aussi, lorsque l’on remarque une recrudescence de la fréquentation touristique à Bergues et dans le Nord-Pas-de-Calais en général, C’est donc que les gens vont là-bas pour y voir des gens débiles, mais sympas. Et là je vous citerais Philippe Marlière qui dit : « Bienvenue chez les Ch’tis est donc une comédie ambiguë. Bien intentionnée, elle campe un Germinal comique, mettant en scène un prolétariat dévoué, mais pas très futé, dans une région économiquement arriérée. Bon gré, mal gré, ce film flatte les principaux poncifs anti-Nord : serait-ce la raison de son succès commercial phénoménal ? ».

Mes chers amis, je trouve que cet engouement pour la mise en valeur de la médiocrité, participe au processus d’a-culturation massif qui nous attaque depuis quelques années. Ce film est en quelques sortes dans la droite ligne des castings de La Nouvelle Star, du buzz autour de Cindy Sanders, ou encore d’autres émissions comme Super Nanny… On assiste à la mise en valeur, non-plus de ce qui mériterait d’être cité à titre d’exemple, mais au contraire, on enfonce bien le clou en se gobergeant de la nullité.

En fait, et c’est là où je voulais en venir depuis le début car c’est un sujet qui m’interpelle depuis un bout de temps, en fait donc, nous sommes en train de nous faire manipuler de la plus belle manière… Et c’est un peu grâce à Franck Lepage (voir article précédent), que j’ai plus ou moins réussi à mettre des mots sur mon questionnement… Autant Lepage, et Herbert Marcuse avant lui, nous avertit que l’on est en train de nous enlever des mots pour ne plus pouvoir critiquer un système, autant dans ce cas d’a-culturation, ou de paupérisation intellectuelle si vous préférez, on est en train de vouloir changer notre perception des choses pour ne plus pouvoir imaginer être autre chose que ce que nous sommes.
Je m’explique. Lorsque l’on montre ou cite en exemple quelqu’un de formidablement doué, ou quelqu’un ayant fait de grandes choses, l’exemple prend alors une signification positive. Il nous sert de curseur sur notre échelle de valeur. Curseur que nous avons en ligne de mire et que nous chercherons donc à atteindre.
Seulement, depuis quelques temps, on assiste à la mise en valeur non-plus de ce qui se fait de mieux, mais plutôt de ce qui se fait de pire. Le résultat en est que, petit à petit nous n’avons plus en ligne de mire un « état supérieur » à atteindre, mais plutôt un « état inférieur » qui n’est là que pour nous rassurer. Car en effet, qu’elle peut être la réaction de celui ou celle qui n’a constamment sous les yeux que des exemples d’échecs pires que les siens ? Tout simplement, celui-ci se rassure en se disant qu’il existe bien pire dans le monde que sa propre vie, et il ne cherche donc plus vraiment à l’améliorer…

Voilà donc ce que nous préparent ces médias de masse : Une génération de gens contents de leur sort, qui se contente de railler des sous-exemples et qui, quoi qu’il arrive, n’auront même plus ni l’idée, ni l’envie de progresser par quels moyens que se soient… La plèbe idéale, silencieuse et satisfaite d’elle-même. Incapable d’imaginer vouloir autre chose que ce qu’elle a déjà… Incapable d’avoir des désirs autres que ceux qu’on leur proposera alors, clef en main.
Un autre exemple, qui a commencé je crois avec le premier Lof Story, ou Big Brother si vous préférez. C’était en 2001. Avec ce genre d’émission est apparue une nouvelle façon de faire progresser quelqu’un dans un jeu… Pour la première fois (en tous cas en France), on ne récompensait plus les meilleurs ou les plus méritants, mais on éliminait les plus mauvais… Le candidat se retrouvait dans l’obligation de progresser, non plus pour être meilleur que les autres, mais plutôt pour ne pas être le pire… Griotte sur le clafoutis, l’échec est alors mis en valeur. L’humiliation, somme toute relative, est orchestrée, et le public se gave de voir le candidat éliminé.
Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, je trouve que ça change quand même pas mal de chose… Surtout sur l’image que l’on a de soi-même et des autres. Ce n’est plus l’attraction de l’excellence qui fait progresser l’individu, mais la peur de l’échec. L’émulation du candidat n’est plus guidée par le fait d’arriver le premier au bout du bassin olympique, mais simplement de se maintenir à flot. Ce ne sont plus les qualités d’une personne qui font d’elle une gagnante, mais ce sont les défauts des autres qui les éliminent.
Vous avouerez que c’est un bien drôle de concept que celui-ci…

Et c’est là que j’ai le palpitant qui s’emballe et la tension qui grimpe. Parce que, il n’y a rien de plus qui m’énerve que de voir quelque chose d’évidemment néfaste fonctionner avec autant de redoutable efficacité. Un français sur trois, merde ! Ca ne vous énerve pas un truc pareil ?
Je ne saurais dire si ce processus d’a-culturation est le fait d’une intention délibérée… Je constate simplement son existence, et j’en subodore les effets, c’est tout. Cependant, je ne peux m’empêcher d’y voir quelques références à ce sacré Edward Bernays et à sa manie de vouloir satisfaire les désirs inconscients de la masse dans le but de la manipuler…

Comme quoi, après Bernays et sa manipulation, Lepage et sa critique de la politique culturelle, Bienvenue chez les Ch’tis tombe à pique pour illustrer ce que j’essaye de définir depuis quelques articles… J’ai bien conscience que je n’ai pas encore fini ma réflexion. Il me reste encore pas mal de boulot pour arriver à bien cerner, c'est-à-dire mettre des mots sur, cette satanée tendance qu’on certains à vouloir nous priver de jugement.

Aussi, je vais continuer à réfléchir à tout ça, et dès que j’ai récupérer quelques pierres à rajouter à l’édifice, on en reparle ! D’ailleurs, je compte aussi sur vous et votre jugement pour me fournir de la caillasse ! *

* : Un peu de flatterie ne fait pas de mal…

mercredi 13 mai 2009

Inculture (s)

Au début je voulais juste écrire un petit commentaire dans l’article précédant… Juste quelques lignes pour remercier notre ami Pseudo de nous avoir laissé, négligemment, un lien, comme ça en passant… Un lien qui, il me l’affirmait, avait un rapport avec mon article.

Bon, au début je ne voyais pas vraiment quel était ce rapport…

Je vais être honnête, lorsque j’ai vu au générique du début le sous-titre « Une autre histoire de la culture »... Je me suis dit : « Moi j’veux bien, mais entre la vie d’Edward Bernays et la Culture avec un grand C, il y a sans doute un rapport (puisque c’est Pseudo qui le dit), mais comme ça, a priori, je ne le vois pas… ».

Pas découragé pour autant, je promène alors ma petite souris sur le curseur de la vidéo, histoire de voir en accéléré de quoi ce monsieur en short pouvait bien parler. Le Ministère de la culture, l’éducation populaire, le parapente, mademoiselle Faure, la culture de la tomate… Houla ! Je me dis alors « Ça mon Gwen, c’est du lourd, mais ce n’est pas à huit heure du soir que tu peux te lancer dans un truc de 138 minutes ! ». Car en effet, moi à huit heures du soir, j’ai faim et après une journée derrière mon ordi, je n’aspire plus qu’à une chose : Me vautrer tel l’éléphant de mer moyen, sur mon canapé.

C’est donc le lendemain que je me suis attelé à la tache… Et quand je dis « attelé à la tache », il s’agit là d’une contre-vérité. Car en fait, je me suis plongé dans cette vidéo pour m’en délecter de chaque mots, conscient que ce j’écoutais et ce que je voyais, c’était du caviar. Du caviar pour les neurones, et en ce qui me concerne une source gigantesque d’informations sur un sujet que je ne maitrisais pas du tout.

Alors, ne vous laissez pas impressionner par la longueur de la vidéo. Réservez-vous le temps nécessaire pour déguster tranquillement, et je vous garantis que vous allez adorer !
Pour vous dire, je me rappelle très bien qu’à un moment j’ai regardé le compteur et je me suis dit : « Chouette, il me reste encore 45 minutes ! ». C’est dire…



Ah ! Au fait ! Pseudo avait raison… Il y a effectivement un rapport avec Edward et la manipulation des masses… Je vous laisse le découvrir, et on en reparle dans les commentaires !
D’ailleurs, maintenant que j’y pense, ce que nous dis Frank Lepage a un rapport avec plein de choses… Avec un fil récent de la TéléLibre, avec ce texte que Mob’ m’a envoyée, avec la conversation téléphonique que nous avons eut…

Liens complémentaires : TV-Bruits, SCOP Le Pavé, Educ-Pop, ...


lundi 11 mai 2009

Edward le manipulateur

Tout a commencé un vendredi matin. Ce vendredi matin. Celui de la semaine dernière si vous préférez… S’il y a une chose que j’aime bien faire en fin de semaine, c’est m’offrir une petite session de rattrapage des émissions Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet sur le site la-bas.org. Je me coiffe de mon casque, et je passe une heure ou deux à faire des réussites en écoutant l’émission en fond sonore… C’est ça qui est bien avec la radio, on peut l’écouter tout en faisant autre chose ! Bref, je venais d’écouter parler de la séquestration d’un patron (Pardon ! Du maintien sur site…), du malaise des matons dans les geôles de la république, et je salivais déjà à la perspective de passé une heure de plus à déguster l’émission suivante, au titre plus qu’alléchant à mes yeux : Propaganda, d’Edward Bernays, ou comment manipuler l’opinion en démocratie.

Le titre et le sous-titre s’annonçaient prometteurs… Moi, j’aime assez ce genre de sujet. J’aime à décortiquer les mécanismes de la manipulation. Ça me fascine, je ne sais pas pourquoi… En fait, si je sais. C’est parce que je reste en permanence étonné par le fait que ce qui me semble à moi si évident, fonctionne aussi bien…

Une heure plus tard, complètement sidéré par les trucs que je venais d’entendre, je laissais tomber mes réussites et je me lançais dans une recherche exhaustive sur le net, histoire de dégoter un maximum d’infos sur ce sacré Edward… J’étais persuadé de tenir un sujet d’article, et je n’avais pas tord, puisque vous êtes en train de le lire.

C’est que la vie de ce monsieur Bernays a été plutôt bien remplie ! Vous n’imaginez même pas ! Et en même temps, c’est un peu normal parce qu’Edward Louis Bernays est né en 1891 et est décédé en 1995. En 104 ans de vie, on a le temps d’en faire des choses…
Donc Edward, Ed si vous préférez, est né à Vienne en Autriche. Son oncle n’est autre que le célèbre Sigmund Freud… A l’âge d’un an, il émigre avec sa famille au Etats-Unis. Il y grandira donc sous la double férule de l’oncle Sam et de l’oncle Sigmund. C'est-à-dire : Le bizness et la psychanalyse freudienne.

Très jeune, il commença sa carrière comme imprésario. Lorsque la première guerre mondiale éclate, il tente de s’engager, mais ses lointaines racines germaines l’empêchent de rejoindre les troupes d’actives. Il sera donc affecté à l’état-major, ou son boulot sera de prêcher pour l’effort de guerre.
Au sortir de la guerre il s’installe à son compte et devient une espèce de conseiller… A l’époque on ne parle pas encore de conseiller en communication, ou en marketing, de spin-doctors ni même de relation publique. Et pour cause, c’est lui, Edward, qui va inventer tous ces concepts !
Car Edward est un visionnaire. Son enfance, son éducation, l’ont persuadé d’une chose, c’est que la masse, la foule, n’est régit que par une seule chose, l’irrationnel. Le ÇA de tonton Freud… Il s’inspire également des travaux du français Gustave Le Bon sur la psychologie des foules (1895). En clair, pour Edward, l’être humain, seul, est intelligent et réfléchi, en nombre, il devient bête et manipulable.
Fort de cette certitude, il proposa ses services à de nombreuses entreprises. Un de ses faits d’arme le plus éclatant fut d’amener les femmes à fumer… Vous ne me croyez pas ? Vous pensez que j’exagère ? Et bien regardez cette vidéo tirée du film « Chomsky et Cie » et on en reparle après…


Extrait Chomsky et Cie : Normand Baillargeon
envoyé par sijysuis - Check out other Film & TV videos.



Alors ? C’est-t-y pas formidable ça ? En 1929, Ed Bernays imagine se servir du mouvement des suffragettes pour y glisser la promotion de la cigarette et ainsi amener des millions de femmes à faire ce que précédemment elle trouvait dégradant et moche… C’est ce que l’on appelle de la manipulation de l’opinion. De l’instrumentalisation.

Mais le prolifique Edward ne s’arrête pas là. Il imagine que pour qu’un produit se vende bien, celui-ci a besoin d’une caution hautement morale. La bénédiction du père si vous préférez. Pour ce faire il recrute à grand renfort de cadeaux et d’espèces sonnantes et trébuchantes, un florilège de médecins pour affirmer avec la docte assurance qui est la leur, que ledit produit est bon pour la santé. Ainsi dans les années vingt-trente on vit fleurir un peu partout des publicités vantant les vertus amincissantes de la cigarette… Son influence bénéfique sur la douceur de la voix… Bref, ici encore on instrumentalise la médecine pour promouvoir un produit. La prochaine fois que vous verrez à la télé une pub pour un dentifrice qui vous affirme qu’elle est recommandée par l’UFSBD, l’Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire, demandez-vous si les choses ont changées en une centaine d’année… Pas vraiment. La recette est exactement la même.

Une autre de ses inventions à Edward, c’est ce que l’on appelle la bidirectionnalité du rapport entre le produit et le client. C'est-à-dire que pour lui le produit doit répondre aux attentes inavouées et subconscientes du client et communiquer en ce sens, mais également le client doit pouvoir communiquer avec son produit… Pour ce faire, il faut donc aller vers lui et carrément lui demander comment il imagine son futur produit…. Cela a beau avoir l’air simple et logique, mais Edward vient d’inventer le panel. Plus tard (1936), dans la continuité de cette idée l’institut Gallup vit le jour et ainsi commença une nouvelle ère, celle des sondages.

Vous en voulez encore des inventions à Edward ? Durant sa longue carrière, Bernays réussit à persuader les américains qu’il était sain de dévorer des tranches de bacon frits dans l’huile au petit-déj, son client était l’association de producteurs de porcs des Etats-Unis. Je n’en ai pas trouvé la preuve, mais la propagande « Got Milk ? » est inspirée/construite sur le même modèle de désinformation.
Il bosse également pur Procter & Gamble et réussit à faire acheter des millions de savons aux familles américaines en organisant des concours de sculpture. Il impose par contrat de faire fumer les cowboys dans les films d’Hollywood pour donner une image virile aux fumeurs… Après la guerre (la deuxième) il réussit via des officines dentaires crées de toute pièce, à désamorcer la peur du nucléaire en promouvant l’emploi du fluor, un résidu hautement toxique de la fabrication des bombes, dans les pâtes dentifrices… (Et oui… Ça marche encore !)

En somme Edward Bernays est le roi, the father of spin, le père de la désinformation. Bien évidemment, lorsqu’on a tellement finalisé ses théories sur le comportement des masses, et que l’on arriverait sans doute à vendre des cônes glacés à des Inuits, il est presque évident que les travaux de Bernays vont trouver une application pratique auprès des politiciens.

Dès 1921 il est embauché par le président Harding, puis par son successeur Coolidge. Grâce à une habile propagande auprès des média il réussit à faire admettre au peuple américain que Coolidge, qui était tristounet et sans envergure, était en fait un marrant plein de charisme. A cette époque il finalise sa théorie de l’engineering consent, l’ingénierie du consentement. Il considère que la masse est tellement régie par ses émotions qu’elle doit être contrôlée et restreinte par une élite. Pour lui : « La voix du peuple exprime la pensée du peuple et cette pensée est formée pour lui par ses meneurs et par les personnes qui comprennent la manipulation de l’opinion publique. (tiré de Propaganda paru en 1928) ».

Pas étonnant donc que ce genre de propos trouva une résonnance toute particulière auprès d’un certain Goebbels. Celui-ci déclara maintes fois avoir été largement inspiré dans son travail par le gentil Edward ainsi que par Gustave le Bon.

A partir des années vingt et pendant presque toute sa carrière, Bernays travailla avec les gouvernements américains successifs. Pendant la deuxième guerre mondiale il émargea à l’OSS, Office of Strategic Services, l’ancêtre de la CIA, où il travailla à l’impact psychologique de l’utilisation de l’arme atomique.

En 1950 il avait à la fois comme client la compagnie United Fruit et la CIA. La compagnie fruitière inquiète de voir ses terres menacées par le gouvernement guatémaltèque de Jacobo Arbez Guzman, et donc son monopole sur le commerce de la banane mis en danger, soumis le problème à Edward. Celui-ci imagina et orchestra une campagne de presse gigantesque pour dénoncer les dérives « communistes » de ce pauvre Guatemala… A un point tel que l’opinion publique américain en vint même à exiger que son gouvernement agisse. Le Président élu Guzman fut renversé en 1954 par un coup d’état organisé par la CIA. Il s’ensuivit alors des années de terreur, et on inventa bientôt le terme « république bananière » !

Une des dernières grandes figures politiques qui fit appel aux talents d’Edward, fut Golda Meir. Elle lui confiât la tache de mettre en place un réseau chargé de la promotion de l’image d’Israël auprès du public américain… Ainsi naquit ce que l’on appelle maintenant le lobby pro-israélien.

Edward Bernays fait partie de ces illustres sous-fifres qui façonnèrent le vingtième siècle et par là-même la société dans laquelle nous vivons. La plupart de ses clients, j’imagine, voient en lui un immense visionnaire qui fit progresser à pas de géant la société et l’économie mondiale. D’autres pourraient considérer Edward comme un psychopathe dangereux… Le fait est que ses travaux, et surtout les applications qu’il en tira, sont aujourd’hui utilisés en permanence. Dès que nous ouvrons notre télévision, dès que nous lisons un article dans un journal, il y a de fortes chances que nous soyons en présence d’une application directe de ce qui naquit un jour dans la tête de cet homme. Edward s’est inspiré des travaux de son tonton Sigmund et les a utilisés au service du libéralisme politique et économique. Je ne suis pas certain que le tonton en question lorsqu’il imagina ses théorie, pensait que l’on puisse aller si loin avec…

Alors bon, comme je n’ai pas envie de vous laisser en l’état, persuadé que vous êtes cernés et que toute protection est inutile, je vais, pour finir, vous raconter une dernière petite histoire…

En 1990, un type qui écrit alors un livre sur l’histoire des relations publiques apprend avec stupeur que le bon Edward est encore de ce monde. Il décide alors de rencontrer cette légende vivante (99 ans !). Rendez-vous est pris, et l’auteur se rend donc chez Bernays pour lui poser des questions. Malheureusement pour lui l’ancêtre a encore de la ressource et il se fait balader par ce maître de la manipulation… Un peu déçu quand même, le type va pour repartir et décide d’appeler un taxi. Bernays lui dit alors que c’est beaucoup trop cher et qu’il vaut mieux prendre les transports en commun. Puis le vieux commence à raconter que lui il n’avait jamais conduit, qu’il avait toujours eut des chauffeurs. D’ailleurs il se souvient très bien de l’un d’eux qui trimait toute la journée pour lui, et qui s’écroulait de fatigue le soir venu. Et Bernays d’ajouter : « C était le bon temps. C’était avant que les gens n’acquièrent une conscience sociale… ».

Comme quoi, au soir de sa vie, ce vieux machin qui mit au point les techniques de désinformation les plus tordues, persuada les foules de consommer des produits dont-ils n'avaient pas besoin et qui en plus étaient mauvais pour leur santé, inspira des dictatures… Ce vieux croulant, au soir de sa vie reconnaissait qu’il y avait une chose contre laquelle ses méthodes ne pouvaient rien. La conscience sociale.

Alors mes amis, cultivons-là notre conscience sociale ! Et le meilleur moyen pour commencer à le faire, c’est de connaitre la vie de ce sacré Edward !

Je vous rajoute un lien vers un article qui m’a vachement aidé, c’est sur le site : Le Crachoir.

jeudi 7 mai 2009

J’me réveille

J’ouvre un œil, le droit, puis je le referme. Je laisse passer un moment et je réessaye. Plus lentement.

J’entraperçois une lumière grise qui tombe devant la porte de ma chambre par l’escalier. Oui, chez moi la lumière tombe. Qu’est-ce que j’y peux moi si ma maison est à l’envers… On y rentre par le premier étage, et on descend ensuite dans les chambres. C’est ainsi parfois lorsqu’on habite sur le flanc d’une colline.

Donc une lumière tombe. Ça veut dire que le jour est en train de se lever. C’est pas encore complètement fait, mais c’est en train. A croire que les photons timides ont pu quand même traverser mes paupières et alerter le neurone de permanence. Celui qui n’était pas occupé à rêver…
Peu à peu, celui qui ne rêvait pas rameute tous ses copains et ensemble ils commencent à se ranger en ordre de bataille. Ils s’organisent en phalange. Chacune a son boulot. Y’en a qui vont s’occuper de mon corps, le masser en douceur et le faire repartir.
Y’en a d’autres qui vont jouer les assembleurs de cases… Ils vont se mettre à ranger le bordel de mon cerveau. Vous me direz que c’est un peu normal… Après la nuit qu’ils ont passée, à batifoler dans tous les sens au gré de mes rêves… C’est un peu le boxon. Et c’est donc justice qu’ils rangent derrière eux.
Au fur et à mesure que les cases s’assemblent, mes pensées se font moins chaotiques. J’émerge. Je commence à savoir qui je suis, où je suis… Je me positionne dans l’espace et dans le temps.
Je me demande si j’ai des choses importantes à faire aujourd’hui… Oui, il faut que j’écrive… J’ai envie d’écrire, mais sur quoi ? J’en sais rien.
C’est pas grave… Je trouverais bien.

Mes bras et mes jambes fonctionnent maintenant. Je repousse la couette. Je roule sur moi-même d’un quart de tour. Je plie les guiboles et dans un mouvement de morse je redresse ma carcasse. Les pieds au sol, le cul sur le lit et les coudes sur les genoux.
On dirait que j’ai du mal à quitté cette position groupée… Pourtant, il va bien falloir. Oui, mais pas encore…
D’un geste je ramasse le téléphone qui a dormi à côté de moi sur le sol. J’ai pas de réveil, alors un portable avec le son coupé, ça le fait très bien. J’y jette un œil histoire de voir si mon instinct ne m’a pas abusé… On ne sait jamais. Peut-être qu’il va me dire que je peux encore essayer d’inverser le processus ?
Mais non, il est 05H55. Encore une fois le réveil que j’ai dans la tête à bien marché. Je me dis qu’il y en a qui ont besoin d’une machine pour les empêcher de se réveiller trop tard. Moi c’est l’inverse. Ma machine elle me sert à me prévenir quand il est trop tôt…
Mais là ça va… Presque six du mat, c’est raisonnable.

Ça y-est je suis debout. Les guiboles fonctionnent en mode autonome. Elles me portent machinalement. Je grimpe l’escalier en colimaçon, la main sur l’axe en hêtre poli. A mi-chemin un bruit étrangement strident saccage la belle ordonnance que mes neurones commençaient tant bien que mal à agencer… Putain d’chatte !
Je grogne, menaçant. Un grognement de bête sauvage. Un grognement lourd de menace… Un truc qui veut dire : « Toi, ma vieille, t’as intérêt à fermer ta gueule si tu veux pas recevoir un coup d’latte dans les gencives ! »
Rituel matinal. Elle le sait qu’il faut pas m’gonfler avant que j’ai eu le temps d’avaler mon café… Elle le sait ! Depuis l’temps ! Dix-neuf ans qu’elle m’emmerde tous les matins en miaulant ! Dix-neuf ans que je grogne ! Et dix-neuf ans qu’elle s’assied ensuite en silence sur son cul de chat, en plein milieu de la cuisine, histoire que je sois obligé de faire un écart ou de l’enjamber… Elle veut bien se taire pendant cinq minutes, mais quand même pas se faire oublier pour autant !

Allez ! On va attaquer la journée… Je ne sais toujours pas ce que je vais écrire aujourd’hui. Peut-être qu’aux infos je vais trouver l’inspiration ? Hier soir j’avais pourtant une idée… C’était quoi déjà ? Je ne sais plus… C’est pas grave. J’aurais qu’à raconter comment je me lève le matin… Ça pourrait être sympa. On verra bien.


lundi 4 mai 2009

Les mystères du dictionnaire

Quand j’étais petit garçon, je lisais beaucoup. Enormément même… Je dévorais un peu tout et n’importe quoi, tout ce que la maigre bibliothèque familiale recelait plus celle de mon grand-père un peu plus étoffée. Dans la seconde j’y trouvais surtout des ouvrages sur la deuxième guerre mondiale, romans et récits ainsi que la fameuse édition Fleuve Noir si riche de romans d’espionnage à la sauce Guerre froide… Bien avant l’âge de douze ans, je pouvais déjà parler facilement de l’opération Barbarossa, de la bataille de Stalingrad ainsi que de la résistance sur le plateau des Glières. Mais aussi je vivais mes premiers émois lorsqu’OSS 117 caressait la gorge offerte d’Irina, la pulpeuse espionne du KGB. Bien que très jeune, j’avais bien compris que la gorge en fait, était une ancienne façon de décrire ce qui se situait un peu plus bas sur le corps de la femme… Bref, pour m’évader un peu d’un climat familial délétère, je me plongeais dans la fiction et l’imaginaire.

Mais je ne lisais pas que de la fiction, j’adorais lire aussi le… Dictionnaire ! Chez mes parents nous avions un exemplaire du Larousse illustré, et pour autant que je m’en souvienne je passais des heures à l’éplucher ! Ca commençait toujours de la même façon, avec une recherche dans un but précis : Je l’ouvrais pour trouver une définition ou une orthographe, puis bien vite je digressais… D’abords vers les pages contigües, puis vers la planche en noir et blanc ou en couleur la plus proche… Je m’extasiais devant les architectures exotiques. J’analysais on ne peut plus sérieusement l’évolution de l’épée depuis le glaive romain jusqu’à la baïonnette pour MAS 36. Je décortiquais avec soin les planches colorées où s’ébattaient dans une même forêt luxuriante ce que l’Asie recelait de mammifères. Je rêvais pendant des heures devant les cartes de pays lointains…

En fait, maintenant que je ne suis (presque) plus un petit garçon, je me rends compte que ce que je recherchais dans les dictionnaires et dans les encyclopédies était complexe.
Je voulais rêver pour oublier ma vie de tous les jours, mais je cherchais également à apprendre des choses.
Je sais, ça peut vous paraitre bizarre que lorsqu’on a dix-douze ans on ait envie de faire autre chose que de jouer ou de regarder la télé… Sauf que chez moi, la télé était rigoureusement réglementée et que je me suis vite aperçu que la lecture comblait bien plus efficacement l’ennui que les légos ou les petits soldats… En plus, après faut ranger et c’est chiant !

Et puis, je me suis rendu compte très vite que le savoir, la connaissance était une arme efficace contre les méchants que j’avais à combattre chaque jour. Car quand on est gamin, on ne s’en rend pas forcément compte sur le moment, mais la vie est très dure. Donc, l’arme gwendalienne par excellence devint le savoir. Avec lui, je renvoyais dans leurs buts les plus vindicatifs de mes camarades de classe. Avec lui, j’échafaudais bientôt mes plans de défense contre la pression familiale… Bref, savoir des choses que les autres ne savaient pas me rendait spécial à mes propres yeux, c’était ma façon à moi de me distinguer des autres et croyez-moi à l’époque j’avais bien besoin de ça !

Bon, tout ça pour vous dire que je suis curieux d’apprendre et que j’aime les dictionnaires… On va encore dire que je suis un spécialiste des entrées en matière qui n’en finissent pas, mais que voulez-vous… Au départ je veux vous parler d’un truc, qui me fait penser à un autre truc, qui demande que j’explique encore un autre truc… Et moi, je me laisse embarquer dans l’onanisme littéraire et comme toujours, j’en fais des tonnes… mais bon, à force vous devez avoir l’habitude, non ?

En fait, au départ, je voulais vous raconter une histoire.

Un jour, il y a huit ou neuf ans, je ne sais plus trop, je me suis laissé embarquer dans un vide grenier par un collègue de travail et sa bande de copain… Pour moi, ce fut une première, et une dernière aussi… Mais bon, toujours est-il qu’au bout de quelques heures je m’arrêtais devant un mec qui vendait des bouquins. Sur l’étal assez bien achalandé je tombais alors en arrêt devant les deux tomes intitulés Le Larousse pour tous.
L’aspect défraîchi de sa couverture, la couleur jaunâtre de ses pages, la finesse de ses gravures, tout cela fit que je craquais littéralement pour ce dictionnaire, et il m’en coutât 30 francs. (Vous vous souvenez de notre monnaie nationale ? Elle ne vous manque pas un peu ? A moi si…)
Sitôt revenu chez moi, j’ai commencé à farfouiller un peu dedans à la recherche d’une information sur la date d’édition… Et bien, j’ai eu beau chercher partout, impossible de dégoter une date quelconque ! Rien dans les pages intérieures, rien nulle part…
Sur le coup j’étais bien embêté je vous l’avoue… C’est alors que j’ai eu l’idée de prendre le problème à bras le corps et d’enquêter. J’ai tracé sur une feuille de papier la ligne du temps en y notant les dates qui me semblaient importante.
La première chose qui m’a sauté aux yeux, c’est qu’en regardant une carte au hasard, j’y vis l’Empire des Indes. Diantre ! C’est donc que mon dico était antérieur à l’indépendance, c'est-à-dire 1947… 47 c’est après la deuxième guerre mondiale, donc je cherche à guerre… Rien concernant un conflit mondial ! Même pas la Grande Guerre ! Serait-il possible que ces deux bouquins miteux soient antérieurs à 1914 ? Je continus donc en cherchant des indices sur les cartes du monde J’y découvre avec une joie enfantine des noms aussi bizarres que lointains : Les Empire Allemand, Russe, Chinois, Austro-hongrois, l’Indochine, l’AOF, l’AEF…
Avec ce Larousse, j’ai non-seulement l’impression de voyager dans l’espace, mais aussi dans le temps. C’était génial !
Finalement, c’est en regardant à Aviation que j’ai eue ma réponse. En effet, le dernier modèle présenté était le monoplan Blériot qui datait de 1913… Le mystère était donc résolu. J’avais donc entre les mains l’édition d 1913 du Larousse pour tous !

Je ne vous cache pas que ces deux tomes sont pour moi les deux bouquins les plus précieux de ma bibliothèque… Je ne les lis pas souvent, un peu comme si je voulais économiser mon plaisir, mais à chaque fois que je le fais, je voyage.
Je voyage, comme je vous l’ai déjà dit, dans le temps et l’espace. J’ai sous les yeux la preuve évidente que la connaissance est une chose en perpétuelle évolution. Que bien finaud serait celui qui peut dire de quoi demain sera fait…

Et puis, en feuilletant de -ci de-là, je tombe parfois sur une trace laissée par le ou les propriétaires successifs de ces livres. Un mot souligné, un marque-page… Comme à la page 580 du premier tome. Une feuille de papier y est glissée. Un simple petit tract publicitaire ventant les mérites des postes TSF de la marque Hermès prévue spécialement pour les régions montagneuses ! Il propose des crédits à partir de 45 francs par mois et un cadeau surprise à tout acheteur ! Un bout du feuillet manque dans le coin supérieur gauche… Sans doute quelqu’un aura-t-il eu besoin d’écrire une petite note…

A la page 250 du deuxième tome, alors que la lettre R magnifiquement ornée annonce les définitions des mots commençants par elle, un énigmatique feuillet violet plié en deux me laisse perplexe. Il s’agit d’un plan tracé au crayon noir, indiquant comment se rendre de Grenoble à Aix les Bains par le tramway, le train et la route… l’écriture est soignée, bien qu’apparemment malaisée. Je me demande pourquoi la lettre R…

Enfin, au détour de la page 200 du premier tome, alors que monsieur Larousse me dévoile d’un côté la carte de la Bolivie, et de l’autre commence à me parler de la famille des Bonaparte… Un edelweiss séché vit là, caché. Il est là depuis je ne sais combien d’année, attendant de me surprendre sans doute ? En tous cas, il me fait m’interroger : Portait-il bonheur à quelqu’un ? Qui était cette personne ? Où vivait-elle ? Peut-être cela a-t-il un rapport avec la TSF spéciale montagne, et le tramway qui va de Grenoble à Aix les Bains ? Oui, sans doute…

J’aime ce dictionnaire. J’aime voyager avec lui, dans lui, à travers lui. Il me fait rêver…

Voilà ! J’ai fini ! Je voulais vous parler de ce livre parce que je l’aime, et je voulais que vous l’aimiez vous aussi. Oh, peut-être pas exactement celui-là, mais en tous cas que vous sachiez apprécier les mystères et les enseignements qui résident parfois dans les vieux bouquins tout défraichis qui sentent le moisi… Ils sont beaux ces bouquins. Beaux et riches à la fois.

samedi 2 mai 2009

dimanche 26 avril 2009

Mauvaise humeur

Bon, on est dimanche… Et en plus de ça, il pleut… Enfin, pas vraiment, pas encore, mais le ciel est tellement gris de cette promesse que ça revient au même. Pas vraiment de quoi pavoiser ni de quoi envisager de passer la journée sous un angle autre que celui de la maux-rose-ité. Mais bon, la couleur du ciel n’y est pour rien… Elle vient juste clore cette semaine pas vraiment réjouissante par une couleur en adéquation avec la sensation du jour. On ne va pas lui en vouloir. Au ciel. C’est pas sa faute.
C’est juste que si Dieu existait, on pourrait commencer à imaginer tout un tas de desseins camouflés derrière des coïncidences et se dire que tout est écrit. Qu’il faut fermer sa gueule, parce que c’est ainsi que nos parents ont fait et que de toute façon on y peut rien. Et qui tu es d’abord pour vouloir faire autrement ? Tu crois que t’es trop bien pour ne pas vouloir faire comme tout le monde ? Tout se mérite en ce monde mon petit monsieur ! Y’a pas de raison que tu échappes à tes responsabilités ! Ouf ! Je m’égare un peu là…

Bref, j’ai pas la banane, ni la patate d’ailleurs. Aucun fruit, ni aucun légume ne saurait décrire l’humeur du jour… Pas même un animal (quoique...) ou encore une plante, rien de ce qui vit sur cette terre ne ressemble à l’humeur humaine. Et après tout, c’est peut-être aussi bien ainsi.

Je pourrais sans doute vous faire une liste longue comme le bras de tout ce qui ne va pas et concoure à cette humeur du jour. En commençant par cette nouvelle « encyclopédie » participative du nom de Métapédia… Un truc immonde que j’ai découvert il y a deux jours et qui me donne envie de vomir… J’imagine déjà les gosses, confondre avec Wikipédia et y puiser des infos révisionnistes et fascistes pour ensuite les recracher en tout bonne foi dans une rédac ou un devoir…

Puis, il y a ce reportage d’Arte sur les droits de l’homme à la sauce charia qui va certainement trouver un écho favorable dans les colonnes du site précité…

La loi sur le port des cagoules qui punit de trois ans de prisons qui oserait en porter une lors d’une manifestation… Super, si les touaregs veulent un jour revendiquer quelque-chose, ils sont pas dans la merde ! Un truc bien électoraliste à l’approche des européennes… Tien ! Les Européennes ! Parlons-en : J’sais même pas pour qui je vais voter… Quand je vois que tout ce qui nous vient de Bruxelles est teinté d’un néolibéralisme achevé, j’me demande si ça vaut bien le coup… Putain ! j’vais quand même pas voter De Villiers quand même !

Il y a aussi Monsieur Hulot à qui on a piqué sa pipe, Coco Chanel qui se retrouve privée d’affichage sous prétexte qu’elle fume dans son pieu, Gérald Dahan qui se voit exclu des antennes de France-Télévision parce que la pochette de son DVD montre une caricature de l’autre nain… Vous en voulez de la censure ? En voici en voilà ! Et la meilleure en plus ! Celle qui vient de l’intérieur (sans mauvais jeu de mot).

Y’a quoi encore… Les excuses (les deuxièmes) bidons de Ségolène Royal qui n’a pas compris qu’un bon coup de comm se doit d’être unique et que répéter ce genre de chose, c’est se voir entaché d’hypocrisie… Ou de nullitude, mais ça on le savait déjà.

Et je ne vous parlerais pas non-plus de ces milliers de travailleurs que l’on jette comme des malpropres, et que l’on crucifie parce qu’ils ont le culot de ne pas accepter leur sort en silence… Tout ce buzz devant un syndicaliste qui pette un câble et démonte une préfecture ! Et alors ? Il a bien fait moi j’vous l’dis ! Non mais ! On ne va pas se laisser sodomiser sans filer des coups de lattes quand même !

Bon, comme vous le voyez, j’ai pas mal de raisons pour ne pas apprécier ce dimanche… Je sais ! Je vous avais promis que je ne ferais pas de liste, mais que voulez-vous, je me dois quand même un peu d’argumenter mon propos… Je ne vais pas me contenter de vous balancer que ce fut une semaine de merde et vous laisser là à mariner dans votre jus. Ça ne se fait pas, et j’ai de l’éducation, merde !

Bon, il faut que je vous dise quand même : Il a un truc qui m’a fait plaisir à la toute fin de cette semaine pourrie. Vendredi soir, je me suis tordu de rire pendant deux heures en regardant le spectacle de Christophe Alévêque, « Debout ! » sur France 4.
Je me suis marrer tant et tant que j’ai décidé de vous en faire profiter un peu. C’est ce que j’appellerais en toute modestie : Ma contribution pour lutter contre les dimanches gris, le libéralisme, les démagos, les fachos, et les cons en général. Rien que ça.
Quand il s’agit de propager le cynisme, la mauvaise foi, l’humour noir et l’intelligence des mots, je ne m’en prive pas.
Alors dégustez, si vous le voulez bien, sans modération aucune, cette demi-heure que je vous propose. Vous verrez, après on se sent mieux !


Christophe Aleveque - Les moustiques
envoyé par BeeAwolF




Christophe Alévêque - Je suis angoissé
envoyé par Jack_Neylon